Plus de 300 doctorants participent aux 13es Journées maghrébines des sciences des matériaux (JMSM) organisées par le Laboratoire de physique des couches minces et matériaux pour l'électronique, dépendant de l'université Oran 1 et se tiennent du 9 au 11 mars.L'Algérie accueille pour la deuxième fois (après les 9es JMSM en 2004) cette manifestation scientifique de grande envergure qui permet aux étudiants mais aussi aux chercheurs d'échanger de débattre ou de mettre à jour leurs connaissances liées à cette science qui ouvre d'importantes perspectives de recherches. Responsable de l'organisation, Khelil Abdessamat souligne la réussite de ces journées qui n'ont cessé d'évoluer et de susciter de l'intérêt.
Il donne pour preuve le nombre important de communications soumises à l'appréciation du comité, estimées à plus de 800 (contre environ 200 auparavant), provenant d'Algérie ou de l'étranger. L'avis favorable a été donné à 475 d'entre elles sous forme orale (120) ou par poster. Les thèmes abordés sont regroupés en huit rubriques pour ne citer que celles qui présentent des applications évidentes pour le large public, à savoir les matériaux pour l'énergie renouvelable (cellules photovoltaïque et batteries), matériaux pour l'optoélectronique, nanomatériaux et environnement ou application médicale des nouveaux biomatériaux et nano-biotechnologie.
Intervenant à l'ouverture des travaux, Abdelbaki Benziane, recteur de l'université, a considéré que cette initiative permet un échange de haut niveau sur la base d'expertises et d'expériences de terrain et souligne l'importance de la collaboration scientifique entre les acteurs issus de différents secteurs ou de différentes aires géographiques.
Hormis les Maghrébins, des participants de France, du Cameroun et du Togo ont été annoncés à ce rendez-vous. Les organisateurs n'ont pas manqué de saluer l'effort du Pr K. Napo de l'université de Lomé ayant effectué un voyage de 18 heures en avion pour présenter une communication sur un sujet important : «Une autre approche de la recherche sur les énergies renouvelables en Afrique».
Le recteur de l'université, par ailleurs ex-directeur de l'ENPO (Ecole polytechnique d'Oran, partenaire), estime que le potentiel de recherche est aussi important au sein de l'institution qu'il dirige et que de nouvelles collaborations sont à prévoir dans le futur. La première séance plénière a été marquée par l'intervention de Hafid Aourag.
L'actuel DG de la recherche scientifique et du développement technologique précise qu'il est présent en tant que communicant en sa qualité de physicien et s'est donc gardé de s'exprimer de manière officielle, même s'il devait pour l'occasion et en parallèle à l'événement se réunir avec les responsables des laboratoires de recherche. La parenthèse mise à part, Hafid Aourag a intitulé sa communication «Intelligence artificielle au service des sciences des matériaux».
Dans son intervention, notamment en introduction, il s'est ingénié, comme le ferait un historien des sciences, à démontrer qu'il y a aujourd'hui une autre manière d'appréhender la science et c'est pour ouvrir les yeux de la nouvelle génération sur les mutations qui sont en train de s'opérer dans ce domaine. Après l'observation et l'expérience, après l'établissement des théories (comme celles de la relativité générale ou de la mécanique quantique au début du XXe siècle), après l'avènement dans les années 1980 de l'ère des simulations et des modélisations grâce à la généralisation de l'usage de l'informatique, voilà venue l'ère d'un «quatrième paradigme» où la donnée est devenue fondamentale.
Il soutient l'idée que l'ère de la donnée massive (big data) permet l'extraction du savoir à partir des savoirs, mais l'homme ne peut pas analyser cet afflux massif, d'où l'intervention de l'intelligence artificielle conjuguée à la participation accrue des mathématiciens.
«La science telle qu'elle est pratiquée est incapable de trouver des solutions en temps réel alors que le monde est plus que jamais confronté à des défis d'envergure (changements climatiques, pandémies telles que le Covid 19, etc.) mais les solutions existent et sont cachées dans la donnée», estime-t-il en donnant l'exemple des nouveaux médicaments qui nécessiteraient une dizaine d'années avant leur mise sur le marché à cause des protocoles à suivre alors que l'IA peut réduire de manière substantielle ces délais.
L'exemple le plus concret pour le domaine des matériaux (la recherche de nouveaux) est donné au sujet des pérovskites (oxydes de formule générale ABO3) avec hypothétiquement des combinaisons dont le nombre est estimé à 3 658 527 (on en connaît 1000 actuellement).
L'ordinateur le plus puissant mettra 160 ans avant de les passer toutes en revue, alors qu'en utilisant l'intelligence artificielle on est capable d'en générer un par heure, ce qui réduit le temps d'un facteur de 100.
Pour revenir au c?ur de son intervention et Hafid Aourag en a déjà publié des résultats, l'idée est qu'il est possible de considérer qu'il existe un génome des matériaux comme il en existe dans le domaine de la biologie et la base serait tout simplement le tableau de Mendeleïev. Le scientifique algérien considère que «l'initiative génome» prise à c?ur aux Etats-Unis sous l'ère Obama avec un investissement conséquent est essentielle pour le devenir de l'humanité.
De son côté, Larbi Chahed, ancien recteur de l'université d'Oran, est intervenu sur les nouveaux usages et performances du silicium comme une des solutions alternatives dans la course au développement des énergies renouvelable. Après avoir passé en revue les différentes techniques liés à l'usage de ce matériau (cristallin, amorphe hydrogéné, etc.) il voit dans les nanofils de silicium, des tentatives sont menées à Oran, une possibilité d'augmenter à 42% le rendement des plaques photovoltaïque (30% actuellement pour le matériau de base).
Du CNRS (Centre de recherche français), Abderrahmane Tadjeddine est physicien qui fait de la chimie. Son intervention s'est faite sur des sujets en lien avec son centre d'intérêt qui concerne le développement des lasers. Enfin, les conférences plénières ont été suivies par des altiers abordant autant de spécialités.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Djamel Benachour
Source : www.elwatan.com