
La disparition de la fête du tapis et de certains vieux métiers comme « Edellal » (vendeur aux enchères) sont deux autres facteurs qui vont accélérer la disparition de ce patrimoine, lié à la réputation de la ville. « Notre patrimoine est en voie de disparition. C'est une situation regrettable et dramatique pour les milliers d'artisans qui ont hérité ce métier de génération en génération », regrette El Houcine Nadjar, artisan. « La baisse de l'activité touristique, ces dernières années, a été fatale pour nous. Avant, il suffisait d'exposer un beau tapis pour attirer des centaines d'acheteurs étrangers qui en raffolent. Aujourd'hui, il y a des tapis qu'on expose depuis 6 mois, mais qui ne trouvent jamais preneur », constate-t-il. « La différence est flagrante. La clientèle algérienne n'est pas portée sur les produits du terroir. Ce qui l'intéresse ce sont les produits commercialisés et moins chers », ajoute-t-il. Pour lui, l'annulation, deux années de suite, de la fête du tapis à Ghardaïa, a été le coup de grâce. « Cette fête, qui faisait la gloire des artisans locaux, a été sabotée et nous a mis dans une situation de chaos. Son annulation a découragé les artisans et les femmes qui les fabriquent », explique-t-il.Le tapis, l'avenir de la femmeHoucine Nadjar met en garde contre la disparition de tout un patrimoine. « Avant, il y avait « Edellal » qui sillonnait les marchés pour exposer différents produits en vantant leurs qualités et leur valeur aux clients qui proposaient leurs prix. Le tapis faisait partie de ces objets et il n'était cédé qu'au plus offrant. C'était une belle affaire pour lui et pour la femme qui valide le prix final qui doit refléter les efforts fournis dans sa conception », raconte-t-il. Le même constat est valable pour les ventes aux enchères, « qui ne sont plus en vogue malgré les avantages qu'elles présentent ». Pourtant, ce tapis, en plus du fait qu'il reflète la vie d'antan et les coutumes dans cette région, cache aussi une réalité sociale de la Vallée du M'zab, plus particulièrement celle de la femme. « Le tissage est le métier des femmes. Chaque maison du M'zab contient un « mensadj ». C'est une activité exercée par les femmes divorcées ou veuves pour gagner leur vie et répondre ainsi aux besoins de leurs enfants », explique El Houcine Nadjar. Dans ces cas précis, le tissage devient un travail quotidien où les femmes se mettent pendant 6, voire 8 heures, devant leur métier pour « produire » parfois au bout de plusieurs mois un tapis. « La fabrication de certains tapis nécessite jusqu'à 150 jours de travail à raison de 6 heures par jour », signale l'artisan. La conception, l'image finale du tapis, les détails des signes contenus reflètent souvent l'état d'esprit de la femme qui l'a fabriqué. « Ici, les femmes déploient beaucoup d'efforts pour tisser. Elles travaillent souvent sur commande et remettent le travail dans les délais fixés et souvent quelques jours avant pour se faire payer », indique-t-il précisant que « la disparition de ce tapis va porter un grand préjudice à ces centaines de femmes qui ne peuvent pas faire autre chose que le tissage ».Les caractéristiques du tapisLe vrai tapis de Ghardaïa est fabriqué en laine. Il porte six couleurs reposantes et son poids dépasse les 3,5 kg. Il est très prisé par les touristes étrangers qui ont une meilleure connaissance de la valeur de ce produit. N'empêche, la concurrence du tapis fabriqué en fibre est bien réelle en raison de son prix abordable, du fait qu'il ne nécessite pas autant de travail et d'attention. Le tapis du M'zab a acquis une grande réputation après le succès qu'avait connu « la gandoura mozabite », qui porte des signes de diverses civilisations, accompagne hommes et femmes et retrace les traditions de la région. Il y a plusieurs catégories de tapis qui se distinguent par leurs formes, leurs couleurs et leurs signes. On retrouve le tapis « géométrique » portant les couleurs rouge et jaune, accroché au mur ou mis sous le matelas. La couverture ou le tapis à rayures signifie « les hauts et les bas de la vie ». Le tapis « symbolique » est le cadeau de la mariée à son mari. Le noir dans le tapis est mis pour chasser le mauvais ?il. Les couleurs orange, jaune, vert et rouge signifient l'amour. La paire de ciseaux exprime la coupure dans la vie, marquant une transition entre le célibat et le mariage. Le lit nuptial, le coffre de bijoux, la broche sont les motifs qui reviennent le plus souvent. La colonne de couleur verte au milieu du tapis représente les cinq ksour de Ghardaïa. On utilise aussi les animaux comme le serpent, le scorpion, l'araignée, l'?il du chameau comme objets de décoration. On trouve aussi des signes comme la médaille de guerre sur ce tapis. En fait, « les femmes ne parlent pas. Elles dessinent tout ce qu'elles observent, vivent et ressentent sur le tapis », résume Houcine Nadjar.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : N B
Source : www.horizons-dz.com