La mise en place du Service européen d'action extérieure (SEAE),
c'est-à-dire le département diplomatique qui doit parler au nom de l'UE, a
réveillé les éternelles querelles de souveraineté entre Européens. Au
détriment, bien sûr, du poids diplomatique légitime de l'UE en ces temps de
bouleversements stratégiques mondiaux.
Prévu par le Traité de Lisbonne, le Service européen d'action extérieure
(SEAE) a mis, lors des débats entre (et au sein) les différentes institutions
de l'UE, au grand jour, d'importantes dissensions qui traduisent en réalité les
deux grandes conceptions du futur européen : une confédération d'Etats ou celle
d'une Europe fédérale. Autrement dit, le SEAE conduira-t-il au nom des 27 Etats
membres, en tenant compte de l'intérêt commun, la diplomatie européenne, ou
sera-t-il un instrument utilisé, selon les circonstances, par des groupes
d'Etats pour leurs besoins diplomatiques sans tenir compte des retombées de
toutes sortes sur d'autres membres de l'UE ?
Un exemple ? Le cas du projet de
l'Union pour la Méditerranée (UPM) l'illustre parfaitement, puisque les pays de
l'Europe du Sud souhaitent une coopération tous azimuts avec ceux de l'Afrique
du Nord, alors que ceux de l'Est européen veulent donner la priorité aux
Balkans et plus encore à l'Est.
Dans ce même ordre d'idée, la
Turquie peine à convaincre certains pays européens de sa volonté de rejoindre
l'Union, alors que l'unanimité a été faite pour accueillir l'Islande dès
l'annonce de sa demande de rejoindre l'UE et malgré sa situation financière et
économique catastrophique.
Catherine Ashton, Commissaire
européenne désignée à la tête du SEAE en début d'année, a laissé entendre
devant les députés européens réunis en plénière, le 8 juillet à Strasbourg,
qu'il n'était pas question de faire du SEAE un simple outil au service de la
diplomatie de tel ou tel Etat ou groupe d'Etats, mais d'en faire un véritable
département qui défend une stratégie diplomatique commune à l'UE. «Nous ne
pouvons pas nous permettre d'agir d'une manière disparate… Nous devons défendre
les intérêts de l'Europe et les valeurs du projet européen», a-t-elle déclaré dans
son discours devant les eurodéputés.
Plus facile à dire qu'à faire,
tant l'histoire récente de l'UE, dominée par la crise financière, a montré
comment les 16 pays de l'Euro-groupe ont agi en solo. Et jusqu'au sein de
l'Euro-groupe, lorsque la Grèce, au bord de la faillite, n'a dû son sauvetage
que grâce à l'appui considérable du FMI.
Par ailleurs, au-delà de l'aspect
doctrinal du futur SEAE, demeure l'autre problème, et pas des moindres, celui
lié à son positionnement institutionnel et son organigramme. En effet, quels
seront, au plan européen, ses rapports avec la Commission européenne, le
Conseil européen et le Parlement ? Comment hiérarchiser les compétences et où
se situe la décision finale ?
A la veille de la plénière de
Strasbourg, le secrétaire d'Etat français aux affaires européennes, Claude
Lellouche, lance la charge : «Le SEAE n'est pas un service de la Commission
européenne. La clé de la légitimité diplomatique est le Conseil européen». Et
de prévenir : «Il y a des lignes rouges à ne pas franchir. Le Traité de
Lisbonne est ma bible et tout le monde doit s'y tenir».
Ce n'est pas tout, puisque à ces
débats «politiques» et doctrinaux s'ajoute celui du personnel du SEAE et de son
statut. Les représentations du SEAE à l'étranger seront-elles rattachées aux
missions de la Commission européenne, celles des ambassades des différents
pays, ou faut-il que le SEAE crée ses propres représentations ? Enfin, où
recruter et sous quels critères les futurs ambassadeurs du SEAE ? Sur toutes
ces questions, la bataille fait rage entre les Etats selon qu'ils sont
«européens souverainistes», pour une Europe fédérale ou confédérale.
En voulant promouvoir son poids
diplomatique dans le monde et peser sur les enjeux stratégiques mondiaux, l'UE
s'est inventée un nouvel «os» politique, non pas en raison de la légitimité du
SEAE qui est plus que nécessaire, mais à cause, encore une fois, d'intérêt
divergents, de visions politiques étriquées, de solidarité calculée et de
course au leadership insensée.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Notre Bureau De Bruxelles : M'hammedi Bouzina Med
Source : www.lequotidien-oran.com