L'Algérie a obtenu de son partenaire européen le report du rythme de démantèlement tarifaire de trois années.
Au final, la création d'une zone de libre-échange entre l'Algérie et l'Union européenne n'interviendra qu'en 2020 au lieu de 2017. C'est au bout de 8 rounds de consultations fastidieuses que les partenaires sont parvenus à un accord prévoyant l'annulation ou la modification de plusieurs contingents tarifaires ainsi que l'abrogation de préférences tarifaires pour certains produits agricoles et agroalimentaires, ainsi qu'un nouveau schéma de démantèlement tarifaire pour 1058 produits industriels.
Il n'en fallait pas plus pour justifier les déclarations jubilatoires des responsables en charge du dossier. Une satisfaction justifiée par le fait d'avoir atteint les objectifs assignés à l'introduction du mémorandum demandant le report du démantèlement tarifaire lors de la tenue du 5e conseil d'association, en juin 2010, malgré la «pugnacité» des négociateurs européens, selon les propos du ministre du Commerce, M. Benbada, qui s'exprimait, hier, lors d'une journée d'information consacrée au sujet. Or, ce satisfecit apparent cache mal les inquiétudes induites par les implications d'une ouverture totale du marché, au moment où les entreprises locales ont du mal à se mettre à niveau et à créer de la valeur ajoutée.
On insiste sur le fait que le démantèlement tarifaire, tel que prévu par l'accord initial, aurait créé, à l'horizon 2017, un manque à gagner pour le Trésor public en termes de droits de douane et taxes de 8,5 milliards de dollars. Il est vrai que le report du calendrier de démantèlement tarifaire offre, en ce sens, un délai supplémentaire, mais ce n'est au final qu'un répit. Le démantèlement tarifaire se poursuivra inexorablement jusqu'en 2020 et, si rien n'est fait pour redresser la production nationale, le Trésor aura toujours à composer avec les mêmes manques à gagner issus de l'annulation des droits de douane, si ce n'est plus avec la progression constante du volume des importations. De l'aveu du ministre, faire en sorte que ce délai que l'Algérie vient de s'offrir au prix d'âpres négociations profite aux entreprises ne dépend que de la volonté des Algériens, des pouvoirs publics et des entrepreneurs de saisir cette opportunité. Sinon, tout ce qui a été fait aura été vain.
Là encore, la partie est loin d'être gagnée vu les difficultés qui entravent encore et toujours les activités des entreprises et des investisseurs. S'il est vrai que des efforts ont été entrepris en matière de programmes de mise à niveau, de réduction de la pression fiscale, d'allègement des procédures administratives via la création des guichets uniques ANDI et de la mise en place de garanties financières en nombre suffisant, les problèmes d'accès au foncier, d'obtention des crédits bancaires ainsi que les lourdeurs administratives continuent, selon M. Benbada, à empoisonner la vie des entrepreneurs. Cela n'empêche pas le ministre d'en appeler aux chefs d'entreprises afin de consentir les efforts nécessaires afin non seulement de dynamiser la production nationale, mais aussi de développer les réflexes susceptibles d'activer les mesures conservatoires de l'Accord d'association si nécessaire, d'autant qu'il est temps, selon lui, de s'appesantir sur le volet économique de l'accord signé en 2002 et dont la mise en 'uvre a été entamée en 2005.
Le ministre a, d'ailleurs, reconnu en ce sens que la signature de l'Accord d'association a été d'abord motivée par des considérations politiques, dans un contexte où l'Algérie souffrait d'une économie totalement déstructurée en plus d'un isolement politique. Il fallait remédier à cela en négociant un accord de partenariat dans la mesure où l'Algérie ne disposait «ni des compétences ni du temps» nécessaires pour approfondir la somme des propositions induites par l'accord. Il a également mis à l'index la prédominance de la dimension commerciale sur la mise en 'uvre de l'accord de partenariat, sans que les Européens aient consenti, comme prévu, les efforts nécessaires pour accompagner le développement économique en Algérie en encourageant les investisseurs à s'installer en Algérie.
Il faut savoir, dans ce sens, qu'entre 2005 et 2009, les investissements européens ont été de 3,5 milliards de dollars, alors que le montant global de leurs exportations durant le même période a été évalué à 77 milliards de dollars. Un éléments qui n'a pas manqué d'être relevé au cours des dernières consultations, même si les Européens ont montré certaines réticences par rapport aux dernières modifications au code de l'investissement et l'introduction de la règle des 51/49%. A ce propos, M. Benbada a estimé que la question «est liée à la sauvegarde de nos capacités à générer des devises qui sont malheureusement issues des ressources hydrocarbures. Une fois que nous parviendrons à générer suffisamment de devises à partir de l'activité économique, on pourrait peut être envisager la révision de cette formule».Enfin, le ministre a pointé du doigt les pratiques de certaines firmes européennes qui, dit-il, écoulent des marchandises d'origine asiatique sous label européen, afin de bénéficier des avantages tarifaires de l'Accord d'association.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Melissa Roumadi
Source : www.elwatan.com