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Une belle note au finish!



Une belle note au finish!
Une ambiance afro-gnawie survoltéeVieux Farka Touré et maâllem Abdeslam Alikan ont offert jeudi dernier, au public nombreux, une divine soirée faite de poésie, de folie et de transe...Parfois il est de bon temps de savoir ne pas écouter ses parents et Vieux Farka Touré a eu raison de le faire en refusant d'obéir à son père, le légendaire Ali Farka Touré qui ne voulait pas suivre les mêmes traces que lui en se lançant dans la musique.Aujourd'hui, avec son nouvel album Mon pays encensé par la critique puisque présenté comme son plus grand album, Vieux Farka Touré a prouvé qu'il était un excellent musicien qui n'a pas à rougir de son passé, mais d'être fier, d'autant plus de sa famille qui appartient et évolue dans cette terre ravagée par la guerre et l'ignorance folle des hommes. Le son de Mon pays exprime à la fois cette errance psychologique, mais aussi cette colère enfouie et ce désir de sauvegarder une culture millénaire tout en étant ouvert sur le monde, entre force et chaleur humaine.Si le début du concert fut timide, l'artiste saura prendre le temps d'installer son univers, lui qui venait d'arriver de New York sans doute fatigué, a su faire monter la température crescendo comme une belle caresse qui sait tenir ses promesses jusqu'au bout en invitant le public à immerger dans les confins du plaisir, du voyage et de la fougue africaine. De la nostalgie, se faisait sentir, de la souffrance des peuplades nomades du désert, mais aussi de la prière et un appel à la paix, à l'amour et à la fraternité pour plus d'entraide et de tolérance dans ce monde où l'obscurantisme prend dangereusement du terrain ces temps-ci. Mon pays chanté par Vieux Farka Touré comme un hommage à Timbouktou la mère, a mis le public en effervescence faisant lever un vent de sable d'enchantement mystique qui rappela la nervosité du son gnawi par moment, donnant pour preuve que la musique n'a pas de frontières, mais c'est avant tout un état d'esprit de liberté et d'évasion. L'artiste chante aussi les morceaux du père. Il est entouré de trois musiciens, un guitariste, un bassiste et un troisième qui joue à la fois de la calebasse et de la batterie bien que celle-ci ne soit pas prééminente, mais laisse le tempo large aux cordes lancinantes de la guitare de Vieux Farca. Bien qu'extraordinaire, lui aussi, le maâllem marocain Abdeslam Alikan, codirecteur artistique du Festival d'Essaouira qui est venu après,, a eu du mal à déloger de notre coeur l'ambiance de la première partie du concert qui fut tout simplement sublime, car teintée de différents états d'âme, entre légèreté, mélancolie et plénitude survoltée.Déchaînée pour sa part, pendant plus d'une heure et demie, la troupe de maâllem Abdeslam Alikan, avec pour la première fois une femme dans le groupe, a enflammé le public qui s'est donné à coeur joie. Le troupe a interprété des bradjs connus de tous comme Moulay Ahmed, Aïcha, Chalaba donnant à voir et écouter du son pur diwan qui a fait défaut pendant les premiers jours du festival. D'ailleurs, le choix de finir le festival par ce grand maâlem n'est pas fortuit mais dénote de la volonté des organisateurs de se corriger en tentant de répondre aux exigences logiques de cet événement qui a brillé les premiers jours par des troupes de «diwan» pas très à la hauteur de l'événement donnant la part belle plutôt aux artistes étrangers qui se présentaient comme les guest ou tête d'affiche d'une manifestation où le diwan était relégué plutôt au second plan.L'on ne sait si le festival entend concurrencer celui de la Saouira, mais le chemin reste encore long avant d'accéder, du moins à sa grande popularité hors de nos frontières. Avec cette soirée de clôture, les organisateurs ont fait un sans-faute. Pas de coupures d'électricité en effet qui viendraient gêner la normalité du déroulement du concert comme ce fut le cas avec les concerts de Keziah Jones et à Nguyên Lê. La liesse contagieuse se faisait sentir partout.Le bas de la scène a été pour une fois envahi équitablement entre les fans de la première comme de la seconde partie mettant en équilibre deux styles, deux mondes et deux univers musicaux qui ont su cohabiter en toute harmonie l'une après l'autre, sans pour autant constituer un rempart de langue ou de culture comme ce fut le cas avec le groupe de rock chinois qui pour d'aucuns c'était une vraie fausse note. Le Maghreb au coeur de l'Afrique noire rayonnait de tout son aura mystique et symbolique à travers un spectacle haut en couleur. L'arbre poétique du diwan brillait dans le ciel et mettait du baume au coeur aux plus sceptiques. Quand la qualité est là, c'est elle qui impose sa voix. Tout comme on ne peut guider ses sentiments ou les ignorer quand on a goûté à la quintessence épidermique que procure cette étincelle appelée émotion...


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