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Un «classique» et des clichés



Un «classique» et des clichés
L'histoire de la pièce Adda Zine El Hadda, le tout nouveau spectacle à l'affiche au TRO durant ce mois de Ramadhan, ne tourne au bout du compte qu'autour du thème de «la demande en mariage».Décliné en plusieurs variantes, ce sketch, joué en général par des hommes interprétant des personnages féminins (la mère ou la fille à marier), est une constante à Oran. Il est repris depuis des décennies, autant par les comiques amateurs que professionnels, mais ne sert en général qu'à occuper le public durant les pauses des galas de musique. Par sa construction simpliste, le tout n'étant basé que sur la caricature, l'effet est immédiat.La pièce de Mourad Senouci ne déroge pas à la règle et l'interprétation de Samir Bouanani n'a rien à envier aux spécialistes du genre, qui sont légion à Oran et qui sont, dans leur grande majorité, héritiers du trio «Bila houdoud», référence à la célèbre émission télé des années 1980. C'est sans doute le succès populaire de ce genre de comédies qui a inspiré l'auteur qui a voulu en faire une pièce entière. Pari risqué et finalement perdu, car le texte n'apporte rien de plus et, plus grave, il ne fait qu'amplifier les clichés relatifs à la relation homme-femme.Ceux-ci ne peuvent être imaginés en dehors du mariage et de toute la morale qui l'entoure. Pour habiller ce thème de «demande en mariage», l'auteur imagine le naufrage d'un bateau de croisière avec deux rescapés qui se retrouvent seuls au milieu d'une forêt. Déjà cela fait bien des lustres qu'aucun bateau de croisière n'a accosté sur les côtes algériennes, mais ce choix est rendu obligatoire pour la rencontre d'un homme qui tente l'émigration clandestine et d'une femme censée être une vedette de séries télé en partance pour des vacances.Dans un «boté» (embarcation de fortune préférée des émigrants clandestins algériens), où même dans un navire de marchandise, comme cela se faisait auparavant, ce genre de rencontre aurait été effectivement impossible. Cette parenthèse mise à part, il faut également savoir que des vedettes algériennes de séries télé qui font rêver les hommes, comme suggéré ici, ne se bousculent pas au portillon. A l'image de la pièce, les véritables stars de la télé sont plutôt celles qui font rire, comme Bekhta ou Biyouna.Tout fonctionne comme si, en isolant ces personnages du reste de la société, l'auteur voulait au départ s'embarquer dans les prémices d'une histoire d'amour, mais s'est vite retrouvé dans une impasse. Développée par certains universitaires de l'Institut du théâtre d'Oran, la notion de «El hass edrami» (qu'on peut traduire à peu près par ?'le sens de la dramaturgie''), est en panne. Aussi, chassez le naturel il revient au galop ! Et il n'y a donc pas d'autre choix que de revenir à la bonne vieille recette qu'est «la demande en mariage».La scène du comédien interprétant le rôle de la mère est typique. Le public, pas très nombreux, et qu'on a dû attendre une heure après l'horaire annoncé, a été particulièrement sensible à cette caricature, hilarante certes, mais dénuée de sens. Les intermèdes au «gallal» (instrument populaire à percussion) ajoutent à l'aspect festif de ce naufrage heureux. Justement, le titre est par ailleurs trompeur, car la pièce ne traite aucunement du phénomène des «harraga».La séquence d'ouverture, un policier en train d'interroger Adda, n'est également qu'un prétexte pour situer l'histoire, en répétant à plusieurs reprises, comme si le public était enfantin, que c'est à cause du naufrage du navire que les deux protagonistes se sont retrouvés seuls au milieu de cet endroit isolé du monde. Le texte de la pièce ne mentionne pas le mot «île», mais ceux qui seraient tentés de voir dans cet arrangement théâtral un clin d'?il au roman de Daniel Defoe se tromperaient lourdement, car la philosophie de l'auteur de Robinson Crusoe est aux antipodes des préoccupations de l'auteur algérien qui, lui, ne cherche plutôt que le succès et à tout prix.Tout le travail et l'énergie dépensée dans la Com, notamment sur Facebook, n'a pas permis de remplir la salle de manière satisfaisante. La hantise de la compagnie Mesrah Ennas est que son spectacle s'érode très vite et c'est ce qui risque d'arriver car, comme le dit très bien l'adage publicitaire, «quand on s'arrête aux clichés, on ne va jamais très loin ! ».
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