Oran - Revue de Presse

Une chèvre pour chaque citoyen



La constitution intime des personnages décrits par Mohsen Tewfik(1),dans ses « fables » intitulées Une chèvre pour chaque citoyen, penche visiblement vers l'âne, le porc, le serpent, le rat, l'orang-outang, tant s'y lit nettement un instinct animal dominant correspondant sous le rapport symbolique aux péchés capitaux, l'orgueil, la cupidité, la luxure, etc. Les êtres rampants, par exemple, s'avèrent être les mieux adaptés à l'ordre social ambiant. Le ministre a commencé sa carrière politique en servant au leader du « parti » chaque matin au réveil, le café au lit (p.31). Le millionnaire a fait fortune en envoyant son épouse pour « négocier » les contrats de fourniture à l'Etat dans l'alcôve des dirigeants de divers départements ministériels (p 48). Le PDG d'une grande société étatique a acquis son « fauteuil de grand responsable » en administrant d'abord des bains de pieds hygiéniques à un ministre influent(p 93). Et puis... le lit, ce tremplin si « doux » qui « élève tous les rêves aux cieux »... A travers tous les compartiments de l'existence que Mohsen Tewfik poursuit, le lit y devient la principale scène du monde. Le jour, nul ne reste à la maison et la nuit nul n'est chez lui. Chaque homme adoucit la solitude voulue de la femme de son « subordonné », et les femmes rassemblées dans « des appartements aux épais rideaux officient les rituels des responsables politiques pour bénéficier de divers avantages sociaux donnés généreusement par leurs amants » (pp 121 et 122). Tout participe à une « frénésie éhontée ». L'univers « des fables » (modernes) de Mohsen Tewfik est un marécage peuplé de mouches, de grenouilles et autres moustiques. « Le bourreau » (p 141) de « la prison du désert » est vêtu d'un uniforme verdâtre « déteint », son visage et « blême et immobile » tel celui d'un « revenant » ; sous sa moustache pend, « toujours courbe », « le macaron mou d'une cigarette américaine » ; le regard du quidam bleuit « indistinctement » des yeux « enveloppés par de grandes paupières flétries », de « flanelle usée » ; « ses pieds, enroulés par la spirale des bandelettes militaires, sont comme ces longues coquilles de pierres qui semblent avoir été jadis habitées par quelques vrilles, et engendrent l'illusion d'être confectionnées séparément au tour et vissées dans le trou oblique du genou ».Rien n'aboutit à un tissu organique dans la composition de ces créatures décrites par Mohsen Tewfik. Peut-on imaginer association plus absurde ' Démoniaque est, chez de tels produits sous-humains, l'infructeux effort d'imiter la création. La nature infernale apparaît comme le fruit d'une parodie de l''uvre divine, retombant invariablement dans l'inorganique, dans le chaos et le monstrueux. Démoniaque est aussi la logique délirante selon laquelle sont agencés ces exemplaires déficients.Mohsen Tewfik, dont les écrits ne manquent pas « d'humour noir comme la boue du Nil » (l'expression est de l'auteur lui-même) nous a présenté, dans Une chèvre pour chaque citoyen, un fantastique laboratoire de la dégénérescence politique dans l'Egypte d'aujourd'hui.1) Edition Medbouli ' Le Caire ' version arabophone.
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