La volonté affichée de l'UE pour une réforme de sa gouvernance met à nu
des luttes farouches pour la répartition des postes clés et le contrôle des
centres de décisions. Première salve annoncée au prochain Conseil européen.
L'Union européenne est en crise. C'est le moins que l'on puisse dire. Du
coup, la « bagarre » pour le contrôle des Institutions européennes, au-delà de
l'impératif de leur réforme, fait rage entre les « fédéralistes » et les «
souverainistes ». La première salve est annoncée pour le
prochain Conseil européen (chefs d'Etat et de gouvernement) prévu les 17 et 18
octobre prochains. Les pays de l'eurozone sont
appelés à se prononcer sur la création (l'institutionnalisation) d'un «
gouvernement de la zone euro ». Ce qui impliquera des changements radicaux dans
l'organisation des pouvoirs de décision au sein de l'Union européenne. Dès le
lancement de l'idée d'un gouvernement de la zone euro (17 pays) par la France et l'Allemagne au
lendemain de la crise financière de 2008, le débat s'est déplacé sur celui de
ses compétences et la répartition des postes clés de contrôle. L'actuel
président de l'euro-groupe, le Luxembourgeois J. Claude
Juncker dont le mandat arrive à échéance en juin 2012,
estime qu'il n'est pas nécessaire de compliquer le fonctionnement
institutionnel en y ajoutant d'autres structures de coopération européennes. S'il
faut réformer, il est préférable de renforcer les prérogatives et les missions
du président actuel de l'eurogroupe.
C'est que dans la perspective d'un gouvernement institutionnalisé de la
zone euro, la question de la répartition des postes de direction et de contrôle
n'est pas une mince affaire. La
Commission européenne, isolée et mise en veilleuse depuis la
crise de 2008 par « l'audace » du couple franco-allemand, s'est, soudain, ralliée
à la proposition de la création de ce fameux gouvernement de la zone euro, tout
en souhaitant garder l'existence de l'actuel « forum qu'est l'eurogroupe ». Elle souhaite que la présidence de ce dernier
revienne à un Commissaire européen, en la circonstance Olli
Rehn, en charge actuellement des affaires économiques
et monétaires. Le poste de président du gouvernement de l'eurozone
reviendra à l'actuel président de l'Union européenne, le Belge Herman Van Rompuy.
Par ailleurs, cette réforme de la
gouvernance de la zone euro implique une remise en cause plus large de la
politique de l'Union et marque un pas en avant vers une Europe fédérale. Car, la
mise en place d'un gouvernement institutionnalisé de la zone euro lui donnera
le droit de contrôle et de réserves sur les budgets nationaux des Etats membres.
Le budget de chaque Etat de la zone euro, ainsi que ceux des 10 autres pays de
l'Union devront avoir l'agrément du gouvernement de l'eurozone
et celui de la Commission
avant leur adoption et leur exécution. Et c'est sur ce point que les
souverainistes, particulièrement les Etats non membres de la zone euro, s'interrogent
sur la voie et le futur de l'Union, ainsi que les limites des pouvoirs de
Bruxelles. Le débat est si radical sur les objectifs de la réforme que des
Etats d'Europe centrale et orientale, tels la Pologne a mis en veilleuse
son ambition de rejoindre la zone euro. De plus, ces pays se sentent complètement
exclus du débat sur la réforme de la gouvernance et sur celui de l'avenir de
l'Union. En réalité, le couple franco-allemand, fort de sa position au sein de
l'Union, a fini par imposer la méthode dite « intergouvernementale » à la place
de celle dite « communautaire » sur laquelle l'Union s'est bâtie depuis 1958. La
crainte des pays non membres de la zone euro est la création de deux collèges
au sein de l'Union. Un collège dominant, celui de l'eurozone
et un autre, assimilé sans grands pouvoirs. S'il est vrai que le couple franco-allemand
est, de part la taille de sa population, le premier contributeur au budget de
l'Union, il en est aussi le principal bénéficiaire.
A cette lutte pour le contrôle de la zone euro s'ajoute, en cette rentrée
sociale, celle de l'élaboration de deux autres budgets septennaux spécifiques
épineux : celui de la politique agricole commune (PAC) et celui de l'Union pour
les sept années à venir. Là-dessus, la France est mise à l'index par le reste de
l'Europe et principalement la Grande-Bretagne pour les 40 % dont elle bénéficie
du budget de la PAC. Autant
dire que le prochain Sommet européen de la mi-octobre ouvrira les hostilités au
sein de la famille européenne, au moment même où une amorce de solution à la
crise de la dette grecque est annoncée.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Notre Bureau De Bruxelles: M'hammedi Bouzina Med
Source : www.lequotidien-oran.com