Oran - Tout de blanc vêtue, les cheveux en bataille, elle marchait lentement sur le bas-côté de la route. Dieu seul sait vers où.
Lorsque deux fêtards descendent la corniche entre deux et trois heures du matin à bord d'un véhicule qui zigzague, vous pouvez être sûrs qu'ils ont copieusement honoré la table de Bacchus, taquiné Vénus dans sa tendre lingerie et qu'ils ne demandent qu'une seule chose au fond : tomber dans les bras de Morphée... C'est vrai que la java fatigue et que la ripaille assomme. Les réflexes sont émoussés, le regard embrouillé et les facultés de jugement complètement inhibées. La gueule de bois n'est rien d'autre que cela en fin de compte. Les deux compères, dont l'esprit chaloupait entre B'net essohba de cheikh Hasnaoui et Beïdha mon amour de Hasni, tanguaient dangereusement sur l'asphalte. Dangereusement. c'est entre le tunnel de Mers el-Kebir et Paradis-plage, à cinq minutes à vol d'oiseau d'oran, qu'ils la virent. L'apparition de cette femme sortie brutalement des ténèbres leur glace le sang. Tout de blanc vêtue, les cheveux en bataille, elle marchait lentement sur le bas-côté de la route. Dieu seul sait vers où.Cela pouvait être n'importe qui en cette saison de plaisir, une excentrique qui voulait se payer une balade au clair de lune, une femme chassée du domicile conjugal par un mari jaloux après une effroyable dispute, une fille de joie abandonnée tel un baluchon au milieu de la chaussée par un client trop exigeant, une racoleuse un peu spéciale qui ne loue ses charmes qu'à l'heure du vampire. Elle pouvait, à l'évidence, être n'importe qui. L'histoire de cette dame venue d'ailleurs, paumée par une nuit d'été le long d'une nationale déserte, sera vite oubliée. Et personne n'en parlera plus jamais... Jusqu'au soir où un couple qui s'en retournait à Oran la percute... Elle portait la même robe blanche, elle avait les mêmes pieds nus et les mêmes cheveux en désordre. Et le plus étrange c'est qu'elle passait le pas, sur le même bas-côté de la route, exactement à la même heure que lors de la première apparition... Echaudé par tout ce qui se racontait sur les désordres de cette corniche à partir de minuit, ses travestis, ses maisons de rendez-vous, ses night-clubs, le conducteur accéléra, pédale au plancher. Une fois de plus, le mystère reste entier. Visiblement excités par cette histoire et voulant à tout prix lui donner l'épaisseur qu'elle n'avait pas, certains délurés, groggy par l'alcool, firent courir le bruit que la dame en blanc avait été vue à des endroits différents et à la même... heure. Mais ils étaient totalement incapables d'en faire la moindre description, ni d'en fournir le moindre détail. En fait, le mauvais whisky, les premières lueurs de l'aube, la réverbération de la lumière sur des platanes chaulées en plus d'une imagination débordante ont fait entrevoir aux uns et aux autres la silhouette fugace d'une môme en jupe immaculée et en perpétuelle cavale... À l'exception des deux joyeux lurons et du couple effrayé, personne en réalité ne l'a croisée. Ni à Corales, ni aux Andalouses ni à Aïn Turk ni à Bousfer-plage. Alors qui était cette créature ' D'où venait-elle ' Et que voulait-elle ' un automobiliste ayant tenté, il y a deux semaines, de s'arrêter au niveau de la dame en blanc, a eu toutes les peines du monde à réaliser qu'elle avait aussitôt disparu. Rien. Nulle part.
Aucune trace de la créature.
Ni ange, ni bête, ni démon qui se cache derrière la femme en blanc '
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Hanane
Source : www.infosoir.com