Oran - Revue de Presse

Un lieu, un nom: Kouider Boualga, l'ami et complice de Jacques Berque



A la fin de sa vie, alors qu'il était malade, notamment du diabète, El-Hadj Kouider Boualga s'occupait de l'antenne oranaise du Croissant-Rouge algérien. Certains se rappellent encore de cet homme frêle, assisté par un de ses fils, qui grimpait les escaliers et s'enfonçait dans son bureau pour expédier les affaires de cette ONG. Quand il était en possession de toutes ses facultés physiques, il participait avec d'autres universitaires aux causeries qu'organisait la société de géographie d'Oran. Sa fréquentation de cette société savante, agonisant depuis quelques années, n'était pas fortuite. El Hadj Boualga était anthropologue. Il avait soutenu sa thèse portant sur la Saoura et intitulée «Timimoun, l'oasis rouge» en 1981. Ironie de l'histoire, son directeur de thèse était son ami d'enfance Jacques Berque, natif lui aussi de Frenda. Un universitaire qui a côtoyé Boualga se plaît à raconter une anecdote concernant Berque, Boualga et un de leurs amis d'enfance qui tenait une boulangerie traditionnelle. A la fin d'un repas qui a réuni les trois amis qui se sont perdus de vue pendant une longue période, Berque s'interrogea qui d'entre eux pouvait prétendre avoir réussi sa vie. Il faut préciser que l'un a mené une brillante carrière universitaire, l'autre (Boualga) une carrière en dents de scie et le troisième resté fidèle sa vie durant à sa localité. C'est son engagement pour la cause nationale qui a probablement empêché Kouider Boualga d'avoir une trajectoire semblable à celle de son ami d'enfance. Autrement, il a entamé des études supérieures en France dans les années 40. L'association des étudiants nord-africains de Paris lui a servi de cadre d'apprentissage. Or, cette association mise en place par l'Etoile Nord-Africaine que dirigeait Messali Hadj. Durant cette décennie cruciale dans l'histoire du mouvement national, Boualga militait au sein du PPA/MTLD. En 1947, il sera incarcéré pour son activisme politique à la prison de Timintanount au Maroc. Lors du déclenchement de la guerre de libération nationale, il occupera le poste de commissaire politique à la wilaya V. Lors de cette épreuve, il va côtoyer les grands noms de la révolution à commencer par Abdelhafid Boussouf. Il sera chargé de diriger l'école des cadres du FLN au Maroc. On lui confira d'autres tâches qui vont lui permettre de connaître d'autres personnalités marquantes de la guerre de libération: Réda Malek et Frantz Fanon avec qui il a collaboré dans l'entreprise de création du journal El Moudjahid. Mohamed Boudiaf avec qui il a travaillé dans le cadre du bulletin «la Résistance». Il a côtoyé aussi Bentobal et Ferhat Abbès, ce qui témoigne de son rang au sein des structures dirigeantes.

Au lendemain de l'indépendance, il s'investira corps et âme dans l'enseignement après un bref passage dans le secteur du tourisme. Selon un parent à lui, c'est grâce à sa volonté que Béchar a eu son premier lycée juste après 1962, considéré comme la première institution scolaire réalisée par l'Algérie indépendante. Son parcours au sein de l'administration publique ne le détournera pas de ses préoccupations intellectuelles. Il entamera un travail de titan pour déterrer des documents anciens notamment de la région du Sud-Ouest. Selon un de ses proches parents, c'est à lui que l'Algérie doit la découverte d'un manuscrit datant du quinzième siècle et portant sur la chirurgie de guerre. Ce manuscrit existe uniquement en deux exemplaires, selon la même source, l'autre étant au British Museum de Londres. Il occupera dans les années 80 un poste dans le comité central du parti FLN, alors qu'il était inspecteur d'Académie de la wilaya d'Oran.

Même quand la maladie a eu raison de lui, son intérêt pour la recherche et la science n'a pas été entamé. En 1997, il assista à un séminaire organisé par Abderrahmane Moussaoui sur Adrar et chargea son épouse de lire sa communication. Ce qui témoigne de son grand attachement à cette partie de son pays.

Le 5 mars 1999, El Hadj Kouider Boualga s'est éteint à l'âge de 75 ans. Il est né le 30 juillet 1924 à Frenda. Jusqu'ici, juste une école dans sa ville natale porte son nom. L'homme imposait le respect quand il était en poste à Oran. «On ne franchissait pas le seuil de son bureau comme on entre dans un café», nous confie un cadre de l'éducation en retraite. Par ailleurs, il savait manifester sa disponibilité à ses semblables. Au moins sa thèse mérite d'être publiée au grand profit des étudiants et chercheurs.


Pour moi, Hadj Kouider Boualga c'est l'oncle modèle, il est toujours près pour t'aider, pour te donner des conseils. الله يرحمه برحمته الواسعة آمين
Saidi Abdallah - Enseignant - Mascara, Algérie

27/10/2012 - 44215

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