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Tunisie, un an après : cette saisissante immolation par le feu



Tunisie, un an après : cette saisissante immolation par le feu
Mise à jour du 17 décembre 2011: Un vendeur ambulant, une policière, une altercation. Le vendeur ambulant s'est immolé. C'est ainsi que commence le 17 décembre 2010 à Sidi Bouzid la révolution tunisienne, qui déclenchera ensuite "le printemps arabe".
Chaque jour ou presque, la même information tombe comme un couperet. Quelqu'un, quelque part dans le monde arabe, est mort ou a tenté de mettre fin à sa vie en s'aspergeant d'essence puis en se transformant en torche humaine. Un boulanger en Egypte, une femme à Sidi bel-Abbès, plusieurs adolescents à Alger, un homme d'affaires à Nouakchott (capitale de la Mauritanie)' La liste de ces tentatives de suicide par le feu ne cesse de s'allonger. C'est évident; ces actes terribles font écho à celui de Mohammed Bouazizi, vendeur de fruits de Sidi Bouzid dont la mort tragique a provoqué le soulèvement des Tunisiens. A ce sujet, ouvrons d'abord une parenthèse et citons le nom d'autres héros: Abdessalem Trimech de Monastir, qui s'est immolé par le feu le 3 mars 2010 et Chams Eddine Heni de Metlaoui, mort le 20 novembre 2010. Eux aussi sont des martyrs de la cause tunisienne. Fin de la parenthèse.
Des suicidés pas comme les autres
Ces immolations par le feu me bouleversent et me désorientent. Elles me plongent dans un état de saisissement qu'il m'est difficile de décrire. Mélange de peine et d'effroi. De l'incompréhension aussi face à ce choix radical qui mène, lorsqu'on en réchappe, à une vie de souffrances atroces. Bien sûr, cela fait longtemps que le suicide est devenu un fait répandu dans le monde arabe en général et au Maghreb en particulier. Dans nos pays, la jeunesse mais aussi ses aînés se tuent par manque d'espoir et de perspectives. Ils se tuent à cause de la hogra (le mépris), du népotisme et de la désinvolture avec laquelle leurs innombrables problèmes sont traités. Ils en finissent parce qu'ils sont au chômage, parce qu'on leur refuse un logement pour la centième fois, parce qu'il n'y a plus de pain pour leurs enfants ou parce que des policiers les ont humiliés. Les uns se jettent des ponts en se jouant des grillages de protection, les autres succombent à des surdoses de médicaments ou à des mélanges de psychotropes et d'alcool. Mais ce recours aux brûlures fatales est une nouveauté déstabilisante. Les musulmans ont un rapport ambigu au feu. Il incarne la géhenne, la punition éternelle pour les dénégateurs, les hypocrites et ceux qui ont refusé de croire. Mais il est aussi parfois purificateur. Ce pasteur américain qui voulait brûler le Coran ne se doutait peut-être pas que c'est ce que font les musulmans quand un exemplaire du livre saint est en trop mauvais état. On ne le déchire pas, on le brûle. Dès notre plus jeune âge, on nous apprend à ne jamais souffler une bougie ou une chandelle mais à éteindre sa flamme avec le pouce et l'index. D'où cela vient-il, je ne sais. Cela fait des siècles que des théologiens s'étripent à propos de l'influence du zoroastrisme sur l'islam. Mais cela ne m'explique pas ce qui se passe aujourd'hui.
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