Pendant des
siècles, l'Occident a pu prospérer et s'étendre au détriment de peuples qu'il
avait réussi à asservir grâce à sa puissance de feu. Le contrôle qu'il exerçait
sur ces populations a évolué, sans jamais disparaître, d'une forme militaire
brutale à l'utilisation de relais locaux auxquels étaient confiées les basses
tâches de police. C'est ainsi que l'Occident a pu se développer et assurer le
bien-être et la sécurité des siens. Il y eut bien sûr quelques épisodes
fâcheux. Des soulèvements venaient de temps à autre perturber ce bel
ordonnancement. Il fallait alors faire tonner les canons et pleuvoir les bombes
et tout rentrait dans l'ordre. Il y avait aussi des querelles internes au camp
occidental à propos du partage du butin et de l'espace. Elles se réglaient par
les armes et les pays impliqués ne se privaient pas de prélever la chair à
canon de leurs colonies.
Assis sur cette
confortable rente séculaire, l'Occident se persuada qu'il en disposait pour
l'éternité. Le reste du monde était ad vitam aeternam voué à servir ses
intérêts. Il était perçu comme ontologiquement inapte à la maîtrise de son
destin. Il fallait juste sortir de temps à autre le gourdin pour calmer ses
poussées de fièvre.
Le monde Arabe,
notamment, représentait sans doute sa plus belle conquête. Comment ne pas le
penser? Pourvoyeur d'énergie à très bon marché autant que producteur de
satrapes sanglants trop heureux de jouer les supplétifs en massacrant eux-mêmes
leurs peuples, il évite ainsi à leurs maîtres l'inconfort moral d'une
intervention directe.
Et puis, les
choses ont changé. Ce monde vacille. On aurait pu le prévoir. Qui pouvait
croire que le monde Arabe, riche d'une civilisation qui a éclairé le Moyen-âge
quand l'Europe vivait dans la saleté et la barbarie, pouvait se contenter du
rôle de l'éternel lampiste? Il fallait un aveuglement singulier de la part de
l'Occident pour qu'il ait pu imaginer la pérennité d'un monde voué à son
service.
C'est de cet aveuglement
que l'Occident refuse de sortir.
Au moment où le
monde arabe enfonce les portes pour réintégrer l'Histoire, l'Occident en sort
et montre une incapacité manifeste à y revenir. Il essaie en vain d'appliquer
le vieil adage de Clémenceau: «Quand des événements nous dépassent, feignons
d'en être les organisateurs». Après avoir soutenu ses supplétifs jusqu'à
l'extrême limite, il fait mine de soutenir les mouvements populaires avec
l'arrière-pensée de rester maître du jeu. Il multiplie les injonctions contre
les dirigeants alors même que leurs peuples les ont déjà déchus. Il s'essaie à
l'humanitaire alors qu'il a laissé mourir dans une parfaite indifférence les
Palestiniens, les Congolais, les Irakiens. Qu'il est pitoyable de faire mine de
découvrir la corruption d'un Ben Ali ou d'un Moubarak après avoir accepté
d'être comblé de leurs bienfaits!
Oui, l'Occident
n'a pas compris. Des siècles de domination injuste l'ont rendu incapable de
lire l'Histoire avec une autre grille que la sienne, vermoulue et obsolète.
C'est lui qui est victime, presque de manière ontologique, de comprendre le
monde et de revenir dans l'Histoire.
Peut-être, dans
quelques décennies, verra-t-on un ministre africain en visite dans une capitale
de l'Occident se lamenter sur cette incapacité qui empêche l'Occident de jouer
un rôle dans la marche du monde. Des intellectuels africains se diront
scandalisés par ce discours. Puis, ils se souviendront des siècles de
colonisation et d'esclavage qui ont produit une Histoire, naguère, où ils n'avaient
aucun part dans le devenir du monde. Peut-être alors aideront-ils un Occident
vieillissant à reprendre pied et à participer à égalité avec le reste de
l'Humanité à la marche du monde.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Brahim Senouci
Source : www.lequotidien-oran.com