Les autorités algériennes avaient prévu les troubles qui avaient embrasé la Kabylie en 2001. C?est du moins ce qu?a annoncé Ali Tounsi, directeur général de la Sûreté nationale (DGSN), lors d?une conférence de presse. « Tout le monde était au courant », a-t-il dit. Alors une question simple s?impose : si tout le monde était « au courant », pourquoi rien n?a été fait pour empêcher des événements qui ont fait plus de 120 morts parmi des jeunes et des dizaines de blessés ? Le chef de la police a même parlé de « préparatifs ». Cela autorise l?observateur à penser qu?il y avait bel et bien un plan pour déstabiliser une région du pays. A quelles fins ? Quatre ans plus tard, la vérité n?a toujours pas été dite sur les raisons qui ont amené des forces de sécurité à tirer à balles réelles sur des civils désarmés. La justice n?a pas fonctionné. Et le rapport de la commission Issad a été enterré. Les processus de « dialogue », dirigés par le gouvernement, avec des délégués de la Kabylie ne peuvent faire oublier que le mystère demeure entier. La technique de l?usure, appliquée ailleurs, ne résiste pas à l?épreuve de l?histoire. Ali Tounsi, qui parle rarement, a appris à l?opinion algérienne que des repentis se sont convertis au « banditisme ». Il n?a pas communiqué le nombre. Il n?a pas précisé quelle a été la réaction de ses services face à ce phénomène. Si ces repentis sont couverts par le décret de la « grâce amnistiante », qui les a lavés de leurs forfaits, ils ne sont pas exempts de poursuites pénales pour les crimes de droit commun. Alors pourquoi les procureurs de la République, en défenseurs de la société, n?ont-ils pas fait leur travail en ouvrant des enquêtes sur les actes de ces nouveaux « bandits » ? Autre chose : à ce jour, aucun officiel n?a indiqué le nombre exact des repentis qui ont bénéficié des dispositions de la loi sur la concorde civile en 2000. Aucune donnée n?est publiquement disponible sur les repentis qui ont été poursuivis par la justice. Les familles des victimes sont tenues dans l?ignorance. Ces failles ont donné - c?était presque inévitable - le phénomène évoqué par le patron de la DGSN. L?impunité a un prix : elle permet à la violence de se recycler et de prendre d?autres formes. Dans ce climat inquiétant, le projet d?amnistie générale, quelle que soit la générosité qui peut l?entourer, ressemble à une nouvelle aventure. Les discours ont ce handicap de ne pouvoir combler l?absence de vérité et de justice. Et de démocratie aussi.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Metaoui Fayçal
Source : www.elwatan.com