Sawiris a tiré sa révérence à temps de
Tunisiana en réalisant une excellente affaire. Qtel a racheté 25% des parts et
s'est retrouvée avec 75% associé à Sakher El Materi, le gendre et son compère,
l'homme d'affaires et ancien footballeur Hamdi Meddeb. L'opérateur qatari est
aujourd'hui associé à 25% en fuite. Son contrôle sur Tunisiana ne devrait pas
être remis en cause. Il lui reste à attendre ce que la Tunisie nouvelle fera
des biens «mal acquis» des membres des clans familiaux qui contrôlaient le
pays.
Kais où est donc passé le Tycoon et
député tunisien Mohamed Sakher El Materi ? Sa dernière apparition à Tunis date
du 13 janvier et elle a été documentée par une presse tunisienne encore aux
ordres malgré les signes annonciateurs de la chute de la dictature. C'était à
la chambre des députés, le «gendre» répondait aux rumeurs annonçant sa fuite au
Canada où il se serait installé, avec sa femme Nesrine Ben Ali, dans la
«modeste cabane» qu'il avait acquise là-bas, à Westmount, à Montréal, pour la
modique somme de 2,5 millions de dollars. «J'étais au Canada, mais je n'ai
nullement fui le pays et il n'y a aucune raison pour cela». Le gendre a même
affirmé qu'il n'a jamais douté «un instant» du pays et qu'il «continuera
d'investir et de créer de l'emploi». Le boulimique homme d'affaires pressentait
pourtant bien que les choses tournaient au vinaigre et, citations coraniques à
l'appui, il a lancé : «mettons la main dans la main et retirons cette haine qui
remplit nos cÅ“urs. Construisons ensemble la Tunisie, préservons nos acquis, au
lieu de détruire.». Ensuite, Nessma TV, soudain «libre,» a annoncé qu'il avait
été arrêté. Fausse nouvelle. On l'a donné ensuite, à Paris, et finalement à
Dubaï. Sans doute a-t-il rejoint la «famille» en Arabie Saoudite où il sera
contraint à faire la pause et méditer sur la fragilité d'un empire constitué en
peu de temps et qui s'effondre avec la chute du régime. Le compte Twitter de
Sakher El Materi est silencieux depuis le 13 janvier, son compte facebook où il
avait des milliers de «fans», volontiers flagorneurs, a disparu. Des signes
extérieurs visibles de modernité qui cessent de se faire voir et signalent une
fin.
Tunisiana, dernier acte du boulimique El
Materi
Une semaine auparavant, Sakher El Materi,
présidait le Conseil d'administration de Tunisiana, sa dernière acquisition qui
lui mettait le pied dans l'étrier dans le secteur de la téléphonie mobile en
partenariat avec l'un des plus importants opérateurs de la région Mena, Qtel.
Le 5 janvier, alors que le pays était déjà, à la suite de l'immolation de
Mohamed Bouazizi, le 17 décembre, en passage de la révulsion à la révolution,
se tenait le premier Conseil d'Administration de Tunisiana, dans sa nouvelle
configuration. Celle née de la vente, pour 1,2 milliard de dollars, des parts
d'Orascom Telecom à Qatar telecom (Qtel) et au consortium tunisien constitué
par Princesse Holding et le groupe Hamdi Meddeb. Le gouvernement tunisien,
hostile à l'arrivée de VimpelCom, a fortement incité Qtel a acheté les parts
d'Orascom Telecom tout en plaçant dans l'affaire Sakher El Materi. Affaire
rondement menée : 75% pour Qtel et 25% pour le consortium tunisie qui prennent
ainsi le contrôle du premier opérateur du pays (5,8 millions d'abonnés, 53% de
parts de marché). Ce 5 janvier, les nouveaux propriétaires semblaient encore
croire que Sakher El Materi avait toujours l'avenir qui lui était prédestinée
dans une Tunisie soumise à Ben Ali; certains même pronostiquaient, qu'avec le
soutien de Leila Trabelsi, il pourrait même prétendre à la succession. Mais en
attendant ce jour qui ne viendra pas, il devenait président du Conseil
d'Administration de Tunisiana, un poste de plus, dans ses nombreuses fonctions.
L'apothéose en somme. Le P-DG de Qtel en personne, Cheikh Abdallah Mohamed Al
Thani, était-là, flanqué de ses deux nouveaux co-actionnaires tunisiens, MM.
Sakher El Matéri et Hamdi El Meddeb. Cheikh Abdallah annonçait même que
Tunisiana allait être cotée à la Bourse de Tunis au cours du premier semestre
2011 et que de nombreux projets étaient prévus dans le fixe, la data et
l'internet. Il a révélé aussi que «Tunisiana a déjà déposé une demande pour
acquérir une licence 3 G, et nous attendons la réponse». Personne ne doutait
qu'avec un aussi illustre associé tunisien, cela se fera vite. C'est moins sûr.
Des comptes à rendre
Naguib Sawiris qui a fait une excellente
affaire en vendant ses 50% dans Tunisiana à 300 millions de dollars de plus que
leur valeur du marché doit se sentir heureux d'avoir soldé à temps. Ce 5
janvier Orascom Telecom Holding (OTH) annonçait de son côté la finalisation de
la vente de sa participation dans Tunisiana (OTT) pour un total de
«contrepartie en espèces de 1,2 milliard de dollars, correspondant à une valeur
d'entreprise égale à 6,7 fois l'EBITDA 2009 de Tunisiana». La transaction,
expliquait le groupe de Sawiris, génère plus de 40% par an retour sur
investissement OTH dans l'entreprise depuis 2003. Une sortie heureuse pour
Sawiris qui a, en outre, dans sa transaction tunisienne un élément de
«comparaison». Qtel qui détient désormais 75% dans Tunisiana est associé à 25%
de parts en fuite. Tunisiana est le dernier épisode de la boulimie
d'acquisition de Sakher El Materi qui vient d'être stoppé net par la révolution
Bouazizi. Qtel restera le propriétaire de Tunisiana – la nationalisation n'est
guère envisageable, ce n'est pas très tunisien- mais avec une incertitude sur
le partenaire tunisien. Une des trois commissions mise en place pour organiser
la transition porte sur les accusations de corruption à l'encontre des hommes
de Ben Ali et plus précisément des membres de sa famille et de celle de son
épouse les Trabelsi. Les 25% du consortium tunisien partenaire de Qtel sont en
suspens. Sakher El Materi est out. Son associé dans le consortium, l'ancien
footballeur de l'Espérence de Tunis Hamdi Medded - patron de la Société
tunisienne des industries alimentaires (STIAL) dont 50% ont été rachetés par
Danone, actionnaire de la Banque Zitouna de Sakher El Materi - risque, lui
aussi, de l'être et de devoir donner des explications du fait de sa proximité
avec l'univers indéniablement corrompu de la famille. Qtel attend, en silence,
de connaître qui sera son associé après l'extinction de l'étoile de Sakher El
Materi.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Salim Rabia
Source : www.lequotidien-oran.com