Lorsque monsieur
le ministre de l'Intérieur et des Collectivités locales attribue aux émeutiers
des qualificatifs de présumés coupables, on comprend parfaitement pourquoi il
le fait et il est, tout à fait, dans son rôle de responsable
des forces de
maintien de l'ordre.
Il y a eu
atteinte à l'ordre public et dégradation de biens publics et privés. Pire, il y
a eu mort d'hommes. En présentant les émeutiers flagrant délit au procureur de
la République, la police judiciaire est bien obligée de présenter, en même
temps, l'exposé des motifs, quitte à ce que celui-ci et la chambre d'accusation
confirment, modifient ou réfutent les griefs. Juridiquement, le ministre est
tenu constitutionnellement de faire ce qu'il a fait, et politiquement il ne
peut le faire autrement que dans le sens qui agrée son appartenance partisane
ou tutélaire. Sinon, pourrait-il scier la branche sur laquelle il est assis. Le
jugement et l'action d'un ministre, d'un décideur politique donc, connaissance
prise de tous les rapports et analyses qui lui parviennent, s'inscrivent dans
l'urgence sur le terrain des opérations parce qu'il y a toujours « le feu » en
politique, et particulièrement dans le cas d'un ministre de l'Intérieur dans le
contexte troublé qui est celui de notre pays, cadré par une loi d'urgence
instaurée depuis pratiquement deux décennies. Pour la même raison, c'est-à-dire
; l'assassinat du chef de l'Etat, l'Egypte vit sous ce régime depuis trois
décennies, ce qui lui vaut tous les problèmes qu'elle endure malgré le fort
soutien occidental. Un ministre est un acteur politique, un décideur, qui n'a
pas la mission ni le temps ni la qualification, comme un chercheur, d'analyser
froidement les évènements avec le recul nécessaire pour agir ensuite. C'est un
homme d'action et de décision, à l'inverse du sociologue qui a pour mission
d'analyser et proposer pour l'action. L'analyse du sociologue s'inscrit dans la
durée observatoire qui a besoin du recul et l'absolu nécessaire sérénité. La
police a pour mission de chercher le coupable d'un délit pour que passe la
justice.
Le sociologue
n'est pas un policier, comme le ministre de l'Intérieur, il le complète en
cherchant à améliorer ses performances par la recherche des causes des
évènements. Il n'est pas non plus un acteur politique et n'est tenu, en
principe, par aucune appartenance idéologico-politique. Il peut tout au plus
influer sur la décision d'un ministre, dans les limites d'ouverture de
celui-ci, en y apportant l'aide experte rémunérée dans un cadre contractuel de
prestation de service ou à titre de conseiller, individuellement ou, mieux,
dans une commission ad hoc pour les grandes questions. Tous les gouvernements
modernes avancés ont recours à ce procédé, c'est pourquoi ils avancent
toujours. Le sociologue ne doit pas faire doublure avec le policier dans sa
recherche du coupable, il doit chercher les raisons qui pourraient expliquer
les causes du délit ou crime pour aider le politique à prendre les meilleures
décisions susceptibles de faire l'économie des crises évitables. Les deux
missions, rôles et attitudes, sont très différentes tout en étant
nécessairement complémentaires dans une bonne gouvernance d'un Etat moderne.
Les deux rôles se complètent-ils dans notre pays, ou s'écoutent-ils au moins ?
La réponse serait tout un débat à mener. Brièvement dit, l'Algérien ;
dirigeant, intellectuel ou monsieur tout le monde, est encore au stade de
l'axiome basique des premières heures du mouvement national d'indépendance qui
dit : « qui n'est pas pour moi est forcément contre moi ». Il lui est difficile
de se remettre en cause comme disait un collègue psychologue : « L'Algérien, pour
ne pas assumer, ne dira jamais je suis arrivé en retard parce qu'il a raté le
bus. Il dira plutôt que c'est le bus qui est parti sans lui ». La deuxième
clarification nécessaire concerne le terme d'émeutier. Selon la définition
classique de l'émeute comme étant « un tumulte séditieux dans la rue », il
faudrait distinguer entre deux catégories d'émeutiers ; ceux qui répondent à
cette définition stricto sensu et ceux que l'on appelle un peu partout dans le
monde les « casseurs ». Ces derniers relèvent d'abord de l'action de la police
judiciaire et du tribunal, de la cour criminelle pour certains cas. Leur
comportement, comme objet d'analyse, relève des études habituelles sur la
délinquance et la criminalité telles qu'elles sont menées dans les universités
et les centres spécialisés de rééducation. L'intérêt du présent article porte
seulement sur les premiers. Pour résumer : comme toutes les émeutes, sous tous
les cieux, celles qui viennent de secouer bon nombre de quartiers de certaines
de nos villes sont des manifestations dont la forme violente ne doit pas cacher
ou réduire le message social et politique à un acte collectif purement
délictuel. L'assassinat de la parlementaire Gabrielle Giffords à Tucson en
Arizona qui a fait 6 autres victimes et 13 blessés, plus ou moins graves, a été
le fait de leur compatriote Jared Lee Loughner seul. Pourtant, le chef de la
police, avant la presse, le gouverneur et Obama lui-même, avait tout de suite
déclaré : « il y a un climat de haine qui a été instauré et entretenu depuis
longtemps à Tucson».
Il tenait ça de
son observation propre et des articles et entretiens de chercheurs qui avaient
attiré l'attention des pouvoirs publics sur la haine, le racisme, la misogynie
et le va-t-en guerre d'un fort courant ultraconservateur, menaçant et
provocateur, en réaction de l'élection d'Obama bien avant la tragédie. Comme
quoi, un délit ou crime commis par une seule personne peut receler un message à
plus grande échelle social et politique. A plus forte raison lorsqu'il s'agit
d'émeutes ! Mais dire que l'approche doit être nécessairement sociale,
économique, politique et culturelle ne doit pas, non plus, conduire à jumeler
le travail du sociologue et celui du partisan. L'idée de l'intellectuel
organique d'Antonio Gramsci a fait son temps. Ceci n'entame en rien la
légitimité de toute opposition de saisir la moindre occasion pour essayer
d'affaiblir le pouvoir en place, à fortiori lors d'évènements graves. Elle est
là pour ça, et même lorsqu'elle n'existe pas, il faudrait la créer car il y va
de l'équilibre du système politique pluraliste moderne vers lequel tendent,
aujourd'hui, toutes les nations.
Le pouvoir en
place, pour se défendre, essaie toujours d'en faire autant avec ses adversaires
politiques directement ou indirectement. L'adversaire peut être, d'ailleurs,
national et/ou étranger. « La manipulation » et « La main de l'étranger » dont
il est parfois abusé, il est vrai, ne sont pas que des mots dans certains cas
de troubles ou d'assassinats politiques. Les exemples de la Roumanie et de
l'Afghanistan ne sont, malheureusement, pas les seuls. Depuis Ibn Khaldoun, qui
a, lui-même, pratiqué la politique et servi d'intermédiaire politique à maintes
reprises, et plus récemment Machiavel, on sait qu'en politique, l'opportunisme
et la ruse pour la mise en faute de l'adversaire sont les armes, de bonne
guerre, les plus redoutables. Les deux camps sont à la recherche permanente du
coupable en l'adversaire, sachant pertinemment que, par exemple le «
plein-emploi » ou le « paradis socialiste, où chacun donne ce qu'il peut et
prend ce dont il a besoin » sont des rêves de jeunesse de l'Algérie
indépendante. Mais chaque camp soutient mordicus que c'est lui seul qui est en
mesure de les réaliser aujourd'hui. A la décharge du pouvoir en place,
rappelons que lors d'une confrontation, l'opposition bénéficie toujours d'une
position plus confortable parce qu'elle n'est pas en charge des affaires
publiques. Le sociologue a pour mission de chercher le pourquoi des évènements
et comment les éviter à l'avenir, dans la neutralité relative possible, à
équidistance des partis politiques et idéologies en conflit autour du pouvoir
de prise de décision. Les récentes émeutes en Algérie et en Tunisie ont créé
l'occasion d'une rare unanimité d'observateurs, nationaux et étrangers, sur la
nécessité impérieuse pour une société d'écouter ses jeunes. Mais, écouter c'est
entendre, c'est-à-dire comprendre. Or, les explications données par les uns et
les autres sont dissonantes et parfois diamétralement opposées. Les
contradictions et les cafouillages des opinions se retrouvent d'abord dans les
messages médiatiques sous forme de propos des jeunes, et moins jeunes,
interviewés par les chaînes de télévisions, nationales et étrangères ; arabes
et françaises pour ne citer que les plus suivies d'entre elles. Exemple : Sur
notre chaîne satellitaire, un jeune s'exclamait avec force : «Parmi ces jeunes
qui cassent et brûlent, il y en a qui n'ont jamais acheté l'huile ou le sucre.
Et de toute façon, pourquoi détruire et brûler ? ». Le constat est séduisant
pour les non-violents comme moi. Mais la question demeure entière : pourquoi
certains jeunes se lancent volontiers, en grand nombre, dans les émeutes à la
première occasion ? Deuxième exemple : sur France 24, un autre jeune clamait
avec autant de force : « il n'y a rien pour les jeunes en Algérie, ni
logements, ni emplois, rien, et la vie est trop chère. Les émeutes c'est à
cause de tout ça, parce que tout est lié». Pourtant, la majorité des jeunes
n'est pas émeutière, en Algérie comme en Tunisie. La majorité des jeunes, au
moment des émeutes, se retrouvait dans les lycées et universités, sur les champs
à la campagne et au travail dans divers secteurs urbains. Ce qui ne doit, en
rien, minimiser la gravité de la situation de chômage et de précarité d'une
catégorie de la jeunesse dans les deux pays. Dans tout ça, et en dépit du
caractère sélectif des interviews retransmises par les différentes chaînes,
quel est le message qui doit être décrypté ? Celui des émeutiers ou celui de
ceux qui, dans beaucoup de quartiers à Oran, Blida, Annaba, Tizi Ouzou,
Béchar…ont défendu des établissements publics et des superettes privées.
Evidemment, la réponse est unique dans tous les cas : Il faut les écouter tous,
pendant que la police et la justice font leur travail. D'aucuns ont, un peu
trop vite, établi le parallèle avec le 05 octobre 1988. Hier, c'était la
semoule, aujourd'hui ce seraient l'huile et le sucre la cause des émeutes. De
mémoire de sociologue ayant vécu les deux situations, la seule similitude qui
mérite d'être retenue est que ces clichés à l'emporte-pièce sont trop
réducteurs. En 1988, le dirigeant d'un parti algérien naissant avait ironisé
sur le titre « émeutes de la semoule » donné par la presse française aux
évènements, l'accusant de nous réduire à un simple tube digestif. Quant à la
différence, elle est énorme. En 1988, tout en déplorant les dégradations et
vols de biens, il y eut une large sympathie populaire envers les manifestants.
Les villes et villages touchés ont été incomparablement beaucoup plus nombreux,
autant dire la totalité des agglomérations. La violence destructrice a été
incommensurablement plus dommageable et la durée de l'agitation beaucoup plus
longue. Les menaces sur l'Etat et la société ont été telles qu'il a fallu
recourir, pendant longtemps, au couvre-feu d'une partie de la journée dans
plusieurs wilayas du pays et pas les moindres. C'était il y a 22 ans. La
société algérienne et l'Etat national ont beaucoup évolué depuis. Ils ont
survécu à la tragédie nationale ravageuse et sanglante de la décennie 90 qui a
failli entraîner le pays dans le syndrome afghan. Le danger avait alors imposé
la promulgation d'une loi d'urgence, ce qui signifie la suspension partielle de
la Constitution, notamment dans le chapitre des libertés individuelles et
collectives, un peu comme le patriot act américain post-11 septembre. Elle est
toujours en vigueur. On a appris plus tard qu'en 1993 le doute s'était
lourdement installé au sommet de l'Etat. Il a fallu attendre les années 2000
pour amorcer le retrait progressif des dispositifs sécuritaires, de guerre
devrait-on dire, qui encadraient villes, quartiers et villages. On comprend
alors pourquoi cette fois-ci, contrairement à 1988, il n'y a pas eu de
sympathie pour les manifestants et encore moins pour les émeutiers.
Au contraire, il
y a eu une grande angoisse collective. Un sentiment de frustration, de sourde
révolte, que l'Algérie pouvait bien se passer de ce nouveau drame parce qu'il
était évitable. C'est une incompréhension largement populaire. Les émeutes ont
été, limitées, localisées, contenues dès le départ et vite maîtrisées, à la
différence de celles de la Tunisie sÅ“ur qui sont devenues tragiques pour
évoluer ensuite vers un mouvement populaire beaucoup plus large de contestation
du pouvoir en place en demandant le départ du chef de l'Etat. Pourtant, la
Tunisie, qui il y a à peine un mois, était présentée comme le « petit dragon »
du Maghreb pour sa croissance économique et sa stabilité, n'a pas connu
d'émeutes depuis celles dite « du pain » du 27 décembre 1983 au 6 janvier 1984,
alors que les troubles en Algérie n'ont pratiquement cessé de manière significative
que lors de la dernière décennie, sans jamais atteindre ce stade, sauf lors de
l'insurrection de l'ex-Fis où les manifestants demandaient le départ du chef de
l'Etat. La comparaison entre les deux cas nécessiterait à elle seule un long
débat entre chercheurs des deux pays pour un maximum d'objectivité. Dans le cas
particulier de l'Algérie, deux séries de raisons pourraient expliquer la
différence, dans la nature comme dans l'ampleur, entre les récentes émeutes et
celles d'octobre 1988.
La société est toujours en période
post-traumatique, après avoir souffert toutes les affres des violences passées.
Ce post-trauma peut expliquer aussi bien la prédisposition à l'émeute chez une
partie de la jeunesse fragilisée que la douleur dissuasive du souvenir
subconscient des malheurs du passé chez la majorité de la communauté nationale.
Grâce à l'ouverture relative du champ politique et associatif et le véritable
pluralisme journalistique introduits après les premières émeutes d'il y a plus
de deux décennies, une meilleure médiation s'est établie entre le gouvernement
et les partis et mouvement associatif naissants. Comme « on ne fait pas
d'omelette sans casser des Å“ufs», le déverrouillage n'est pas allé sans heurts
et malheurs. Mais au bout du compte, on ne peut nier aujourd'hui que les fracas
de l'apprentissage ont beaucoup diminué d'intensité contribuant à assagir les
esprits un tant soit peu.
On peut donc
supposer, sans trop de risques de se tromper, que le développement de cette
médiation par l'ouverture encore plus poussée des champs politique et
médiatique amènerait à plus brève échéance une situation de non violence et de
manifestations organisées et citoyennes quelqu'en soit le thème. Enfin, les
institutions sociales et étatiques, notamment celles impliquées dans la
socialisation, la sécurité et le maintien de l'ordre ont beaucoup gagné en
expérience et efficacité, à leur corps défendant. Au plan humain, la tolérance
qui est synonyme de non-violence est en train de s'imposer à la mentalité
algérienne après les dures souffrances du passé récent, fait d'intolérance et
de violences destructrices et meurtrières. Des chaînes d'information étrangères
ont professionnellement tenté, dans plusieurs reportages, de débusquer un lien
probable entre les émeutes et certaines forces sociopolitiques, en insistant
évidemment sur l'islamisme. Les imams de l'Algérie entière ont fait du prêche
du premier jour des émeutes une fervente prière pour la sauvegarde du pays et
un vibrant appel à l'unité, le calme, la sérénité et le recueillement. On est
loin des appels au « Djihad » des années sombres et sanglantes. Et au plan
sécuritaire de la gestion des émeutes, les institutions de l'Etat ont eu
largement le temps de recruter, former, affuter leurs armes et expérimenter
leur know how dans le feu de l'action, plus de deux décennies durant.
Décryptage d'un
message brouillé
Réduire les
récentes émeutes à une réaction de jeunes chômeurs à l'augmentation des prix de
l'huile et du sucre serait trop simple. De toute façon, Cevital, par la voix de
son patron lui-même a officiellement opposé un démenti vérifiable à toute
prétendue augmentation, avant et pendant les émeutes. A Alger d'où sont parties
les premières émeutes, le climat était déjà électrique. Le climat en dehors de
la capitale n'était pas plus serein. Il y a longtemps que les échauffourées et
émeutes localisées à l'occasion de l'octroi de logements sont devenues une
quasi-banalité, au nord comme au sud, à l'est comme à l'ouest. Plus récemment,
on a assisté à des batailles rangées entre des populations relogées et des
habitants plus anciens de certains quartiers de la capitale, sur des histoires
que la presse qui les a relatées n'arrive toujours pas à expliquer. L'Algérie
reste l'un des très rares pays à continuer d'octroyer des logements sociaux
dans des conditions qui évoquent l'Etat-providence, et pourtant. L'octroi de
logements ou les relogements de populations d'habitat précaire sont toujours
l'occasion de désordre et d'émeutes. Le comble de l'ignominie a été atteint
lorsqu'on a brûlé le drapeau national, à Annaba. Les auteurs ont été condamnés
par la justice mais la population algérienne dans son ensemble reste
désarçonnée. A chaque fois qu'il y a eu émeute, des émeutiers se sont avérés
des indus prétendants au logement. Pire, parfois ce sont de véritables agents
de la spéculation immobilière d'après les petites histoires que racontent
régulièrement une partie de la presse et/ou la vox populi. Les passe-droits,
vrais ou faux, ne peuvent pas expliquer ce phénomène. Il y a eu aussi des
échauffourées sporadiques à plusieurs endroits entre jeunes et forces de
l'ordre lors de déménagements forcés de marchés informels, et pas seulement à
Alger. Ces incidents ont été le détonateur des récentes émeutes. Par ailleurs,
les caractéristiques particulières de certains quartiers agités ont fait penser
à l'action de forces socioéconomiques puissantes, liées au secteur informel,
qui auraient allumé la mèche par la rumeur et la manipulation. La raison est
qu'elles seraient menacées par les dernières mesures gouvernementales les
poussant à la visibilité pour réduire l'évasion fiscale et une plus grande
transparence du système économique réorganisé. Le bras de fer entre l'Etat et
le puissant secteur informel, qui ne doit pas être réduit aux petits «
Beznassis » seulement, est ancien et compliqué. La théorie d'une manipulation
de jeunes en difficultés qui serait, non pas la raison même des émeutes mais,
l'étincelle qui a allumé la mèche dans un climat déjà propice, pourrait être
une partie, mais une partie seulement, du début d'explication. Trois
informations, que le lecteur ne possède pas forcément, peuvent, en effet,
soutenir cette hypothèse : 1) l'Algérie est en train de réaliser le premier
Recensement Economique (RE) de son histoire. 2) L'obligation de paiement par
chèque ou virement de toute transaction dont le montant dépasse une certaine
somme a été remise sur le tapis après plusieurs hésitations, avancées, reculs,
décisions et retrait de décisions. 3) Le retour généralisé à l'exigence de
facture dans le commerce, de l'opérateur ou importateur au détaillant, en
passant par le grossiste. Il y a donc urgence à s'attaquer au problème de ces
dizaines de milliers de jeunes acculés à l'informel, moralement fragilisés et
socialement déstabilisés.
Une autre partie de l'explication se trouve
dans le déficit de médiation entre les pouvoirs publics et ces jeunes, j'ai
nommé la société civile, les syndicats et les partis dont la présence sur le
terrain est réduite à sa simple expression. Ils sont nés dans un contexte de
fracture, de suspicion et d'extrême violence, à la faveur de la Constitution de
1989 et la loi sur les associations de 1993. Ils sont extrêmement jeunes aussi,
du point de vue sociologique où l'âge des organisations se compte parfois en
siècle d'expérience dans les pays démocratiques. En plus, leur développement
est entravé par un état d'urgence qui ne peut être que restrictif par
définition. C'est là un autre débat entre les demandeurs de la levée de l'état
d'urgence et les pouvoirs publics qui considèrent une telle demande prématurée.
En attendant l'issue de ce débat, il est impératif d'élargir des cadres
organisés de dialogue et de concertation au maximum, jusqu'à atteindre ces
jeunes qui, à défaut, se sont exprimés par la violence. La médiation entre
l'Etat et la société c'est aussi, et surtout, le développement culturel qui
passe par le soutien au développement d'une intelligentsia communicative et des
élites crédibles et performantes, mais pas seulement en politique. Le dernier
geste de revalorisation de la fonction universitaire va dans le bon sens. Il
n'y a pas plus prometteur pour l'avenir de la société que la remise de
l'échelle de valeur à l'endroit. Au-delà de l'augmentation salariale, c'est la
revalorisation sociale et morale qui doit être saluée. Un collègue me racontait
comment certains de ses voisins, de la cité où il habite, l'évitaient parfois
du regard à cause d'une certaine gêne compatissante, étant donné l'écart social
qui était inversement proportionnel à l'écart intellectuel entre eux et lui. Il
est aujourd'hui heureux de pouvoir répondre allègrement à leur Salam A'Oustad
(Salut Professeur) et leur franc sourire. Aux universitaires, maintenant, de se
mettre au travail dans leurs amphis et laboratoires pour relever le niveau intellectuel
et pour communiquer à l'Etat et la société les résultats de leurs recherches,
notamment dans le domaine du développement durable. Un développement qui
entraîne toujours un autre développement, quelque soit l'opposition ou le
pouvoir en place, car la stabilité n'est pas stagnation, bien au contraire. «
Qui n'avance pas, recule » dit le proverbe, et il n'y a pas de régression
féconde sauf dans la théorie freudienne de la psychanalyse que Michel Onfray
vient de dénuder au grand dam de ses adeptes cabinards pécuniairement
intéressés.
* Enseignant –
chercheur, Fac des Sciences Sociales, Oran.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Mohammed Kouidri*
Source : www.lequotidien-oran.com