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Tribunal criminel de première instance: La prison pour trafic de drogue en famille



Le procès pour trafic de drogue qui s'est tenu hier au tribunal criminel de première instance n'était pas banal. D'abord, en raison de la mise en accusation d'un père et son fils, d'une mère et sa fille (les quatre n'appartenant pas à la même famille) mais aussi parce qu'un bébé se trouvait également dans le box des accusés, tantôt serré sur la poitrine de sa mère, tantôt dans les bras de sa grand-mère.B. M'barek, 58 ans, et son fils Mohamed Amine, 30 ans, Bo. Kheira, présumée née en 1954, et sa fille Ben. Houria, 33 ans, avaient été interpellés en août 2017 à Oran dans le cadre d'une enquête sur un réseau de trafic de drogue entre la wilaya de Maghnia et Oran. M'barek et les deux femmes avaient été arrêtés à haï Sabah à bord d'une Peugeot 307 où étaient dissimulés quelque 25 kilogrammes de résine de cannabis (répartis entre le réservoir de carburant et une valise). Suspecté de jouer les éclaireurs pour avertir son père de la position des barrages de sécurité situés entre Maghnia et Oran, Mohamed Amine a, lui, été interpellé au volant d'une HuyndaI Nubira.
Interrogés, le père et le fils reconnaitront les faits qui leur sont reprochés. Ils diront qu'ils devaient transporter la marchandise contre 17.000 DA le kilogramme, la part de Mohamed Amine étant de 4.000 DA, en ajoutant qu'il s'agissait là de la quatrième opération qu'ils avaient menée ensemble. En revanche, M'barek niera avoir connaissance de la valise contenant 13,5 kilos de kif découverte sous les sièges de la voiture mais sans en attribuer la propriété à ses passagères.
Celles-ci rejetteront une quelconque implication dans le trafic de drogue : M'Barek qu'elles connaissaient avait proposé de profiter de son voyage à Oran pour régler avec l'ex-mari de Houria un litige portant sur la pension alimentaire.
Au cours de l'audience, M'barek reconnaitra le transport de la quantité de drogue trouvée dans le réservoir de sa voiture mais refusera d'endosser toute responsabilité se rapportant à la valise. Il reviendra partiellement sur ses premières déclarations en affirmant que son fils n'avait pas pour mission de sécuriser l'itinéraire et qu'il n'avait jamais été mêlé à un trafic de drogue.
De son côté, Mohamed Amine livrera une nouvelle version selon laquelle il se rendait chez sa tante résidant à Bousfer pour profiter de la plage : «Je n'ai jamais transporté de drogue et je n'ai jamais sécurisé de route pour mon père », jurera-t-il tandis que la présidente d'audience lui relit les aveux qu'il avait faits devant les services de sécurité : «J'ai été battu et violenté», expliquera-t-il.
Dernières à être entendues, Houria et sa mère, clameront leur innocence : «Nous avions un différend à régler avec mon ex-mari et M'barek nous a gentiment proposé de profiter de sa voiture», diront-elle en jurant que la valise contenant la drogue ne leur appartenait pas.
Dans un réquisitoire implacable au cours duquel elle compare les accusés à des personnes malfaisantes et nuisibles, la représentante du ministère public s'attarde longuement sur les méfaits de la drogue sur les jeunes qui «en arrivent à malmener et battre leurs propres parents. Des mères nous supplient d'envoyer leurs enfants drogués à Sid Chami mais l'établissement est surpeuplé», lance-t-elle. Au plan de l'argumentaire, elle s'appuiera sur le flagrant délit, les aveux prononcés par le père et le fils lors des interrogatoires et l'habitude prise par les trafiquants de drogue de voyager en compagnie de femmes aux fins de tromper la vigilance des barrages pour réclamer 20 ans de réclusion pour tous les accusés. Pour elle, il ne fait aucun doute que les accusées sont autant coupables que leurs complices masculins.
Hormis l'avocat de B. M'barek qui plaidera les circonstances atténuantes en s'appuyant sur la situation sociale précaire de son client et la ruse des barons de la drogue qui exploitent les pauvres de la bande frontalière algéro-marocaine, tous les autres avocats de la défense réclameront l'acquittement de leurs clients. L'acquittement de Mohamed Amine parce que aucun élément matériel ne prouve qu'il sécurisait l'itinéraire pour son père et que, par conséquent, il était coupable des graves charges retenues contre lui. Et l'acquittement des deux femmes en raison de l'absence de preuves matérielles les reliant à la fameuse valise et, de manière générale, au trafic de drogue : «A la limite, elles ont été utilisées pour tromper les barrages de sécurité. En quoi est-ce leur faute '», se demandera l'un des avocats en rappelant que rien ne les liait à la valise.
A l'issue des délibérations, le tribunal criminel (qui a siégé sans la participation du jury populaire) a condamné B. M'barek à dix ans de prison, Mohamed Amine à sept ans, Bo. Kheira à huit ans et Ben. Houria à cinq ans.
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