Oran - A la une

Tu seras médecin ma fille !



Tu seras médecin ma fille !
Tel était le voeu de ma mère médecin elle aussi.Alors que j'avais 5 ans, j'étais scolarisée en première année primaire, on était en plein milieu de la décennie noire, l'Algérie était socialement très malade, économiquement pauvre, politiquementimpuissante, gangrenée par le chômage et le terrorisme religieux, leniveau de vie de l'Algerien moyen avait baissé, le peuple terrorisépar la peur et la pauvreté avait fuit les villages pour se rassembleren masse dans les villes, à 40 km à l'est d'Oran, dans un village aunom de « Port Aux Poules, ma mère tenait un cabinet médical, elleétait aimée de tous, elle soignait des dizaines de malades par jourpour une pièce de monnaie, un kilo de sardine ou du pain fait maison, ma mère était bénévole malgré elle dans ce village, elle étaittoujours à l'ecoute, toujours au petits soins pour ses malades,ellebossait sans repit, de jour et tard la nuit, les weekend et pendantles fêtes aussi .Les femmes venaient accoucher chez ma mère, leurs maris luipromettaient un bon chèque, quelques billets en dinars ou quelqueskilos de poissons ,une fois bébé né entre, les maris s'éclipsaient avec leurs heureux événements jurant de revenir avec l'honoration dema douce maman, chose promise chose jamais due.Les années passées et ma maman était toujours au service de sespatients, très fière de son métier, de ce qu'elle portait à la société, elle comptait toujours pas ses heures dans son cabinet, je voyais ma mère avec tellement d'admiration, de respect et de fierté oui avec beaucoup de fierté, j'avais tellement de chance d'avoir cette maman, tellement de chance de passer toutes mes pauses déjeuner et mes heures après l'école dans son cabinet médical, oui à cinqans je savais déjà que j'allais devenir médecin!« Tu seras médecin ma fille » me disait elle après chaque trimestrescolaire.À 10 ans, à 15 ans je savais déjà ce que j'allais choisir comme spécialité après mes sept ans de médecine générale.À 17 ans j'étais à la faculté de médecine d'Oran.À 24 ans j'effectuais ma première année de spécialité au CHUd'Oran.Et là je suis toujours mon périple, un périple rude, fatiguant, difficile? finit le monde des bisousnours où tout est parfait,bienvenu dans le système de santé Algérien, un système noyé entrele déni et la paranoïa.Bienvenu dans les hôpitaux universitaires algériens, où rien ne vamais on se dit que tout va bien, où tout manque mais on dit que noshôpitaux sont équipés de tout, où la gratuité des soins s'arrête à la gratuité de la main d'oeuvre,la gratuité du médecin et de l'infirmier.Ces derniers sont tellement gratuits qui ne sont épargnés nul part,ces héros de la santé sont bafoués,mal respectés , agressés, violentés par 40 millions d'algériens.Nous somme harcelés, agressés physiquement tous les jours dans nos propres lieux de travail.Nous sommes dénigrés par notre propre ministère.La politique du ministre de la santé est basée sur le défi et le dénigrement.Que dit on des médecins dans les salles d'attentes des hôpitaux etdans les cafétérias'Que dit on des médecins en attendant ses bilans au laboratoire del'EPSP et dans le taxi'Que dit on des médecins dans le parking de l'hôpital et dans lesréseaux sociaux'Que dit on des médecins en se rendant au rendez vous chez legynécologue et chez son coiffeur 'Que dit on des médecins en achetant sa baguette chez son boulanger ou au marché du vendredi 'Le médecin, oui le médecin, rien que le médecin !Le médecin est devenu le bouc émissaire d'un système de santépourri et gangrené.Oui faute de le dire, le système de santé a brillé par son échec!« Médecin » est devenu sur la langue du voyou, du mathématicien et du parkingueur !« Le médecin » est le sujet préféré de « femmes Algériennes » et de« secret de femme ».On parle des médecins sur « diridarek.com » et sur « achats ventes ».La mégère parle des médecins, la femme instruite parle des médecins!Tous n'aiment pas le médecin, le boucher, le taxieur, le raki, zaabit& co, le coiffeur, le vendeur de légumes, le professeur de science, lacaissière, le boulanger, l'entraîneur de foot?.Dans ma salle de GYM on n'aime pas les médecins, chez mon coiffeur aussi!Dans la Daira quand je vais refaire mon passeport on dit qu'on aime pas les médecins , au commissariat qu'on je suis allée faire part de mon agression IDEM!Mais le paradoxe c'est que tous veulent être médecins, tous veulentvoir son enfant médecin, même la fille du boucher du coin ou le filsdu policier.Nos hôpitaux sont délabrés, sales, mal équipés, mal gérés est cela faute des médecins'Le manque de moyens, de matériel, de médicaments, d'hôpitaux tout ça c'est la faute du médecin 'La charge que subit nos hôpitaux,les chambres d'hôpitaux pleines àcraquer, c'est la faute au médecin 'La médecine n'est guère un médecin et un malade ou un médecin et un infirmier, le médecin comme l'infirmier sont qu' un maillon d'unsystème complexe.Le système de santé est un ministre,un ministère, des gestionnaireschevronnés, des économistes, des experts en logistique, despharmaciens, des négociateurs du marché du médicament et del'équipement médical, des informaticiens, des ingénieurs, desadministrateurs compétents, des diététiciens, des psychologues, desbiologistes, des restaurateurs, des sociétés de sécurité etd'hygiène?. les médecins et les infirmiers ne sont que la partieémergente de l'iceberg.Réfléchissons un peu, soyons rationnels, mettons-nous dans la peaude ces gens qui sauvent nos vies avec peu de moyens, ces gens que tout le monde leur a tourné le dos continuent à se battre malgré lesdifficultés.Par Dr.FEDJER Amina
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)