Le Sommet extraordinaire de l'UE consacré à la crise russo-géorgienne a mis à jour l'autre vérité : la paralysie politique de l'Europe.
A défaut de sanctions économiques et d'une réponse claire, ferme et unanime à la Russie pour son intransigeance dans la crise de l'Ossétie du Sud, l'Union européenne (UE) s'est contentée, à l'issue de sa réunion au sommet de lundi dernier, d'une déclaration de principe en 11 points qui confirme, non seulement son impuissance à contenir le retour de la Russie comme puissance incontournable dans la reconfiguration des équilibres géostratégiques mondiaux, mais étale aussi au grand jour l'incapacité de l'UE à construire une politique extérieure commune, autant qu'une politique de sécurité et de défense commune (PESC).
Lundi dernier à Bruxelles, dans la plus pure tradition européenne, les rôles ont été répartis entre le Parlement européen (PE) et les chefs d'Etat et de gouvernement pour sauver les apparences face au voisin russe. «L'escalade de la crise en Géorgie représente, pour la sécurité sur le continent européen, une menace qui n'existait plus depuis l'effondrement de l'Union soviétique. Même s'il y a lieu de constater que le président géorgien a commis une grave faute en engageant une action militaire contre la ville d'Ossétie du Sud de Tchinvali», a déclaré le président du PE, Hans Pöttering, dans son discours devant les 27 chefs d'Etat et de gouvernement.
Ainsi, tout en reconnaissant la responsabilité personnelle du président géorgien dans le déclenchement de la crise, Hans Pöttering s'empresse d'ajouter à l'adresse des populations géorgiennes: «Vous n'êtes pas seuls ! Une menace contre votre pays serait une menace contre l'ensemble de l'UE». Le président des eurodéputés est dans son rôle en utilisant de tels propos, qui, en passant, ne sont pas pour calmer les ambitions russes. C'est aux gestionnaires des Etats que revient le rôle de «canaliser» la riposte russe. «Ce conflit a provoqué de grandes souffrances de part et d'autre. De telles actions militaires ne sont pas une solution et ne sont pas acceptables. Le Conseil déplore les pertes de vie humaines, les souffrances infligées aux populations, le nombre de personnes déplacées ou réfugiées et les dégâts matériels considérables», affirme le point n° 1 de la déclaration finale. C'est un appel à la raison et à l'arrêt des hostilités pour un retour au dialogue et à la diplomatie pour trouver une solution qui satisfasse les protagonistes et belligérants.
La prudence de la déclaration de ce Sommet extraordinaire traduit, dans les faits, l'impossibilité pour l'UE d'ignorer les conséquences catastrophiques sur sa stabilité et son économie en cas «d'affrontement violent» avec la Russie d'aujourd'hui. Par ailleurs, il ressort du communiqué final du Sommet que les débats entre les 27 n'ont été ni simples ni aussi consensuels que le laisse croire la propagande d'une grande partie des médias occidentaux. En effet, le point n° 3 évoque les difficultés de l'UE à parler d'une seule voix. «Le Conseil souligne que chaque Etat en Europe a le droit de déterminer librement sa politique étrangère et ses alliances... Il est également légitime que les intérêts de sécurité de chacun soient pris en compte». Voilà qui est dit. Observez comme on parle de «chaque Etat d'Europe» et non pas «de l'UE», de même que l'emploi des pronoms «chaque et chacun» en lieu et place de «nous et nos intérêts». Autrement dit, à chacun de se débrouiller pour sauver ce qu'il peut sauver pour lui-même.
Pourtant, quelques heures avant l'ouverture du Sommet, au nom de la Commission européenne, la Commissaire aux relations extérieures de l'UE, Mme Benita Ferrero-Waldner, avait déclaré dans un communiqué officiel: «Devant la complexité des questions que soulève ce conflit, l'UE doit et devait réagir collectivement et définir d'un commun accord les réponses à y apporter. Notre réunion d'aujourd'hui - celle de la Commission - a envoyé un message clair à la Géorgie et à la Russie, à savoir notre capacité de répondre aux situations de crise et notre unité dans la défense de nos valeurs». Entre les déclarations du Conseil, celles de la Commission et celles du PE, la cacophonie est telle que la Russie n'a pas à s'inquiéter sérieusement de la riposte européenne. Dans ces circonstances, rien n'empêche la Russie de pousser un peu plus ses pions dans ce qu'elle considère comme sa région stratégique naturelle : le Caucase, tout le Caucase.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Notre Correspondant A Bruxelles : M'hammedi Bouzina Med
Source : www.lequotidien-oran.com