Oran - Revue de Presse

Théâtre: «La mouette», une histoire à l'humour féroce



La troupe du théâtre de Lenche de Marseille a joué, lundi soir, au théâtre régional Abdelkader Alloula, une pièce de Tchékhov qui a pour titre : « La mouette ». Cette comédie, qui se joue en quatre actes, est chargée d'un humour « féroce », dont Tchécov en avait apparemment le secret. Afin d'abréger, on peut résumer l'histoire par ce petit récapitulatif : Medvedenko aime Macha, qui elle ne l'aime pas, lui préférant Treplev ; ce dernier aime par contre Nina qui, elle, aime Trigorine... sauf que Trigorine est l'amant d'Arkadina, etc..., dans un décor de campagne de la Russie profonde. En vérité, il s'agit là d'une histoire proprement universelle, où tout un tas de thèmes : l'amour, la jalousie, la création, le désespoir, l'orgueil... y sont abordés. Rien n'est négligé. A ce propos, on devine, à voir cette pièce, combien elle a pu inspirer les auteurs contemporains pour la réalisation de leurs oeuvre, notamment Woody Allen, avec son film « Guerre et amour » sorti en 1975. C'est Ivan Romeuf qui a à la fois traduit, adapté et mis en scène cette pièce. Sa volonté était que la pièce soit jouée sur une scène bicéphale, c'est-à-dire que le public soit assis non pas « face » à la scène, mais des deux côtés. Mais cela ne fut hélas pas possible, car il aurait fallu une scène de longueur plus ou moins disproportionnée. Ce qui n'est pas le cas au TRO. Dans cette pièce aux nombreuses facettes, où se mêlent à la fois conflits familiaux, sentimentaux, sociaux et même littéraires, l'histoire de Nina, symbolisée par « la Mouette », en comprend une partie majeure. Celle-ci est aimée par Treplev, qui lui écrit une pièce. Or, persuadée d'être une comédienne née, elle décide de s'enfuir avec Trigorine, qui est un écrivain reconnu. Le succès n'est pas au rendez-vous, elle se retrouve, complètement dépitée, reniée par sa propre famille. Celui avec qui elle s'était enfuie, Trigorine, est de surcroît l'amant de la mère de Triplev. Au deuxième acte, Triplev assassine une mouette. La vision de cette mouette morte donne à Trigorine, qui a fini par délaisser Nina, un sujet d'une nouvelle : « Une jeune fille passe toute sa vie sur le rivage d'un lac. Elle aime le lac, comme une mouette, et elle est heureuse et libre, comme une mouette. Mais un homme arrive par hasard et, quand il la voit, par désoeuvrement, la fait périr. Comme cette mouette ». L'approche de la mouette à l'histoire de Nina est dans le fait que cette dernière, tout comme une mouette, aimait vivre heureuse et insouciante, près d'un lac ; mais qui, pareille à une mouette, un jour a fini par périr par les mains d'un Trigorine déguisé pour le coup en chasseur. Ce petit récapitulatif donne déjà une certaine idée sur la complexité de la pièce. Autre moment fort, celui de Treplev justement, qui, d'un côté, fait face à sa mère, voulant coûte que coûte, mais de manière vaine, lui « prouver » son talent ; et d'un autre côté, broie du noir depuis que sa Nina, lui ayant préféré Trigorine, est partie. Il vit alors avec le maigre espoir de pouvoir un jour reconquérir son coeur.

La « mouette » qui, au départ, était annoncée comme étant une comédie, vire petit à petit, au fil des actes, en une véritable tragédie. Et la chute finale, d'ailleurs, est un moment tragique et douloureux. C'est à Saint-Pétersbourg, en 1896 qu'elle a été créée. Tchékhov, son auteur, est lui né en 1860, il est l'auteur d'un bon millier de nouvelles ; mais aussi de quelques pièces théâtrales au succès international. On peut compter parmi elles « la mouette » bien sûr, mais aussi « Ivanov », « oncle Vania », « les trois soeur »... sur le plan littéraire, on le met au même rang qu'un Tolstoïe ou un Dostoïevski.


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