
Lors de ces vacances scolaires, la wilaya envisage de procéder au relogement de 1430 familles dans un nouveau quartier à l'est de la wilaya. Toutes ces familles proviennent du quartier El Hamri, dont le nom va de pair avec celui de la ville et notamment de son équipe de foot, le MCO.Une partie des habitants de ce quartier a déjà bénéficié, il n'y a pas longtemps, de logements sociaux dans des communes en dehors de la wilaya, notamment à Oued Tlelat et Gdyel. Autrement dit, ce quartier est en train de se vider de ses habitants qui ont toujours cultivé leur particularisme par rapport aux habitants des autres quartiers de la ville.Habitués à un style d'habitat, c'est-à-dire le haouch, datant de l'époque coloniale, avec la forme de sociabilité qui lui correspond, ils vont se retrouver dans des immeubles.Certes, cette opération de relogement répond à une demande sociale, puisque ce sont ceux qui s'abritaient sous des toits menaçant de s'effondrer à la suite de la première averse, qui ont fourni des dossiers, organisé des sit-in devant la wilaya, érigé des tentes et des baraques, et coupé des routes pour attirer l'attention des pouvoirs publics sur leur situation. Mais cette «ascension sociale», concrétisée par l'abandon définitif de la salubrité et de l'humidité des habitations devenues au fil du temps exiguës, a un prix. Des formes de cohabitation, des traditions, des savoir-faire, seront perdus à jamais.A El Hamri, on ne vivait pas seul, mais en communauté. Pour réparer une panne de voiture, ou bricoler telle ou telle machine, il y a toujours un voisin qui propose ses services et son savoir-faire. La proximité entre les habitants, dictée par l'habitat, par l'étroitesse des ruelles, impose des formes d'entraide et d'assistance. Cette même proximité génère une forme de contrôle de chacun sur tout et de tous sur chacun. On n'aborde pas une jeune femme à El Hamri comme ailleurs. Et aussi paradoxalement que cela puisse paraître, les ruelles d'El Hamri sont plus propres que celles du centre-ville d'Oran.Avant El Hamri, le quartier Derb, habité par la communauté juive durant la période coloniale où subsistent encore quelques synagogues transformées en mosquées, a subi le même sort. Une partie de ce quartier est vide. Ceux qui l'habitaient depuis des lustres se trouvent dispersés dans plusieurs quartiers, voire communes. Ils ont dû s'accommoder avec de nouvelles formes de sociabilité ayant à la base la crainte de l'autre. Tous se sont débrouillés, dès l'installation dans leurs nouveaux logements, pour installer des portes en fer pour se sentir en sécurité.C'est aussi le cas d'une partie de Sid El Houari et de ses habitants. Ces deux cas sont illustratifs, parce qu'avant même la fin des opérations de relogement, donc de libération des assiettes de terrains des logements menaçant ruine, les lobbies de la promotion immobilière, devenue la voie royale vers l'enrichissement rapide, ont montré leurs crocs. Heureusement que la décision de classement de ce quartier est tombée au bon moment pour tempérer, au moins momentanément, les ardeurs des partisans des bulldozers, sans prêter attention à ce que ces engins peuvent raser comme pans d'histoire.Une mémoire s'en vaA El Hamri, nous allons perdre une mémoire, un patrimoine immatériel. Un des plus importants quartiers arabes de la ville, avec celui de M'dina Jdida, ses «haouchs» ont à coup sûr abrité des réunions de militants de la cause nationale. Des figures de notre histoire ont au moins transité par ce quartier avant et durant la guerre de libération nationale. Des artisans se sont forgés dans ce quartier? El Hamri renferme au moins l'histoire du MCO, un club dont l'histoire coïncide jusqu'ici avec celle de la ville. Les petites bâtisses qui ont vu naître et disparaître des générations vont céder la place probablement à des immeubles aux façades froides, inspirant tout sauf la convivialité. Mais le sort d'El Hamri n'est pas unique dans les annales. D'autres quartiers à travers la planète ont subi ce qui l'attend. On appelle ça l'inéluctable marche de l'histoire.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ziad Salah
Source : www.letempsdz.com