«Je soutiens tous les généraux quand il s'agit de l'arrêt du processus électoral de 1991 mais uniquement dans ce cadre-là», a déclaré hier Amara Benyounes, lors d'un point de presse improvisé à l'issue de la rencontre qu'il a animée à la salle Murdjadjo (ex-Balzac) à Oran avec les militants et sympathisants de l'UDR de l'ouest du pays.
Cette déclaration, en réponse à une question en rapport avec l'épisode vécu en Suisse par Khaled Nezzar, est venue en écho à ce qu'il a développé dans son discours. «Je suis fermement opposé aux intégristes car nous avons vécu une période douloureuse à cause de la politisation de notre religion et ce que le FIS n'a pas obtenu en 1991 (un Etat théocratique), il ne faut pas que les fondamentalistes l'obtiennent en 2011», soutient-il et c'est sous cet angle qu'il voit les bouleversements survenus dans les pays de la région.
«Tous les chefs d'Etats arabes, qu'ils soient présidents ou monarques, sont des dictateurs mais le renversement d'une dictature n'aboutit pas forcément à la démocratie», explique-t-il en tenant compte de la montée de l'islamisme qui n'a épargné ni la Lybie où on a vite fait de proclamer l'application de la charia et surtout la restauration de la polygamie, ni l'Egypte, ni le Maroc ni même la Tunisie, présentée pourtant comme un modèle. Il qualifiera l'Arabie Saoudite et le Qatar de grandes dictatures qui s'immiscent dans les affaires d'un pays comme le Yémen pour prêcher la démocratie alors qu'ils sont très loin de l'appliquer chez eux.
«Contrairement à une idée reçue, les pays occidentaux ne craignent pas les régimes islamistes», a-t-il également déclaré en s'étonnant d'une analyse ayant le vent en poupe chez une partie de la classe politique qui veut présenter les islamistes turcs comme des modèles. «En Turquie, la laïcité est inscrite dans la constitution et l'armée est dotée de la prérogative d'intervenir au besoin pour la protéger. Nos islamistes sont-ils prêts à accepter de telles dispositions», s'est-il interrogé pour rappeler, ensuite, et c'était juste pour damer le pion à ses adversaires politiques et non pas pour approuver, que ce pays est membre de l'OTAN depuis 1952, qu'il aspire à devenir membre de l'UE et qu'il a des relations avec Israël. Son idée reste néanmoins que «c'est l'Etat turc qui est un modèle et non pas ses islamistes».
C'est pour toutes ces raisons que l'UDR reste opposée à l'idée d'une assemblée constituante en préférant la voie référendaire en ce qui concerne la réforme de la Constitution. Il s'est également prononcé contre l'amnistie générale en disant que sa famille politique reste avant tout les patriotes (obligés d'organiser une marche et d'affronter les forces de l'ordre pour faire entendre leurs voix) et les familles des victimes du terrorisme qui ne sont pas, à ses yeux, assez pris en charge contrairement aux repentis. Des chefs des patriotes (de Relizane et de Chlef) ont été par ailleurs présentés parmi l'assistance caractérisée par une mobilisation conséquente et qui a applaudi l'idée d'«une journée nationale des victimes du terrorisme». Amara Benyounes avoue son désaccord avec le président de la République (qu'il soutient par ailleurs) au sujet de l'accueil réservé au n°1 du parti d'Ennahda tunisien, celui-ci n'occupant pas une fonction officielle.
Sur le plan de la politique interne, son parti est favorable à un véritable exercice de la démocratie en libérant le champ de l'expression citoyenne (y compris au sein des médias publics) tout en mettant en avant l'idée d'un changement pacifique par voie électorale. «Il faut supprimer le décret qui interdit les marches à Alger», suggère-t-il en appelant également à l'abrogation du code de la famille jugé indigne de la femme algérienne. Il approuve le système du quota d'un tiers accordé aux femmes et qui a été remodelé par les députés.
Conséquence, dit-il, 14 wilayas du Sud (auxquelles on a accordé 20%) ne pourront pas présenter de femmes. Il relèvera certaines contradictions en constatant que, malgré une volonté affichée, le système des quotas n'est pas appliqué au gouvernement, au corps des walis, où la représentation féminine est l'exception et, enfin, dans les représentations diplomatiques. Dans le même ordre d'idées, il fera remarquer que le FLN veut en même temps le monopole du pouvoir et de l'opposition eu égard au comportement des élus de ce parti qui contestent un exécutif composé en majorité de ministres issus de ses rangs. Il pose le problème de la légitimité des institutions en ne voyant pas d'inconvénient à l'émergence d'autant de partis que possible, dans le respect des lois, car «c'est au peuple de décider qui va le représenter et non l'administration».
C'était une réponse au ministre de l'Intérieur sur le nombre de partis en suggérant également un financement par l'Etat pour éviter la «chkara» (financements en sous-main pour accéder à des places privilégiées lors des élections), le nomadisme politique mais, surtout, pour établir une certaine justice du moment que les partis de l'Alliance jouissent déjà de beaucoup de privilèges comme les locaux.L'UDR, dont les militants sont sûrs qu'ils obtiendront l'agrément, prépare son congrès prévu fin janvier. Une formation de plus dans le camp des démocrates dans un pays qui a, assure son principal animateur, «le plus fort potentiel de modernité et de démocratie».
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Djamel Benachour
Source : www.elwatan.com