Oran - A la une

Vivement le sommeil!



El Bahia porte bien son nom
Les citadins se mettent sous anesthésie le jour en se livrant au rituel instauré comme une tradition régie à ne jamais bafouer: l'oisiveté.
Dépensiers sont les jeûneurs. Voilà donc l'imperfection à relever, sans cligner l'oeil ni trop se brancher, chez les habitants de toutes les villes et les villages composant le territoire de la deuxième capitale du pays, Oran. «La première semaine de ce mois m'a déjà coûté la moitié de mon salaire», dira un père de famille rencontré dans le marché de la Bastille. Faut-il le dire. Des jeûneurs se livrent, avec détermination, à la bataille des achats, en ne rentrant jamais bredouille. Pour peu que la table soit ornée de tous les délices et le pain varié à jeter dans la poubelle quelques minutes après la rupture du jeûne. C'est ainsi que l'on peut dire qu'en cette première semaine, le fait l'ayant marqué le plus est cette ruée dans les marchés des hommes et des femmes croyant avoir bien fait, mais se rendant compte après qu'en fait ils n'ont rien fait de plus que sortir de l'ordinaire en se galvaudant davantage dans leur misère en faisant une fixation sur la nourriture à payer chèrement, mais qui attire très souvent dans les bennes tasseuses des camions de l'APC.
Le mois de Ramadhan est, chez les musulmans des temps modernes, synonyme des gaspillages lambda y compris le temps. D'abstinence en abstinence, la ville donne une image hideuse. Les citadins se mettent sous anesthésie le jour en se livrant au rituel instauré comme une tradition régie à ne jamais bafouer: l'oisiveté. Sans aucun signe trompeur, la cité est frappée par l'opération de ville morte. Les rues et ruelles sont vides et vidées de leurs passants, la place revient aux chiens errants, fouinant dans les bacs à ordures en quête des meilleurs délices jetés par ces ménages peu soucieux de la crise économique ou encore par des familles estimant que cette crise est un simple point de vue alors que ses signes sont présents: cherté de la vie, chute libre du pouvoir d'achat etc.
La ville est ainsi donc déserte pendant plusieurs quarts de la partie diurne. Rares sont ceux qui pressent le pas le matin en ralliant leurs bureaux ou encore leurs ateliers et chantiers. Combien coûtent donc ces journées perdues' C'est après la fête que l'on se gratte la tête en se rendant compte que l'on a trop perdu et l'on perd encore. Ne dit-on pas que le travail est aussi un acte de foi' Chez ces Oranais, habitués de belles tenues vestimentaires et des tournées des grands ducs, le Ramadhan est le mois de toutes les concessions et du renoncement en se mettant au mode hors champs pendant ces journées de l'abstinence tout en prenant acte de l'oisiveté et du rassasiement à satiété dès que le muezzin annonce la rupture du jeûne, mais également à une anarchie inouïe le soir en se bousculant dans les rues et ruelles, mais surtout dans les mosquées en se mettant à la mode de la gandoura et de la chechia. Même celle-ci n'est pas totalement algérienne.
Elle est très souvent importée par ces visiteurs des Lieux saints tout en côtoyant de près les wahhabite de l'Arabie saoudite ayant pour mission principale d'endoctriner l'humanité en lui inculquant leur culture déserte faisant, au final, des têtes enturbannées prêtes à régir et à réagir à toute idée sortant du rituel d'importation. C'est bien incontestablement ce paradoxe saisissant à retenir de cette première semaine. Ce paradoxe, devenu traditionnel, repose essentiellement sur l'abstinence le jour, les achats, malgré la hausse des prix, de tous les aliments et autres friandises, la surconsommation, l'excès, le gaspillage, des altercations, de la consommation du «plat marocain», le kif. Et toute cette liste est signée au nom de la spiritualité transcendante, dépourvue du moindre repère algérien basé essentiellement sur la tolérance. Pour ironiser, les Oranais ne ratent pas l'occasion pour dire que «ce n'est qu'un contrat d'un mois qui achève emportant, à son départ, tous ses aléas».
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