Le Danemark entame sa présidence tournante de l'UE par un défit : taire
les divisions qui gangrènent l'Union et sauver une monnaie, l'euro, à laquelle
il n'adhère pas. Pas si sûr que cela.
Au seuil de cette année 2012, un épais brouillard s'installe dans le
climat politique européen. La visibilité est nulle et le cap incertain. Alors
que le Danemark, non membre de la zone euro, qui assure la présidence tournante
de l'Union depuis une semaine, annonce sa détermination à contrer la crise de
l'euro, c'est le président français, Nicolas Sarkozy, qui ouvre le bal en
s'invitant, lundi à Berlin, chez la chancelière Angela
Merkel, pour tenter de la convaincre à l'idée de
l'instauration d'une taxe sur les transactions financières, dite taxe « Tobin ».
Autrement dit, la France
de Sarkozy n'en fait qu'à sa tête, faisant fi des nombreuses oppositions des 26
autres membres de l'Union. Non pas que le principe d'une taxe sur le jeu des
marchés financiers soit une «injustice», mais parce qu'elle n'est rien d'autre qu'une
illusion politique si elle n'est pas imposée par l'ensemble du marché mondial. Inutile
de revenir sur la réelle motivation du président français en fin de mandat
présidentiel. Est-il aussi utile de rappeler que l'idée de cette taxe Tobin est
en débat depuis… 1972, lorsque son promoteur, le prix Nobel d'économie James
Tobin, en a fait l'offre au monde développé pour venir en aide aux pays pauvres
? Est-il nécessaire de signaler que tous les sommets, du G 7 au G 20 et
jusqu'aux instances onusiennes, ont abordé l'idée de cette taxe sans aboutir à
un simple accord de principe ? C'est dire combien l'idée est vieille au sein du
monde anglo-saxon. Ainsi, la volonté du Danemark de vouloir donner la priorité
à la crise de l'euro va devoir entamer sa présidence de l'Union par un débat
usé et concilier les deux pays dits « moteur » de l'Europe sur une question
aussi complexe que celle de la taxe Tobin. D'aucuns trouveront à conclure que
les deux sujets, crise de l'euro et taxe, sont liés. Peut-être, sauf que ce
sont, jusqu'à preuve du contraire, les marchés financiers qui dictent la force
des monnaies-devises. De plus, le Danemark étant l'un
des rares pays de l'Union dirigé par une coalition de gauche, il ne peut lui
être fait grief d'être contre la taxation des marchés financiers. Si le
Danemark a évacué cette question dans son programme pour l'UE, c'est parce
qu'il sait l'impossibilité pour l'heure de son application. Du coup, en faisant
de la taxe Tobin son cheval de bataille au sein de l'UE, Nicolas Sarkozy sème
plus la zizanie au sein de l'Union et marginalise le travail de ses
Institutions. Cela au moment même, soit ce lundi 9 janvier, où la Commission des affaires
économiques et monétaires du Parlement européen se penche sur la question du
contrôle des budgets nationaux des 27 membres de l'UE.
Les chiffres et statistiques portant sur les PIB des pays membres, la
croissance, l'emploi, le commerce, etc., ne vont pas tarder à être publiés et, il
est certain que plus d'un pays contestera l'un ou l'autre indicateur économique
de l'auguste Institution. Finalement, l'année 2012, qui sera une année
électorale autant pour Merkel que Sarkozy, c'est-à-dire
les deux pays censés être le « moteur de l'Europe », va
gripper le débat de fond sur le futur européen de sa monnaie. C'est dire aussi
le travail qui attend le Danemark, lui qui souhaite combler le fossé entre les 17
pays de la zone euro et les autres pour rassembler la famille européenne.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Notre Bureau De Bruxelles : M'hammedi Bouzina Med
Source : www.lequotidien-oran.com