Alors que le prix de la pomme de terre a plongé en Algérie, mettant les fellahs dans l'embarras, le Maroc et la Tunisie ont face à des prix relativement élevés. Mais la fermeture des frontières entre l'Algérie et le Maroc, et le faible niveau des échanges entre l'Algérie et la Tunisie, empêchement d'utiliser les marchés des pays voisins pour réguler les prix. Résultat, les fellahs sont sévèrement sanctionnés en Algérie, sans que les voisins puissent en tirer le moindre profit.
Cette semaine, les prix ont encore chuté sur les marchés algériens. Au prix de gros, la pomme de terre fraiche a frôlé les 15 dinars, alors que celle provenant des chambres froides ne trouve pratiquement plus preneur. A ce niveau de prix, les producteurs perdent de l'argent, le seuil d'équilibre étant au-dessus de vingt dinars.
Facteur aggravant, les fellahs les plus fragiles sont contraints de procéder à l'arrachage, car le produit arrivé à maturité fin avril est plus sensible aux maladies. « C'est une pomme de terre qui ne peut pas être stockée », nous dit un fellah. De plus, les chambres froides sont encore pleines de la récolte d'hiver, que les commerçants n'ont pu écouler.
En Tunisie, où la production de saison n'est pas encore arrivée à maturité, la pomme de terre est proposée, au détail, à 850 millimes, un seuil relativement élevé. C'est le prix affiché en fin de semaine à Carrefour de La Marsa. Au Maroc, la pomme de terre est cédée cinq à six dirhams, selon la variété (entre 50 et 60 dinars). Pour ces deux pays, ce niveau de prix est élevé, et peut contraindre les autorités à procéder à des importations, notamment en Tunisie, où cette pratique est assez courante.
Contrebande efficace, réseaux commerciaux inexistants
En cas d'importations éventuelles en Tunisie ou au Maroc, il est toutefois hors de question d'acheter ce produit en Algérie. Les fournisseurs traditionnels sont l'Europe, France et Espagne en tête, alors que tout plaide pour un développement des échanges entre pays maghrébins.
Pour l'heure, ces échanges se limitent à la contrebande entre l'Algérie, l'Algérie exportant vers ses voisins les produits subventionnés et en important des produits interdits, ou des produits agricoles, mais pas par les circuits officiels. Ainsi, les oranges du Maroc ont été proposées, cette année, dans pratiquement toutes les régions du pays, y compris les régions les plus reculées. A El-Amra, au nord-ouest de Aïn-Defla, région qui fournit des oranges de qualité exceptionnelle, les réseaux de contrebande ont réussi à proposer, en février-mars, un produit concurrent provenant du Maroc, au même prix. Avec une prime pour le produit marocain : une meilleure présentation et un meilleur calibrage.
Curieusement, cette efficacité redoutable des réseaux de contrebande ne fonctionne jamais au profit de producteurs algériens. Par contre, elle plaide pour une levée des restrictions, et un développement des réseaux commerciaux, ce qui offrirait aux producteurs maghrébins un marché de 100 millions de consommateurs, plus difficile à manipuler ou à déstabiliser. Mais pour le moment, chacun est contraint de gérer, seul, ses problèmes.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Abed Charef
Source : www.maghrebemergent.info