
Mohamed-Seghir Babès et Abdelamdjid Sidi-Saïd n'ont pas dû bouder leur plaisir en rédigeant leur «mémorandum pour la protection du pouvoir d'achat». Il s'agit, dans les faits, d'un véritable programme de développement économique pour l'Algérie. Le patron du Cnes et son ami de l'Ugta ont dû se remémorer les années 1970 et leurs vingt ans. A l'époque, les grands débats socioéconomiques faisaient florès et les militants de tous bords avaient droit à la parole y compris pour les propositions les plus folles.Cette époque «bénie» revient comme une vieille antienne romantique et généreuse dans ses propos. «Un impôt direct et juste devra être instauré, l'épargne des ménages encouragé, le crédit facilité, la fiscalité pétrolière utilisée pour les dépenses en capital et en investissements durables, un tarif douanier protecteur de la production nationale, appliqué, des circuits de distribution développés, etc.»Un discours généreux et visionnaire nous est offert par ces deux institutions majeures de la vie politique algérienne qui devrait faire pâlir de jalousie les partis politiques. Cette vision de l'Algérie de demain ressemble cependant à celle des années 1960 avec ses plans triennaux, quadriennaux et quinquennaux. Une vision qui avait cours à l'époque des «Non-alignés» et de la diplomatie militante. Un discours en phase avec le postulat du «Nouvel ordre économique mondial» cher à Houari Boumediene. Un programme économique plus ou moins réaliste dans un monde où le Gatt, l'ancêtre de l'OMC, n'existait pas !La vision du Cnes et de l'Ugta semble avoir été figée. Elle ne tient pas compte de l'évolution du monde, de l'Algérie et surtout des ambitions des Algériens. Elle omet de prendre en compte les différents traités et accords internationaux signés par les gouvernements successifs depuis l'époque de la destruction des sociétés nationales en raison de la montée en puissance de la théorie «small is beautiful» de Schumacher.Hélas, le monde a bien changé et les Algériens aussi. L'esprit de la révolution de Novembre et son militantisme a disparu pour laisser place à la culture de bazar, du beggar (vacher,ndlr) et de la kheïma. Les Algériennes et les Algériens veulent vivre comme les Emiratis. Ils veulent boire et se nourrir de gaz et de pétrole. Ils ne veulent faire aucun effort. Ils ne veulent pas payer d'impôts à un Etat considéré comme riche.La sociologie et la psychologie des Algériens ont changé. La culture du travail et de l'effort ont quasiment disparu laissant place à une société avide de consommation. La prison et le gendarme ne font plus peur. Etre considéré comme corrompu ou voleur ne vous bannit plus du village et ne vous exclut pas de votre entourage. Avoir une bonne éducation et respecter autrui sont considérés comme des tares dans une société que le FIS et la corruption bureaucratique ont mise à terre.Il faudra commencer par rééduquer le peuple et en faire des citoyens avant de pouvoir penser économie, fiscalité et épargne. L'Algérie du 21e siècle n'est plus celle des années post-indépendance, hélas! pour le Cnes et l'Ugta. Hélas! pour les Algériens !
A. E.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Amine Echikr
Source : www.latribune-online.com