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Tentative de meurtre avec préméditation près de la rue Mouloud Feraoun: 10 ans de prison ferme pour l'accusé



Le tribunal criminel de première instance d'Oran a examiné hier une affaire dans laquelle l'accusé, un certain Dj. Mohamed, était poursuivi pour tentative de meurtre avec préméditation sur la personne de B. Zakaria.A l'origine, une gifle
Selon l'arrêt de renvoi lu à l'audience, les faits se situent près de la rue Mouloud Feraoun, dans l'après-midi du 5 mai 2017 lorsque, entendant des gros mots provenant du stade voisin, Mohamed, transporteur de marchandises de 32 ans qui se reposait chez lui, sort pour intimer aux jeunes l'ordre d'arrêter de proférer des grossièretés. L'un d'eux, un garçon prénommé Djamel, tient tête à l'adulte et rend mot pour mot. Hors de lui, Mohamed assène au gamin une gifle retentissante, ce qui attire l'attention des joueurs de football, notamment le dénommé B. Zakaria, 25 ans, qui reproche à Mohamed son geste et lui «rend» la gifle. Après une brève altercation, les antagonistes se séparent et la vie reprend son cours normal. Quelques instants plus tard, des témoins voient Mohamed se mettre au volant de sa fourgonnette de marque Chana et foncer droit sur Zakaria qui marche sur un trottoir avec deux copains, le percuter, faire une marche arrière et revenir lui rouler sur la jambe droite. Aussitôt les joueurs se ruent sur Mohamed mais celui-ci a déjà pris la fuite, embouti un taxi de marque Renault Symbol et poursuivi sa course à pied.
Trois interventions pour éviter l'amputation
La blessure occasionnée à Djamel entraîne une incapacité de 35 jours mais lui vaut, surtout, trois opérations chirurgicales dans une clinique privée après que des médecins d'une structure hospitalière publique lui ont prédit une probable amputation du pied.
Après avoir recouvré son calme, Dj. Mohamed se rend de lui-même à la police, reconnaît avoir percuté un jeune homme en tentant de fuir des joueurs qui voulaient le lyncher. Il soutient ne pas connaître la victime de ce qu'il affirme être un accident et se dit prêt à prendre en charge l'hospitalisation de Zakaria. Ce qu'il fait, d'ailleurs, en s'acquittant des frais de l'ensemble des opérations subies par le blessé dans une clinique privée.
Il n'en sera pas moins inculpé pour tentative de meurtre avec préméditation suivant les articles 30 et 254, 255 et 256 du code pénal, et pour délit de fuite, conformément à l'article 72 du code de circulation, permis de conduire et contrôle technique automobile.
Mohamed : «C'était un accident!»
A la barre, Dj. Mohamed rappelle les circonstances qui ont motivé son comportement en assurant, d'une part, ne pas avoir percuté de manière volontaire B. Zakaria : «Je ne savais même pas que c'était la même personne qui m'avait frappé lors de la dispute», dira-t-il. Il soutiendra ensuite qu'il n'avait eu aucune intention de percuter, encore moins de tuer la victime, et que l'accident s'était produit sur la chaussée et non pas sur le trottoir : «Je l'ai percuté une seule fois et je n'ai jamais fait marche arrière pour l'écraser», jurera-t-il en certifiant avoir fui sous l'effet de la panique. «J'avais peur d'être lynché par tous ces jeunes qui me poursuivaient»,
Sur les quatre témoins qui ont déposé devant la police et le magistrat instructeur, un seul se présentera au procès. Malheureusement, B. Farid, un des deux gardiens de but, n'éclairera pas le tribunal sur l'accident lui-même : «Quand j'ai entendu que Zakaria avait été percuté, j'ai couru et je l'ai trouvé étendu sur la chaussée. La camionnette était enfoncée dans le taxi», relatera-t-il en confirmant l'atmosphère inquiétante qui avait fait fuir Mohamed : «Lors de l'altercation entre Mohamed et Zakaria, certains sont intervenus avec des épées».
En l'absence de la victime -selon sa mère présente à l'audience, Zakaria se trouvait à Constantine pour des soins-, la présidente a lu le texte de sa déposition dans laquelle il accuse Mohamed de l'avoir volontairement percuté et de lui avoir roulé sur la jambe droite en marche arrière. Le magistrat fera également lecture des dépositions des témoins à charge qui, tous, appuient les déclarations de Zakaria.
Le parquet requiert 20 ans de réclusion
S'appuyant sur ces témoignages à charge qui confirment la volonté criminelle de l'accusé, la représentante du ministère public déclarera que les éléments constituant le crime sont établis et requerra la peine de 20 ans de réclusion criminelle.
De leur côté, les deux avocats de la défense plaideront la requalification des faits en coups et blessures volontaires, aucun élément matériel ne prouvant l'intention criminelle ni la préméditation de leur client. «Les témoins à charge ont pris le parti de leur ami Zakaria (…) Ils font partie de ceux qui ont tenté d'intervenir dans la dispute entre Mohamed et Zakaria», déplorera l'un des avocats pour décrédibiliser les témoins absents.
Le second avocat commencera par rappeler le témoignage à l'audience de B. Farid qui avait déclaré avoir trouvé Zakaria étendu sur la chaussée et non pas le trottoir, avant d'exhiber les photographies de la fourgonnette qui montrent que «les traces de l'accident se trouvent seulement à l'avant, sur l'aile du côté chauffeur ; il n'y en a aucune à l'arrière», dira-t-il en citant les conclusions du médecin qui a constaté que seul le tibia avait été fracassé : «S'il y avait eu marche arrière, les dommages auraient certainement été beaucoup plus importants», ajoutera-t-il en demandant la requalification des faits.
L'avocat terminera sa plaidoirie en rappelant que c'est grâce à son client que Zakaria n'a pas été amputé de son pied comme les médecins le lui avaient prédit. «Et c'est lui qui a pris en charge tous les frais d'hospitalisation».
Après délibérations, le tribunal criminel de première instance d'Oran déclarera Dj. Mohamed coupable des faits reprochés et prononcera la peine de dix années de prison ferme.
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