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Un documentaire sur le hirak sur France 5 : Kamel Daoud se met en scène



Un an de soulèvement populaire en Algérie, France 5 a choisi de l'illustrer en faisant un portrait tout à l'avantage de l'écrivain Kamel Daoud.Pour célébrer le premier anniversaire du hirak, les personnalités actives depuis un an ne manquent pas. Pourtant, le 16 février à 22h40, dans le cadre de la série «La case du siècle», c'est le documentaire L'Algérie de Daoud qui marquera un an de manifestations pacifiques en Algérie. Les admirateurs de l'auteur, dont les livres ont fait le tour du monde, y trouveront l'occasion de conforter les raisons qui font qu'ils l'apprécient. Ses détracteurs aussi glaneront ici et là quelques propos de Daoud qui les irriteront et se demanderont pourquoi ce documentaire se focalise sur cet auteur plutôt qu'un autre plus actif dans le hirak.
Ceux qui critiquent Daoud se demanderont pourquoi dès le début du documentaire que nous avons visionné en avant-première, il affirme doctement que «l'Algérie n'ait pas d'image». Ou lorsque vers la fin du film il ressent que «le sentiment le plus angoissant, c'est la liberté. On a peur d'être libre». Une phrase qui, outre les posts analytiques engendrés sur les réseaux sociaux, pourrait faire l'objet d'un sujet au bac philo, loin, malgré tout, du constat d'un mouvement où la liberté ne fait pas peur. La liberté en est le maître-mot, vendredi après vendredi !
A l'heure des critiques fortes qui visent l'auteur de La préface du nègre (depuis ses articles dans Le Point), le portrait dressé amène cependant à mieux cerner le personnage. Même si le format de 52 minutes ne permet pas d'aller très loin, d'une part. D'autre part, l'écriture du documentaire est co-signée de Kamel Daoud lui-même et Jean-Marc Giri qui l'a réalisé.
S'il y a dans le documentaire peu d'images de Daoud dans les manifestations du hirak, l'auteur de Meursault contre-enquête se dévoile sans pudeur ni vraiment de réserve. Il dévoile ce qui l'anime depuis son plus jeune âge dans son petit village proche de Mostaganem et son évolution depuis qu'il a commencé son travail de journaliste puis d'écrivain. Si on connaît l'épopée des billets dans Le Quotidien d'Oran, le film s'attarde sur ses reportages dans les zones islamistes durant la décennie noire. En parallèle, on laisse à un de ses amis la tâche d'un mea-culpa sur la question de son engagement au Front islamique du salut.
On voit aussi Daoud mettre en scène un certain nombre de thèmes qu'il souhaite partager. Il parle du vin et de son regret que la vigne ait été arrachée, mettant en avant que c'était un deuxième arrachage, le premier étant la spoliation coloniale de ces terres, devenues infertiles depuis qu'on a enlevé les vignobles.
Quant à son goût pour la littérature, il montre, dans la maison familiale, les vieux livres qui l'ont forgé, disant qu'il ne lisait pas ce qu'il choisissait mais les ouvrages qu'il trouvait. Il raconte comment, habile dans le français écrit, il avait du mal lors de son entrée à l'université avec la langue française parlée.
Une scène insistante se déroule aussi à Notre Dame de Santa Cruz où l'évêque d'Oran Vesco évoque avec passion ce lieu chrétien rénové et ouvert à tous. Il parle aussi avec lyrisme de Daoud.
A la fin, on revient au hirak vu par Daoud. Avec quelques expressions qui seront une nouvelle fois loin d'être consensuelles : «Il faut que nous puissions construire une confiance en nous-mêmes». «Ce qui décevrait, c'est que cette révolution puisse leur ressembler, il est tellement facile de ressembler à une dictature après l'avoir abattue. Parce que c'est la pente naturelle, parce qu'on ne sait pas être libres».
Il prône pourtant l'optimisme dans les dernières secondes du film : «Je pense qu'on va vers quelque chose de mieux, d'une manière ou d'une autre.»
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