Les «shale gas», critiqués pour être fortement polluants, font-ils peur au ministre de l'Energie pour qu'il déclare que l'exploitation de cette énergie n'est pas envisageable avant 2030 ' Ou bien laisse-t-il penser que la décision d'aller vraiment vers l'exploitation des énergies non conventionnelles, tout comme le financement non conventionnel, est une décision qui revient aux «politiques» ' La prudence des propos du ministre ces derniers jours à Oran laisse penser au moins que l'Algérie a déjà décidé d'aller vers l'exploitation des énergies non conventionnelles, dont le gaz et le pétrole de schiste, ensuite que les tests de production ont été également effectués et qu'il ne reste que les financements à mettre en place, avec le choix du ou des partenaires.En amont, l'Etat doit annoncer publiquement que l'Algérie a opté pour l'exploitation, la production et la commercialisation des énergies non conventionnelles, et donc endosser la responsabilité de ce choix largement décrié par la société civile. Le dossier revient en réalité au-devant des préoccupations des autorités et des experts avec cette incapacité de l'économie algérienne à se prendre en charge en dehors des hydrocarbures et que les «warnings» des institutions financières internationales exacerbent les choix économiques de sortie de crise adoptés par les trois derniers gouvernements entre 2014 et 2018. Le constat sur l'état général de l'économie algérienne du FMI et de la BM lors de cette session de printemps des institutions financières internationales est préoccupant. Globalement, l'économie algérienne ne parvient plus à imprimer un rythme de croissance soutenu de 4% et plus sur au moins 5 ans, une réduction du chômage, de l'inflation et des déficits. Et, avec le recours à la «planche à billets», au lieu d'aller vers un endettement externe avec la mise en place de garde-fous, le gouvernement aurait davantage aggravé les mauvaises performances des principaux indicateurs économiques, puisque l'économie fonctionne à crédit.
Cette mauvaise passe que traverse l'économie algérienne, du fait principalement de la baisse des recettes pétrolières, induites autant par un recul du prix du baril que de la faible production d'hydrocarbures, couplée à un recul de la demande de ses clients traditionnels, dont les Etats-Unis, a fait peur aux responsables algériens qui, dès lors, ont vu dans le gaz de schiste la solution miracle. D'autant que selon des tests déjà effectués dans deux puits-tests de gaz de schiste à In Salah, les premiers résultats sont «exceptionnels», le premier puits ayant donné «un résultat meilleur que n'importe quel puits américain», s'était émerveillé l'ex-PDG de Sonatrach, Abdelmadjid Attar.
Il est clair que le gouvernement Ouyahia, ou ceux qui vont lui succéder, ne va pas hésiter, ni aujourd'hui ni demain, à augmenter les exportations algériennes d'hydrocarbures en puisant dans le formidable potentiel des énergies non conventionnelles. C'est, à tout prendre, une des solutions que le gouvernement tient cachée dans sa manche, un joker potentiel à la crise de confiance de l'économie nationale, il faut le reconnaître, puisqu'elle n'arrive plus à provoquer cette étincelle qui ferait redémarrer le moteur de la croissance. Et, pour cet objectif, la loi sur les hydrocarbures a été largement aménagée pour d'abord ouvrir la voie à un retour des grandes compagnies pétrolières, accompagner la production algérienne de gaz de schiste par des investissements étrangers importants et, surtout, permettre aux compagnies pétrolières étrangères d'évoluer sans entraves bureaucratiques, financières ou politiques.
L'expérience de ces trois dernières années, avec des restrictions budgétaires tous azimuts, un commerce international pratiquement étouffé avec la baisse de plus de moitié des recettes pétrolières, le manque cruel d'intrants et de matières premières pour l'industrie et l'agriculture, a montré donc que l'économie algérienne est vraiment au bord de la syncope. Et, fatalement, il n'y aura pas pour longtemps autre chose à exporter que les hydrocarbures. Pour l'Algérie, l'exploitation des énergies non conventionnelles n'est dès lors plus un choix, mais une nécessité, une priorité.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Mahdi Boukhalfa
Source : www.lequotidien-oran.com