Le sommet de la Ligue arabe de Syrte a pris fin, discrètement, par une
séance de clôture très courte et sans déclarations.
Est-ce une soudaine pudeur qui a poussé les dirigeants arabes à renoncer
aux microphones pour une séance de clôture écourtée ? Amr Moussa a annoncé que
les chefs d'Etats et de gouvernements arabes ont renoncé à leur « droit de
parole » et ont distribué les discours par écrit. Voilà qui abrégeait de
quelques bonnes heures les souffrances des journalistes et des dirigeants
présents à un sommet sans surprise, quasiment routinier dans un contexte
proche-oriental qui ne l'est pas. Le 22ème sommet s'est terminé par l'annonce
de la tenue d'un autre sommet, extraordinaire, au mois de septembre prochain.
Les discussions se sont déroulées essentiellement à huis clos. Les dirigeants
ont décidé de créer une commission - composée notamment du Qatar, de la Libye,
du Yemen et du secrétariat général de la ligue - qui sera chargée du suivi des
travaux du sommet et de développer l'action arabe commune. La seule décision
«concrète» - les guillemets ne sont pas superflus - concerne Jérusalem où
l'entreprise de purification ethnique d'Israël se poursuit à une cadence
accélérée. Les responsables arabes ont décidé de porter le soutien financier
aux Fonds d'Al-Aqsa et de Jérusalem à 500 millions de dollars. On peut douter
que le salut de Jérusalem, capitale présumée du futur Etat palestinien présumé,
soit une question d'argent. Mais même sur ce registre, théoriquement facile
pour les riches pays arabes, les 500 millions sont une goutte d'eau
comparativement aux milliards de dollars de sources multiformes - y compris
étatiques - qui se déversent annuellement pour soutenir l'entreprise de
judaïsation des territoires palestiniens.
Promesses, promesses !
Au demeurant, les Arabes ont bien
promis des centaines de millions de dollars pour la reconstruction de Ghaza qui
n'arrivent toujours pas. Ce n'est pas les fonds qui manquent mais la volonté
politique. Le souci de ne pas déplaire à Washington - et donc à Israël - annule
pratiquement les promesses. Théoriquement, face à une population en danger, on
agit. Or s'il y a eu de «l'action», elle a consisté en l'édification d'un mur
d'acier souterrain entre Ghaza et l'Egypte pour que même l'alimentation et les
médicaments ne passent pas. L'annonce d'une contribution financière d'un
demi-milliard de dollars n'est pas de nature à «contrecarrer les plans
israéliens» à Jérusalem. La résolution, n'a pas été adoptée en séance plénière
pour ne pas donner à voir l'état des divergences. Si la résolution « exige » un
arrêt total de la colonisation avant toute reprise des négociations avec les
Palestiniens, elle demande aussi à un président Barack Obama, bien impuissant face
à la puissance du lobby israélien à Washington, de continuer à Å“uvrer dans ce
sens. « La reprise des négociations requiert l'arrêt total des activités de
colonisation israéliennes dans les territoires palestiniens occupés, y compris
à Jérusalem-Est » indique la résolution qui souligne l'impératif de fixer « un
calendrier précis » pour ces négociations en cas de reprise. Elle appelle le
président Obama à rester « attaché à sa position initiale clé appelant à
l'arrêt total de la politique de colonisation dans l'ensemble des territoires
occupés, y compris à Jérusalem, de même que (la construction liée à) la
croissance naturelle» dans les colonies.
Processus de paix ? Quel processus ?
La résolution appelle, le très
peu actif Quartette pour le Proche-Orient (Etats-Unis, Union européenne,
Russie, ONU) de « faire pression sur Israël pour un arrêt total de la
colonisation». Ces appels à Obama et au Quartette confirment que le sommet de
Syrte, comme nombre de ceux qui l'ont précédé, est celui de l'inaction. On
continue de s'en remettre à la bonne volonté de l'administration américaine,
laquelle ne dispose d'aucune marge d'action au vu de la très forte influence du
lobby sioniste sur l'establishment politico-médiatique américain. La seule
idée, intéressante, d'Amr Moussa, secrétaire général de la Ligue arabe, a
consisté en l'appel à la mise en place d'un forum pour la coopération régionale
et la résolution des conflits avec l'Iran et la Turquie. Elle a été vite
rejetée par les Egyptiens particulièrement « vigilants » à ne pas contrarier
l'entreprise israélo-américaine d'isolement de l'Iran. Le même Amr Moussa avait
des interrogations quasi-métaphysiques en indiquant que « nous devons étudier
la possibilité que le processus de paix soit un échec complet. Il est temps de
faire face à Israël. Nous devons préparer des projets alternatifs parce que la
situation est arrivée à un tournant ». M.Moussa et les dirigeants arabes savent
déjà que le « processus de paix » engagé depuis Oslo est un échec total. Le
vrai problème est qu'ils ne conçoivent pas d'autres alternatives que de s'en
remettre à une administration américaine velléitaire et sur le fond totalement
complice d'Israël.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : M Saâdoune
Source : www.lequotidien-oran.com