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UNE VILLE, UNE HISTOIRE : Sidi Bel Abbès, de l'Astasilis au Petit Paris



UNE VILLE, UNE HISTOIRE : Sidi Bel Abbès, de l'Astasilis au Petit Paris
Située sur la Mekerra, au milieu d'une vaste plaine comprise entre le djebel de Tessala et les monts de Daya au sud, la ville de Sidi Bel Abbès culmine à 470 m d'altitude. Bien que d'existence plutôt récente puisque construite sous occupation française, il n'en demeure pas moins qu'aux alentours de la ville ont été retrouvés des vestiges attestant d'une présence antique.En effet, les terres du Tessala, appelées à l'époque romaine Astasilis et, avec l'arrivée des Arabes, « terres du blé », sont couvertes de ruines antiques. Dès le XIe siècle, la région connaît de vastes mouvements de populations nés de la poussée des tribus Beni Hillal et de la domination des Almoravides. A partir du XVIe siècle, les Espagnols voient leurs multiples tentatives d'intrusion mises en échec, notamment du côté de Sidi Bel Abbès avec, en sus, la perte de plus de 1000 soldats. C'est vers 1780 que décède le saint patron de la ville, Sidi Bel Abbès El Bouzidi (voir encadré). Aussi, à la création du centre de colonisation, c'est sous le nom de cet homme de foi qu'il sera désigné. Aux quelques indigènes implantés autour de la place du modeste village, sont venus s'ajouter de nombreux Européens, attirés par les terres fertiles. Qu'ils soient noirs du Touat ou du Gourara, Berbères de l'Oranie et du Maroc, Hamianes, Kabyles, Mozabites, Tlemcéniens, Nédromis ou Chéragas (habitants de l'est de l'Oranie autour de Mazouna et Relizane), tous cohabiteront, certains travaillant pour d'autres. Dès le 10 novembre 1835, le maréchal Bertrand Clauzel se lance à partir d'Oran dans une grande expédition visant la destruction de Mascara. Dans son trajet vers la capitale de l'Emir Abdelkader, il établit plusieurs relais fortifiés à des endroits stratégiques dont un sur le plateau de Sidi Bel Abbès et ce, afin de surveiller voire de contrôler les indigènes des régions entre Mascara et Tlemcen ou encore entre Oran et les hauts plateaux. Ce poste est érigé sur la rive droite de la Mekerra, face au mausolée de Sidi Bel Abbès. Dès 1842 et afin d'avoir un 'il sur les tribus environnantes, ce gîte d'étape se transforme en campement provisoire avant de devenir poste permanent. Un an plus tard, le général Bugeaud y installe un campement retranché. Toutefois, la région est trop isolée rendant la vie quasiment invivable. Aussi, afin de rendre leur quotidien moins difficile, les Français entreprennent des travaux de drainage des marais et de débroussaillage du sol. Pour cela, ils font bien sûr appel à la main-d'œuvre autochtone qui travaille d'arrache-pied sans rechigner. Dès 1843, l'Emir Abdelkader s'engage dans plusieurs batailles contre les troupes du général Bedeau dont une redoute tenue par la Légion étrangère est installée à proximité du mausolée de Sidi Bel Abbès. En 1847, le général Lamoricière, à la tête de la division d'Oran, propose de bâtir une ville fortifiée afin de surveiller les tribus indigènes ou encore pour mieux faciliter la circulation entre Mascara et Tlemcen et entre Oran et les hauts-plateaux. Son idée est bien accueillie. Aussi, dès le 10 novembre 1848, le gouverneur général propose la création de la ville, sur la base des plans dessinés par le capitaine Prudon. Le décret du 5 janvier 1849, signé par Louis Napoléon Bonaparte, président de la République décide : « Il est créé à Sidi Bel Abbès un centre de population européenne de 2000 à 3000 habitants auquel on attribuera le nom de Sidi Bel Abbès. » Dès lors, les autochtones sont expropriés de leurs terres sont données aux Européens pour exploitation. Cependant, la région étant hostile (absence de sources dans la plaine), beaucoup de nouveaux propriétaires terriens peinent à faire marcher leurs fermes et la colonisation de Sidi Bel Abbès reste à l'état de projet. Afin d'y remédier, des appels sont placardés dans les campagnes françaises ainsi que dans les pays limitrophes de la France, incitant les Français, à aller vivre en Algérie, précisant que le voyage et toutes les aides à l'installation seront entièrement pris en charge par l'Etat français. La ville de Sidi Bel Abbès prend progressivement forme entre 1849 et 1857. On construit remparts, rues et édifices publics, ce qui amène, dès 1860, des vagues d'Européens qui arrivent avec femmes et enfants. Cependant, l'adaptation est loin d'être facile et les colons sont aux prises avec l'inexpérience et les épidémies qui emportent jeunes et moins jeunes. Découragés, dans un premier temps, ils décident de se tourner vers les pratiques traditionnelles car, en observant les cultivateurs indigènes, ils se rendent compte que ces derniers possèdent un savoir-faire unique. Bien qu'il ne reste aujourd'hui rien des fortifications, il faut savoir qu'en cette première partie du XIXe siècle, la ville est entourée de murs de protections avec quatre portes qui permettent l'accès à la ville, en l'occurrence la porte d'Oran au nord, la porte de Daya au sud, la porte de Tlemcen à l'ouest et la porte de Mascara à l'est. Les voyageurs sont nombreux à transiter par-là, devenant pour eux une sorte de relais, ils la surnomment alors et à juste titre « biscuitville » car elle est considérée comme une ville étape pour le ravitaillement pour les troupes, en route vers le sud. En 1881, la ville qui compte 16840 habitants émerge avec ses quartiers bien agencés, ses jolies places et ses commerces florissants. Deux quartiers distincts, militaire et civil, se font face. Ce dernier possède une église, un théâtre, un marché couvert, un hôtel de ville et des écoles. La ville forgera peu à peu sa réputation grâce à son essor agricole et à ses constructions mécaniques. Les nombreuses fermes coloniales occupent de grandes superficies de labour et de vigne. Un concours agricole est, d'ailleurs, organisé en 1883 où l'on fait connaître la qualité et la quantité de la production-pastorale de toute cette région de l'Oranie, allant des différents spécimens de races d'élevage (bovine, ovine et chevaline) aux machines agraires utilisées pour faciliter le travail de la terre et en fructifier le rendement. La ville de Sidi Bel Abbès tient son nom d'un saint homme qui y a vécu et y est décédé. Ce dernier faisait partie de la descendance du prophôte Mohamed (QSSSL) par son grand-père qui s'était établi au Maghreb afin de répandre la parole de Dieu. Bel Abbès a accompagné son père à Tlemcen où il était enseignant à la médersa de la ville. C'est là que le jeune homme aurait reçu comme une illumination l'ordre de porter la parole de Dieu aux deux tribus arabes installées au Maghreb depuis 1052. Dès lors, les autochtones vécurent dans la paix et la sérénité. Toutefois, ce climat de quiétude sera dérangé lorsqu'un djinn, prenant l'apparence d'un saint homme, viendra tromper la population, les incitant à chasser le marabout Sidi Bel-Abbès. A la suite de cette trahison, ils seront frappés de famines et d'épidémies. Ce châtiment divin leur fera prendre conscience de leur terrible erreur, ils décident alors de ramener Sidi Bel Abbès parmi eux. Cependant, les deux tribus ? les Amarnas et les Ouled Brahim ? se disputent pour accaparer le marabout et ce climat belliqueux insupporte le saint homme qui, pour leur échapper, se transforme en une colombe qui ira se poser sur la rive gauche de la Mekerra. Les habitants, témoins de ce miracle, décident de faire la paix. Et c'est ainsi qu'ils vécurent en parfaite communion jusqu'à la disparition de Sidi Bel Abbès en 1782. Il sera enterré dans une kobba (mausolée) érigée à l'endroit où la colombe s'était posée.
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