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Véritable passion mais métier improbable Pratique des arts à Oran



Véritable passion mais métier improbable                                    Pratique des arts à Oran
De notre correspondant à Oran,
Samir Ould Ali

L'une des interrogations qu'il conviendrait peut-être de soulever pour juger de la place des arts et des artistes dans une société donnée, est de savoir si les parents soutiendraient leurs enfants désireux d'embrasser une carrière artistique. Ainsi, existe-il en Algérie des parents qui, en toute conscience, autoriseraient leurs enfants à «devenir» musiciens, peintres, acteurs, chanteurs ou dessinateurs sans conditionner cette permission par la poursuite d''études dans un domaine plus prosaïque ' Dans l'Algérie de 2012, s'en trouverait-il un père, une mère qui se battrait pour que son fils ou sa fille soit artiste-peintre ou comédienne sans contrainte d'obtention d'un diplôme de secours, un filet de sécurité en ces temps plus qu'incertains '«Ma fille peut bien faire de la danse mais elle devra le faire en «option», parallèlement à des études classiques. Personnellement, je ne connais pas d'artistes qui gagnent leur vie grâce aux arts mais mon environnement est plein d'architectes, de médecins et d'enseignants. Donc, elle pourra danser si elle veut mais il faut qu'elle ait un diplôme en poche, on ne sait jamais!», estime une mère de 42 ans, secrétaire de direction.Un autre témoin, enseignant universitaire, lui, accompagne ses deux enfants dans leur apprentissage artistique (le garçon fait de la musique et sa s'ur de la peinture), mais a toujours conditionné ce soutien par la poursuite d'études classiques. «L'art ne permet pas encore de vivre, explique-t-il, aussi ai-je toujours veillé à ce que mes enfants soient sérieux dans leurs études. Pour le moment, l'art est seulement une passion et s'ils veulent en faire leur métier, qu'ils puissent, au moins, compter sur un filet de sécurité !»Beaucoup de parents estiment, eux aussi, qu'à de très rares exceptions et de lourds sacrifices, l'art ne permet pas d'accéder à une vie décente et que la grande majorité des artistes algériens ont d'autres sources de revenus qui leur permettent de subvenir à leurs besoins. Et ce ne sont pas les annonces de prise en charge prochaine des artistes qui réhabiliteront à leurs yeux «les métiers artistiques». «On entend parler de l'élaboration d'un statut général, de l'amélioration de ses conditions socioprofessionnelles mais, à ma connaissance, la situation de l'artiste est toujours précaire. Autrement, il y a longtemps que les artistes expatriés seraient rentrés'», continue notre enseignant en rappelant le sort peu enviable des «anciennes gloires», mortes dans le dénuement et l'oubli.Malgré tout ce qui se dit et se lit dans les média, les pouvoirs publics n'ont,
en réalité, pas encore inscrit le soutien à l'effort artistique sur la liste des priorités, même si des infrastructures culturelles naissent ici et là, que des hommages sont rendus aux «grands artistes» et que l'Office national des droits d'auteurs et droits voisins se dit déterminé à protéger les droits des artistes et combattre le piratage. Et à Oran, les autorités locales sont davantage préoccupées par des sujets autrement plus brûlants qui - comme le logement ou le chômage - sont susceptibles de provoquer des manifestations de colère. Ce qui n'est pas le cas de la culture : il y a quelques mois, «Espace Lotus» - galerie et librairie d'art qui, à son ouverture en 2009, avait suscité un réel enthousiasme dans le monde de la culture - fermait ses portes pour un problème de local, rétrécissant un peu plus encore
l'espace d'expression artistique. Moussa Médiène, le directeur de la galerie, a bien lancé un appel pour la mise à disposition d'un local mais sa demande est, malheureusement, restée sans écho.Ce qui donne la mesure de l'intérêt que les pouvoirs publics portent aux arts'
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