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Un polar sur la tragédie des clandestins



Un polar sur la tragédie des clandestins
Et ils sont peu nombreux les écrivains algériens à exploiter ce genre littéraire pour aborder ce thème d'actualité. Dans « Le Désert ou la mer », tout part d'une découverte assez macabre dans la plage de Bouisseville à Oran. Nous sommes au mois de novembre et des cadavres d'Africains sont retrouvés par un SDF ivrogne.Une seule obsessionL'enquête assez inhabituelle est alors confiée au commissaire Kémal Fadil, personnage principal du roman. Celui-ci est alors bouleversé par le sort de ces pauvres gens, noyés au large des côtes oranaises, certainement abandonnés par des passeurs criminels. « Je n'aime pas que des êtres humains viennent se noyer sur nos rivages sans que je ne puisse rien y faire », lance-t-il. Le ton est donné, Kémal Fadil, secondé par deux inspecteurs, Jo et Moss, en fait une affaire personnelle, sa quête n'est pas seulement pour élucider un crime, mais de remonter toute la filière, débusquer les passeurs, leurs associés et leurs chefs.En parallèle à cette enquête, l'auteur glisse un récit enchâssé, qu'est celui des migrants fuyant le Niger ou le Cameroun, prêts à tous les sacrifices pour rejoindre le nord dans l'espoir d'atteindre la Méditerranée et rallier ensuite l'Europe. Leur destination importe peu. Dans l'immensité du désert le danger est partout : la chaleur, les pannes des véhicules, terroristes embusqués, police des frontières, des passeurs sans pitié, serpents et scorpions venimeux. Le périple raconté est celui de Fatou, une jolie jeune Nigérienne, qui en compagnie de son ami et ange gardien Ali, décide de se rendre à Agadez, capitale du nord du Niger et porte du désert. De là, ils perdent leur passeport mais font la connaissance de Johnny, un Camerounais qui n'a qu'un rêve, rejoindre l'Angleterre. Les trois clandestins sont animés par une seule obsession, celle de traverser le Sahara, Agadez, puis la frontière algérienne, Tazrouk, Adrar, Aïn El Safra, et enfin Oran. L'Algérie est traversée du sud au nord, et Fatou est la seule rescapée de ce voyage sans fin : Ali meurt dans le désert tué par des terroristes, tandis que le corps sans vie de Johnny est retrouvé sur la plage de Bouisseville ! La transition est faite, et l'enquête avance et s'internationalise.Un récit captivantLe commissaire Kémal Fadil explore plusieurs pistes, découvre un garage à bateaux appartenant à un fils d'un haut gradé militaire, arrête un imam-trafiquant exerçant à Marseille, et finit par sauver une quarantaine de pauvres clandestins enfermés dans une villa à Bouisseville. Parmi eux, Fatou la Nigérienne, que le commissaire remarque rapidement et est foudroyé par sa beauté : « Je n'ai qu'une seule envie, c'est de retrouver Fatou, ma naufragée de la mer et du désert », dit-il. Le roman s'achève sur cette douceur, et avec subtilité, l'auteur laisse planer le doute, Fatou songe-t-elle à rester à Oran en compagnie de Kémal ou est-elle en mesure de prendre encore des risques et rejoindre l'Europe 'Dans une écriture simple et rythmée, Ahmed Tiab nous propose un texte qui se lit comme un polar. Fort captivant et bourré d'actions, il nous livre en même temps un passionnant témoignage sur les errances en terres inconnues de ces migrants du 21e siècle.Kaïs Benachour Ahmed Tiab, « Le Désert ou la mer », éditions de l'Aube, 2016.
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