Un spectacle-cabaret féerique et unique en son genre a été donné,
dimanche soir, au théâtre régional Abdelkader Alloula. Ce spectacle-cabaret,
dont le titre est : «Il n'a été heureux qu'une fois, sous un parapluie», se
compose de fragments de l'oeuvre de Tchekhov, de quelques-unes de ses
réflexions tirées de ses carnets de voyages, et bien sûr, de bon nombre de
chansonnettes toutes plus «rigolotes» les unes que les autres.
Déjà, pour commencer, chose
inhabituelle, à peine arrivé, le public a été convié non pas à s'asseoir, comme
il se fait de coutume, sur les sièges de l'orchestre ou du balcon, mais tout
bonnement sur scène, au coeur même de l'action. Pour l'occasion, on ne manqua
pas de placer un tas de chaises sur la scène. Et pour les plus récalcitrants,
ceux qui, ne voulant pas se trouver sous les feux des projecteurs, on trouvait
refuge dans les coins isolés du balcon. On est même allé jusqu'à leur apporter
une échelle, oui, une échelle pour les inviter à descendre et rejoindre, sur
scène, le reste du public. Ceci afin de briser la glace. On lui a même proposé
de boire du thé russe, et cela afin qu'il s'y sente à son aise.
Cette petite anecdote témoigne à
elle seule de l'ambiance «festive» et «loufoque» que les comédiens, une
douzaine au total, ont joliment imprégnée avant-hier au théâtre. Effectivement,
cette troupe a réussi une prouesse, celle de ne pas donner l'occasion au public
de bailler. Pour preuve, à bien des reprises, ce dernier a été pour le moins
«bousculé», voire « brutalisé» par les comédiens. On avait donc là non pas un
public passif, se contentant de contempler, mais plutôt un public actif,
«participant» avec les comédiens à la trame de l'histoire.
En somme, c'est un peu la «halqa»
revisitée. On peut noter, en effet, la similitude entre cette sorte de
spectacle, tout à fait baroque, où les spectateurs encerclent les comédiens, et
la «halqa», où les comédiens sont non pas «face au public» mais en sont plutôt
«entourés».
D'ailleurs, pour réussir un
spectacle de cette trempe, où l'assistance a à faire à des acteurs lui
«surgissant» de partout, il faut que le scénario de la pièce soit écrit par une
plume de maître, une plume d'un vrai génie. Car là, l'auteur ne s'appuie plus
seulement sur le côté visuel du spectateur pour lui faire comprendre
l'intrigue, mais plutôt sur le côté auditif. Les mots alors choisis dans le
texte doivent faire comprendre à eux seuls le déroulement de l'histoire, sans
qu'il y ait besoin de voir les mimiques des acteurs, ni la description visuelle
du décor de la scène pour mieux comprendre ce qui se passe.
Pour revenir à l'histoire, ou
plutôt les histoires, car ce spectacle en englobe plusieurs, même si les
personnages en sont les mêmes, ça parle, pour faire court, de la Russie. Cette
pièce tragi-comique revient avec brio sur les déboires de ces onze personnages,
dans la Russie de la fin de l'avant-siècle dernier, sur leur moment de doute,
leur réflexion sur la vie, sur la mort, leur délire. Bref, à travers l'état
d'âme de ces onze «héros» ratés, la troupe a fait rire aux larmes les
spectateurs présents, qui ont alors eu une idée certaine sur la vraie mentalité
russe.
A ce propos, lors de la
conférence de samedi dernier, Ivan Romeuf, qui est Russe par son père, nous a
divulgué une petite anecdote lui étant survenue dans le passé lors d'une
entrevue avec un journaliste qui lui a «reproché» que cette pièce, par son côté
humoristique, ne soit pas assez russe. Comme si, pour parler de la Russie, il
fallait tout le temps que cela se fasse avec sévérité, austérité même, par des
textes ennuyeux, pompeusement interprétés par des comédiens sinistres. Par le
spectacle d'hier, la troupe a apporté un démenti significatif à ce préjugé, en
affirmant dur comme fer que les Russes, pour contrer les aléas de la vie,
savaient recourir, comme du reste bon nombre de peuples, à l'esprit de
l'autodérision. D'ailleurs, cette sorte de dérision a un nom : l'humour du
désespoir, ou alors l'humour noir très cher à Tchekhov.
Sur un autre registre, Ivan
Romeuf nous a aussi affirmé, lors de la conférence, qu'il aimerait énormément,
dans un futur proche, adapter une oeuvre de Alloula au théâtre de Marseille.
«Il faut juste trouver la bonne occasion».
Pour finir, on peut dire qu'à la
vision du spectacle d'avant-hier, les spectateurs ont eu l'impression d'être
transportés dans un voyage à travers le temps et l'espace. Voyage après lequel
ils ne sont pas revenus «indemnes». Il est à noter également qu'en plus des onze
comédiens, si on ajoutait les figurants ou ceux ayant eu un rôle éphémère mais
néanmoins probant, ils étaient en tout plus d'une vingtaine d'acteurs à avoir
fait tourbillonner, le temps de quelques chansons, un public plus que charmé.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : El Kébir A
Source : www.lequotidien-oran.com