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YAHIA BELASKRI, À PROPOS DE SON ROMAN UNE LONGUE NUIT D'ABSENCE"Ce qui m'intéressait, c'était d'interroger l'histoire de l'Algérie, à travers le regard d'un étranger"



YAHIA BELASKRI, À PROPOS DE SON ROMAN UNE LONGUE NUIT D'ABSENCE
Journaliste et écrivain, Yahia Belaskri vit et travaille en France. Il vient de publier aux éditions Apic son troisième roman, qui place Oran, sa ville natale, au centre. Rencontré avant-hier lors de sa vente-dédicace au Sila, l'auteur évoque, dans cet entretien, sa démarche, les thèmes qui l'intéressent, ses personnages et ses deux précédents romans.Liberté : Dans votre dernier roman, Une longue nuit d'absence, on se retrouve encore une fois dans Oran, mais cette fois-ci dans les années 1930...
Yahia Belaskri : Le personnage principal de cet ouvrage est Paco, un républicain espagnol, qui, à la défaite des républicains contre Franco, ont fui pour venir en grand nombre à Oran. Ils étaient 8000 républicains. Ce qui m'intéressait, c'était d'interroger l'histoire d'Oran, l'histoire de ce pays, l'Algérie, à travers le regard d'un étranger, de quelqu'un qui venait d'ailleurs, en l'occurrence un républicain espagnol. Dans le roman, je raconte sa vie en Algérie, à Oran, des années 1930 jusqu'au début des années 1970.
Comment avez-vous procédé '
Il y avait une démarche double. D'une part, quand j'ai écrit Si tu cherches la pluie, elle vient d'en haut, je me sentais dans une impasse parce que c'est un livre douloureux, assez difficile pour moi à écrire, très intime, très dur. Et donc, je me suis retrouvé en tant que romancier à chercher des explications dans le passé, et le passé immédiat, c'était les années 1940, avec l'arrivée des républicains. D'autre part, c'est que c'était toujours la ville d'Oran, ma ville natale, c'est le personnage de mes trois romans, même si dans les deux premiers, je ne cite pas le nom de la ville ni celui du pays, mais enfin tout le monde a compris que c'était Oran. Là, j'ai décidé de citer la ville, de nommer l'Espagne, l'Algérie, l'Andalousie... de nommer Oran, parce que je pense que je suis arrivé au moment où je pouvais le faire. Je devais la nommer parce que je suis arrivée à dépasser la douleur première.
Et qu'est-ce que la douleur première '
Quand j'ai écrit Le Bus dans la ville, mon premier roman, je sentais en l'écrivant que j'écrivais un deuxième roman. En fait, dès que je l'ai terminé, je me suis dit que ce n'était pas le livre que je voulais écrire. Le livre que je voulais écrire, c'était, dès le départ, Si tu cherches la pluie, elle vient d'en haut, qui revient sur une phase de l'histoire contemporaine algérienne, mais horriblement monstrueuse, mais horriblement monstrueuse. Ce qui me permettait, en évoquant cette période sans la nommer, d'évoquer la condition humaine et ce qu'on devient quand il y a une histoire qui vous dépasse, quand il y a une guerre qui va broyer les hommes et les femmes, et qui fait en sorte que tout se délite, tout se distend. En fait, toutes les guerres, sans exception ou distinction, ne sont ni morales, ni bonnes, ni acceptables. Mais je crois que c'est fondamentalement la nature humaine qui est importante. Que deviens l'homme, l'être humain, au-delà de l'histoire ' Que deviennent les hommes et les femmes ' Est-ce qu'on est obligés de les broyer toujours ' Non, moi, je dis non ! L'homme a droit à sa dignité, à sa vie, et de la construire comme il l'entend.
Paco est comme tous les personnages de vos romans, qui ne sont pas forcément héroïques ; ils sont presque des individus de la marge...
Absolument. Paco est au départ un fils de paysan pauvre, qui n'a rien, qui n'était pas destiné à devenir républicain, qui n'était pas destiné à aller au parti communiste et qui le devient au fur et à mesure.
Dans vos trois romans, il n'y a pas du tout de sentiment d'exil ou de déracinement, mais plutôt celui de l'errance...
Effectivement, j'aime cette idée d'errance. Quant à l'exil ou le déracinement, je ne suis pas dans cela, parce que certes j'ai quitté l'Algérie depuis des années, mais je ne me sens pas du tout exilé, puisque j'y reviens quand je veux. De plus, je suis parti en France, mais ça aurait pu être l'Espagne ou Haïti ou autres.
Une longue nuit d'absence de Yahia Belaskri. Roman, 160 pages. Editions Apic. Prix Sila : 500 DA.
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