Se restaurer àmidi, voilà un vrai casse-tête journalier pour ne pas dire un dilemme pour lesfemmes qui travaillent. La pause-déjeuner qui ne dure qu'une heure pour la majeurepartie des entreprises ou des organismes publics ne permet pas à ces femmesd'aller jusqu'à chez soi pour prendre son repas.Pour lescollègues de l'autre sexe, la question peut ne pas avoir la même pertinence,puisque ces derniers peuvent manger n'importe où et n'importe comment. Ce moisde mai, caniculaire, annonce précocement l'été avec ses sueurs, sa chaleur etses torpeurs. Tout près du CHUO, sur le boulevard des Frères Niati, lesgargotiers et les échoppes de la restauration rapide où l'on sert kabab,chaussons, soufflets, tartelettes ou pizza font le plein. Le restaurantclassique avec entrée, repas et dessert est passé de mode. Des jeunes femmes engroupe portant la blouse blanche, probablement des infirmières ou des médecinsmangent debout. Le restaurant est plein à craquer, car il est midi. Lescommandes fumantes s'arrachent à la vitesse des temps présents. Tout le mondesemble pressé non pas pour déguster ou pour savourer ce qu'il a entre les mainsmais tout simplement pour s'acquitter d'une besogne journalière devenuenécessaire mais tout aussi problématique pour les femmes qui ne peuvents'attabler n'importe où.Accoudée à unetable haute, sans chaise, une jeune femme en blouse blanche chuchote à uneautre : « Je n'en peux plus de ces fritures ni de ces babioles qui me donnentde la migraine ». «... Moi en me mettant à la mode d'une seule pomme et d'uneseule banane, répond l'autre, je croyais que j'allais faire la ligne, maiscrois-moi, faire ça pendant une semaine, on a l'impression d'avoir ingurgité ducarton-pâte, tant pis pour l'histoire du cholestérol ».Mais, que fairesi l'on ne mange pas à midi ? Jeûner, ramener du manger de la maison ? Nemanger qu'une pomme ou un yaourt ou bien se mettre forcé au régime fromage-pâté?Si lecentre-ville ou les quartiers populaires permettent à ces femmes de s'attablerou d'acheter chez l'épicier du coin ce dont elles ont besoin, la situationn'est pas la même pour celles qui exercent dans la périphérie. Ramener de chezsoi le repas dans des boîtes en plastique devient, à la longue, lassant. «Mêmeavec ça, dira une mère de deux enfants, travaillant comme standardiste auniveau de la zone industrielle d'Es-Sénia, il faudrait chercher le réchaud oula résistance pour chauffer et faire la vaisselle ensuite, chose qui eststrictement interdite par le règlement intérieur...». Et d'ajouter que « celapeut marcher un jour, une semaine mais pas tout le temps et on compte souventsur le chauffeur ou le collègue pour qu'il daigne bien nous ramener de quoigrignoter ». Du côté de lacité Emir Abdelkader, où l'on compte une multitude d'entreprises, unrestaurateur a réservé une salle pour la gent féminine. Mais là aussi, leservice est lent et le menu servi très chaud, est toujours le même : frites,viande hachée et jus. Un repas qui peut être occasionnel, car dépenser 200dinars chaque jour n'est pas à la portée de toutes ces femmes qui peuvent nepas gagner plus de 15.000 dinars mois. La standardiste résumant la situation diraque « le vrai repas est celui qu'on prend le soir avec les enfants. On mangesoupe et au loin ces fritures qui, à la seule vue, donnent la nausée. Leweek-end, je compense tout. Je deviens un cordon bleu. J'envie les femmes aufoyer qui n'ont que faire de ce temps qui en fait aliènent celles quitravaillent. Car, en plus de l'angoisse du retard du matin à cause des enfantsqui ne veulent pas aller à la crèche et le travail à faire chez soi une fois deretour le soir, il ne nous reste plus assez de temps à soi-même ». Dernièrement, un débat consacré à lacondition de la femme travailleuse animé par une psychologue, revenait souventau sentiment de culpabilité que ressentent ces femmes. « Elles entendentsouvent dire que leurs enfants sont mal éduqués et qu'elles délaissent leur foyer...»dira plus d'une intervenante. La psychologue répond et précise « qu'aucontraire, ce sentiment est constructif pour ces femmes qui, une fois de retourà la maison, se surpassent pour compenser ce qui leur semble comme d'avoirfailli au devoir. Elles peuvent n'avoir pas de temps à consacrer à elles-mêmesmais en contrepartie, elles débordent d'affection et d'égards pour des enfantsqui n'en demandent pas tant en se faisant choyer comme il se doit ». La femme qui travaille peut ne pas penser àelle-même en ne mangeant carrément pas à midi. Elle peut soutenir ce sacrificeet ne pas accepter de gaspiller des sous en dehors du cercle familial. « Les temps ont changé, la condition de lafemme avec la vie professionnelle aussi. Mais le statut est resté toujours lemême car, la femme reste toujours la gardienne du temple qui doit se lever lapremière et se coucher la dernière», conclut la psychologue. Le transport, la nourrice qui ne vient pas,la charge professionnelle, le lever difficile des enfants et le difficile repasde midi constituent en fait un ensemble de petits tracas journaliers payéscomme dîmes pour s'affranchir d'une situation qui les a toujours confinés dansle rôle de la mère-poule.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : T Lakhal
Source : www.lequotidien-oran.com