
Une volte-face, pour le moins mystérieuse, vient d'être faite par le ministère de l'Intérieur et des Collectivités locale -et donc par l'Etat- dans le dossier des concessions des plages. Le flou est total... Contre toute attente, et alors que la question consacrant le principe de gratuité des plages via la décision officielle d'interdiction de toute forme de mise en concession semblait avoir été définitivement tranchée, les déclarations faites, avant-hier jeudi, à Oran par le ministre d'Etat, Nouredine Bedoui, ont fait voler en éclats cette «certitude». Il est 19h passées, dans la salle hémicycle de la wilaya d'Oran. Cela fait plus d'une heure que le ministre de l'Intérieur survole les thèmes phares de la feuille de route de son département, après avoir prêté l'oreille, presque autant de temps durant, aux intervenants parmi les élus locaux et les représentants de la société civile, tout en mettant en exergue les spécificités de cette grande wilaya. Quand, entre deux chapitres, il réplique au point soulevé peu avant par un élu local, qui, tout en saluant bien vivement la décision prise avant l'été dernier par le ministère de l'Intérieur portant sur l'interdiction de concession des plages pour réinstaurer les principes de gratuité et de libre accès pour les citoyens à cet espace public, revendiquait plus de rigueur de la part des pouvoirs publics à cet effet. «Je ne partage pas l'avis du citoyen qui parlait d'interdiction des concessions sur les plages. Pourquoi veut-on que la plage ne fasse pas entrer des recettes pour la commune. Vous avez par exemple Souk Ahras et Tébessa qui ont leurs carrières qui renflouent les caisses de ces collectivités, ce sont des ressources communales. Tipaza et Jijel et toutes les régions côtières qui tirent des rentrées de cette ressource qu'est la bande littorale et les utilisent dans leur développement économique». Et M. Bedoui d'ajouter : «Comment ce fait-il que l'Algérien qui part en Tunisie et y laisse 1.000 à 1.500 euros alors que là, en Algérie, si tu lui dis tu as des camps de camping et des colonies de vacances, il ne veut rien payer. Non Monsieur, je n'irai pas avec toi dans cette voie qui veut que l'Etat achôte au citoyen une table, des chaises et un parasol puis, quand il s'en va, il jette ou casse tout en se disant ce ne sont pas mes affaires après tout ! Si l'APC n'a pas de rentrées, comment va-t-elle fonctionner (...) Quand le pétrole était à 150 dollars, on construisait des crèches et des bibliothèques municipales. Oui, nous avons réalisé des centaines de bibliothèques municipales avec le FCCL et qui sont restées fermées à ce jour. La commune doit être créatrice de richesses, en ce sens que quand elle réalise une crèche ou une piscine, elle doit les faire fructifier. C'est ça ma vision, économique, de la commune». On est ainsi au moins devant une contradiction institutionnelle, qui de plus touche à un ministère de souveraineté, et avec soi-même. C'est peu dire que d'affirmer que le principe sacro-saint de la «continuité de l'Etat» est égratigné.Six mois auparavant, le 27 avril exactement, soit à la veille de l'ouverture officielle de la saison estivale, à partir de cette même tribune, le même département ministériel annonçait « l'interdiction de la concession des plages à compter de la prochaine saison estivale 2015». La décision avait été rendue publique, on s'en souvient, par la voix du directeur général des Collectivités locales du MICL, Azzedine Belkacem Nacer, venu alors à la tête d'une forte délégation de ce département ministériel, alors sous les commandes de Tayeb Belaïz, qui cédera le mois suivant ce poste à son successeur, Nouredine Bedoui, pour être nommé, lui, conseiller auprès du président de la République.L'équipe dépêchée alors par Tayeb Belaïz pour répandre cette «bonne nouvelle» à travers les 14 wilayas côtières connaîtra des départs de quelques-uns de ses membres quelques jours après le remaniement. Il faut rappeler que le bien-fondé de la décision d'interdiction des concessions des plages, selon le ministère de l'Intérieur, se rapportait à la nécessité impérieuse et urgente de mettre un terme à une situation de « non-droit » sur nos plages, laquelle prend très souvent des apparences d'anarchie et de délinquance, au mépris de la liberté, de la sérénité et de la convivialité des citoyens sur ces lieux. Il faut rappeler également que le staff de Tayeb Belaïz avait beau tenter de laisser entendre qu'il n'y avait aucun «différend » entre l'Intérieur et le Tourisme sur le dossier lié à la concession des plages et qu'il y avait -selon lui- une « parfaite entente» entre les deux ministères, tout laissait à croire que les positions de ces deux départements étaient, bien au contraire, diamétralement opposées, et ce, compte tenu des déclarations de la ministre du Tourisme et de l'Artisanat d'alors, Nouria Yamina Zerhouni, lors de sa dernière visite à Oran. « La concession des plages au profit des privés sera maintenue », avait-elle affirmé, tout en soulignant que « cette mesure est stipulée par la loi ». « Les dépassements dans l'exploitation de ces espaces sont dus à l'absence de contrôle des collectivités locales », avait-elle justifié.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Houari Saaïdia
Source : www.lequotidien-oran.com