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Trajets d'enfer



Trajets d'enfer
Si, dans certaines villes du pays, les habitants galèrent à cause du manque de transport en commun, à Oran, c'est bel et bien le « surplus » de ces transports qui rend la vie des Oranais impossible.On dénombre pas moins d'un millier de bus appartenant au secteur privé, et la majorité est concentrée au centre-ville. C'est dire l'engorgement qu'ils provoquent au trafic routier, notamment aux heures de pointe. Petit tour d'horizon de la situation, ô combien anarchique, de ce secteur à Oran. Tout d'abord, ce qui horripile les usagers au-delà de toute mesure, c'est bien entendu l'excès de zèle des conducteurs. Ces derniers stationnent à un arrêt (si tant est qu'il y en ait un), et peuvent y rester de longues minutes, laissant moisir la clientèle, jusqu'à ce qu'ils parvinssent à remplir les quelques siège encore vides.Lassés d'attendre, les usagers se mettent, à l'aide d'une pièce de monnaie, à frapper frénétiquement la vitre en signe de colère, sommant le conducteur de redémarrer de plus belle. Ce dernier, bien qu'entendant la protestation, n'en a cure : tant que son bus n'est pas rempli, il ne redémarrera pas. «Plus d'une fois, je suis arrivé en retard en cours à cause de ces timbrés, nous dira un étudiant. J'habite Gambetta, et pour aller à l'université de l'USTO, je prends le 51. Si j'habitais le centre-ville, la question ne se poserait même pas, je prendrai le tramway.Mais à Gambetta, il m'est plus avantageux de prendre le bus, même si le comportement des conducteurs me révulse» un étudiant. Et ce comportement, tout le monde à Oran est unanime à le condamner : bien que soumis à un cahier de charge, les conducteurs de bus privés, ainsi que les receveurs, n'en font qu'à leur tête. Ils ont une logique mercantile, et pour eux, l'essentiel, en fin de journée, est de récolter un certain degré de bénéfice. Pour cela, il leur importe peu le confort de leurs clients : toute honte bue, ils occasionnent à iceux des retards dans leur lieu de travail, et ne s'excusent même pas. Hélas, cela ne s'arrête pas là.Dans certains cas, l'excès de zèle dépasse les bornes : il arrive des fois, alors que le terminus approche, le conducteur demande aux usagers de descendre du véhicule, oui, de descendre ! Certes, en accord avec un de ses collègue, il propose à ces clients lésés de monter dans le prochain bus sans payer ; mais tout de même : quel excès de zèle que d'obliger ainsi tout un groupe d'usagers à «disposer», alors qu'il a payé son tiqué ! «ça se passe comme ça à Oran » rigoleront certains. Pour ne rien arranger, il faut aussi souligner que les conducteurs de ces bus privés exercent la concurrence entre eux.En bref, ils ne sont proprement ce qu'on appelle des collègues, mais plutôt des concurrents. Cela crée parfois, voir souvent, des scènes cocasses, qu'on ne voit nulle part ailleurs : deux bus, roulant vélocement, font la course entre eux, pour voir qui arrivera le premier à tel arrêt, et de facto, être le premier à «ramasser» les usagers probables. Ils vont parfois dans des plans carrément machiavéliques : « il n'y a personne dans cet arrêt, mais dans la prochaine, comme une marie le jouxte, alors il est susceptible d'abriter du monde. Tel que je le connais (le conducteur de bus concurrent), il va sûrement zapper cet arrêt, pour ne s'arrêter qu'au suivant, et ainsi nous dépasser. Alors dès que tu vois qu'il approche, sors de la file et bloque-le »Ce sont les conseils «avisés» que donne, à haute voix, le receveur au conducteur de bus. Et quand il arrive à ses fins, c'est-à-dire en empêchant l'autre conducteur de le dépasser, le receveur, pas peu fier de sa prouesse, sort de la vitre pour se moquer de son concurrent. Des scènes de cet acabit se font monnaie courante à Oran. En 2013, avec l'avènement du tramway, les Oranais pensaient que la situation allait quelque peu s'améliorer. Certes, pour ceux dont l'itinéraire concorde avec le tracé du tramway, la situation s'est amplement améliorée, mais pour les autres, la galère persiste toujours. «J'habite à Canastel, et je travaille au centre-ville. En fin d'après-midi, en prenant le P1, il me faut compter au moins une heure pour arriver at home» nous expliquera un usager.Certes, il existe aussi les bus étatique, appelés ETO, qui eux, proposent à la clientèle un service correct : des arrêts ponctuels, et pas d'excès de zèle. Mais ces derniers souffrent d'une concurrence pour le moins déloyale : il y a à peine une soixantaine d'ETO à Oran qui activent face à presque un millier de bus privés'de facto, les usagers, automatiquement, se rabattent sur ces derniers. La ligne 11, celle allant de la place Valéro (centre-ville) jusqu'à Haï Yasmine (banlieue est), et desservant les principaux axes de la commune d'Oran, est sans doute la plus lotie en effectif.La ligne U, bien que son tracé soit similaire à celui du tramway, n'a pas pour autant cesser d'être opérationnelle. Comme la rotation entre une rame de tramway et une autre est de 10 minutes, les gens, surtout les étudiants, se rabattent sur la ligne U. La ligne B, qui va des Palmiers (sud Ouest) jusqu'au Castor (sud est), est celle réputée pour être la plus dangereuse. Régulièrement, des agressions sont enregistrées à l'intérieur même des bus. L'année dernière, un groupe de délinquants a pénétré une ligne, et a délesté tous les usagers de leurs biens. Cela avait d'ailleurs incité, à cette époque, la sûreté de wilaya à y placer des policiers en civile dans l'enceinte de ces lignes.En bref, tout le monde à Oran attend avec hargne que l'extension du tracé du tramway voit enfin le jour, et cela pour se passer, une bonne fois pour toutes, de ces bus de la honte. L'extension du tramway devra desservir à la fois Belgaïd côté est, et l'aéroport d'Es-Sénia côté sud-ouest. Il faut admettre que le tramway est le seul concurrent plausible à ces bus privé. Le seul à même de leur porter un sacré coup, et les obliger à se professionnaliser un tant soit peu. Mais encore faut-il qu'il soit disponible partout, avec une rotation raisonnable de 4 à 5 minutes. A ce moment là, les gens délaisseront pour de bon ces bus crasseux, et opteront pour le confort et la propreté


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