Oran - Revue de Presse

Un ultimatum inacceptable



Au nom d'une lecture à géométrie très variable des droitsde l'homme, M. Gordon Brown, Premier ministre britannique, ne veut pas queRobert Mugabe soit invité au deuxième sommet Europe-Afrique de Lisbonne. Il aannoncé que lui et ses ministres boycotteront la rencontre au cas où le chef del'Etat zimbabwéen serait invité.  Cette exigence estoutrancière, elle a été prise par les pays africains comme elle s'énonce: unultimatum et un chantage inacceptable. La pression s'exerçait en fait surLisbonne, à qui il revient d'envoyer les invitations officielles. Lisbonneétait hésitant et tenté de satisfaire la demande de Gordon Brown, certains paysafricains jouant presque le jeu en souhaitant que M. Mugabe prenne de lui-mêmel'initiative de s'abstenir. Ce n'était pas la bonne solution, même si l'Afriqueet le Zimbabwe doivent être critiqués sans concession en matière de respect desdroits de l'homme et des libertés politiques.  Personne n'oublietoutefois que les Etats occidentaux sont très peu regardants sur le sujet quandcela sert leurs affaires. On n'a pas besoin de donner des exemples tellementcela foisonne. Les Etats occidentaux sont des démocraties chez eux, ils ne lesont pas souvent dans leur rapport au reste du monde et à l'Afrique enparticulier. Il n'existe pas de « bonne foi » dans ce domaine. Laisser laGrande-Bretagne imposer, au nom de sa lecture propre et de ses intérêts,l'exclusion d'un chef d'Etat africain d'une rencontre au sommet entre l'Europeet l'Afrique était inacceptable.  Chaque paysd'Europe pourrait, au nom de ses intérêts propres et en invoquant à sa manièreles droits de l'homme, se trouver un chef d'Etat africain à bannir de larencontre. C'est pour cela que la majeure partie des Etats africains, même ceuxqui trouvent beaucoup à redire sur la politique du président du Zimbabwe, ontrejeté l'ultimatum britannique et ils ont raison. Si M. Robert Mugabe n'est pasinvité, ils ne se rendront pas à Lisbonne. Ce n'est pas à M. Gordon Brown dedécider si le chef de l'Etat du Zimbabwe doit venir ou non. Accepter qu'ilpuisse en être autrement, c'est tout simplement admettre une dénaturation de lanotion des droits de l'homme et son instrumentalisation.  La Grande-Bretagne,dans son action extérieure, n'a rien de l'ange protecteur des droits del'homme. Sa participation au carnage irakien sur la base de mensonges éhontésla disqualifie dans ce domaine, elle n'a pas de leçon à donner aux Africains. Celane signifie pas qu'il faut se taire sur les atteintes aux droits de l'hommecommises par les Etats africains, il y a énormément à dire sur ce registre. Lesdroits de l'homme ne sont pas servis quand ils sont grossièrementinstrumentalisés pour des intérêts de puissance ou quand ils servent àjustifier des guerres au nom du « devoir d'ingérence ». On a trop tiré surcette corde. M. Gordon Brown est libre de venir ou pas à Lisbonne. Mugabeaussi. Aucun ultimatum n'est acceptable.
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