Oran - Revue de Presse

Un nom, un lieu: Maître Abdelkader Ougouag, défenseur des militants de l'OS



Maître Abdelkader Ougouag est né le 12 février 1916 au douar Anatra, relevant actuellement de la wilaya de Relizane. Il appartient par sa filiation à la grande tribu des Flita, une tribu qui s'alliera dès le début de la colonisation sous l'étendard de l'Emir Abdelkader. Dès son jeune âge, Abdelkader, membre d'une fratrie de huit enfants, fréquentera la médersa coranique située à la rue de Fez, chez Si Abdelkader Benalioua. Après de brillantes études primaires ponctuées par le fameux CEP, il ira en premier temps à la médersa de Tlemcen, avant de rallier celle d'Alger. En parallèle à ses études, il suivit des cours du lycée du soir à l'université populaire qui se trouvait à la rue Mohamed Idris Bey (ex-Négrier). En philosophie, il eut comme professeur un certain Albert Camus. En 1937, il est doublement diplômé: études supérieures des médersas et bachelier de l'enseignement secondaire. Toujours avide de connaissances et après avoir enseigné, il s'inscrira une nouvelle fois à la faculté des lettres et de droit à Alger, puis à Paris.

Imprégné des idées nationalistes durant son séjour à Tlemcen, notamment à travers El-Oumma, le journal propagateur des idées de l'Etoile Nord-Africaine, le jeune Abdelkader s'inscrira au barreau d'Alger en 1946, tout en militant dans les rangs du MTLD. De ce fait, il est désigné en 1948, lors des premières élections à l'Assemblée algérienne, comme candidat dans la circonscription de Relizane. Juste après la dure répression qui s'abattit sur les nationalistes et notamment sur les candidats aux élections, le parti lui confia la direction du Comité de soutien des victimes de la répression, comité qui s'illustrera une deuxième fois pour défendre, au début des années cinquante, les membres de l'Organisation Spéciale (OS). Ce Comité, présidé par Maître Abdelkader Ougouag, comprenait Saad Dahlab comme secrétaire général, Amar Bentoumi, secrétaire général adjoint, Abdelkader Hadjali, trésorier, Aïssa El-Abdelli, trésorier adjoint, Sidi Ali Addab, membre permanent. Ce comité avait pour tâche d'assister les prisonniers et venir matériellement en aide à leurs familles. Il rétribuait, entre autres, les avocats répartis sur tout le territoire national à Constantine, Béjaia, Batna, Sétif, Tiaret, Tlemcen, Mascara, Mostaganem, Oran et pratiquement toutes les grandes villes d'Algérie. Des avocats français également apportèrent leur assistance au comité comme Maître Thuveny, qui fut lâchement assassiné au Maroc pour avoir défendu les nationalistes algériens.

Et cette expérience douloureuse et enrichissante à la fois dans la vie du jeune Abdelkader, l'incitera à écrire un livre-témoignage paru en 1989 chez les maisons d'édition Dahleb et dont le titre est «Les grands procès». Ce livre couvre les procès intentés à Oran le 6 mars 1951 et à Alger le 29 octobre 1953, intentés à l'encontre de Houcine Lahouel, Ahmed Mezerna, Moulay Merbah et Maître Abderrahmane Kiouane.

Truffé de notes et de noms, le témoignage est un formidable terreau pour tout chercheur ou pour le simple lecteur qui a envie de savoir comment la pugnacité et le courage de nombreux hommes en robe noire ont pu éclabousser par leurs plaidoiries et leur talent oratoire, un ordre colonial totalement craquelé. En dédicaces, Maître Abdelkader Ougouag citera des confrères morts pour l'Algérie et qui sont : M'hamed Abed, Mokrane Aït Ahcène, Mohamed Seghir Belbegra, Ali Boumendjel, Laïd Lamrani, Alphonse-Auguste Thuveny, Pierre Poipe, Mokrane Ould Aoudia et Carrigues.

On peut, à la lumière de la lecture de la liste des 47 prévenus dans le procès de l'Organisation Spéciale tenu à Oran à la suite du démantèlement de toute l'organisation à travers le territoire national, trouver quelques noms qui auront à s'illustrer par la suite durant la guerre de libération nationale : Benhadou Bouhdjar, le futur Commandant Othmane, Hamou Boutlélis, Benalla Hadj, Zabana Ahmed et bien d'autres héros anonymes. Le témoignage cite tous les noms des prévenus, leurs rôles respectifs dans l'organisation implantée à travers le territoire de l'Ouest. Les plaidoiries et les verdicts prononcées sont également transcris dans le recueil. Parlant peu de sa personne, Maître Abdelkader Ougouag, activement recherché par les autorités coloniales, dut s'enfuir en Suisse, en 1956, pour continuer son combat de défenseur infatigable de la cause nationale. L'un de ses frères, Aoued, officier de l'ALN, fera le maquis dans les Aurès de 1956 au recouvrement de l'indépendance. Après 1962, loin des tumultes de l'après-indépendance, Maître Ougouag revêtira de nouveau sa robe d'avocat en Algérie, en France et au Moyen-Orient à partir de son cabinet d'Alger. Il mourut à Paris en 2008 et laissera trois filles, dans l'une est avocate en Suisse et l'autre a une clinique médicale à Paris. Son neveu, Réda, vice-président de l'APC de Relizane, dira de son oncle qu'il aimait par-dessus tout revenir chaque été à Relizane pour se ressourcer et ne ratait jamais la ouaâda de Sidi M'hamed Benaouda.


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