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Youcef Merahi[email protected]/* */Cet après-midi-là , j'ai vu des montagnards descendre en petits groupes, à pas pressés, les femmes aux couleurs chatoyantes, en direction de Tala Bounane. Le flot grossissait à vue d'œil, de tous les côtés. Les femmes youyoutaient et les hommes tapaient des mains. Comme si c'était un remake du jour de l'Indépendance, un certain 5 Juillet. Je n'en croyais pas mes yeux. Mais que se passe-t-il donc d'important à Tala Bounane, ce virage maudit qui mène vers les At Douala ' Renseignement pris, il s'avère que le chantre de la chanson berbère, Lounès Matoub, organise un gala et qu'il chantera de nouvelles chansons. On parle même de l'hymne national détourné,D aghurru! Non, il ne sera pas seul sur scène. Du tout, alors. Il y aura l'immense Lounis Aà't Menguellet qui fête cinquante ans de création, Idir en duo avec Charles Aznavour, reprenant l'hymne de la jeunesse, Hier j'avais encore vingt ans, en kabyle s'il vous plaît ; puis Ferhat, ce maquisard de la chanson, revisitera son répertoire des années soixante-dix, accompagné par Ali Ideflawen ; peut-être chanteront-ils en chœur Lbrezidan ' On parle de la participation exceptionnelle de Cherif Kheddam ; malgré sa maladie et sa grande fatigue, il a fait spécialement le déplacement de Paris (pourvu qu'il nous chante le merveilleux texte, Ya lemri). Il se murmure que Muhend Ou Yahia aura la lourde tâche d'animer le gala. Mieux encore, des policiers en tenue d'apparat s'occuperont de la haie d'honneur !Sur le journal d'aujourd'hui, j'ai lu que Kamel Daoud, l'auteur de Mes indépendances, ce romancier qui a vengé l'Arabe assassiné sur une plage quelconque dans le roman d'Albert Camus, s'est félicité du déroulement de sa conférence à Bouzeguène. Il était question de la liberté de parole dans notre pays où la démocratie est une réalité tangible. L'article du journaliste reprend de larges extraits de l'intervention de notre écrivain qui a maîtrisé, à merveille, un débat studieux. Il faut préciser qu'il en a signé des livres ; le public se les arrachait. Du reste, on voit Kamel Daoud sourire à pleines dents, tellement il était content de son après-midi littéraire dans ce sympathique centre culturel dirigé de main de maître par Chérif Messaoudène. Et comme à Tala Bounane, des policiers en tenue d'apparat ont fait la haie d'honneur à l'écrivain qui s'est déplacé spécialement d'Oran pour la circonstance.Justement à Oran, Alloula joue sa pièce de théâtre, El Adjouad, sur la place d'Armes. Je ne sais pas pourquoi, mais il a préféré une place publique. Tant qu'à faire, l'entrée est gratuite. Sur scène, on y voit Omar Guendouz, Azzedine Medjoubi, Sid Ali Agoumi, Slimane Benaà'ssa et Hassan El Hassani. Parmi le public, il y avait toutes les autorités, joyeusement mêlées au grand public. Quelqu'un a cru reconnaître notre ministre de la Culture, en personne. Il se murmure qu'un récital poétique aura lieu, juste avant la pièce ; Youcef Sebti, Hamid Nacer-Khodja, Lazhari Labter et Samira Negrouche liront chacun un poème de leur dernier recueil. Ahmed Wahbi risque de clôturer la soirée. Il faut dire que le temps s'y prête ; il fait doux ; une légère brise aère l'atmosphère ; c'est l'été oranais ! Comme d'habitude, des policiers en tenue d'apparat feront la haie d'honneur aux artistes de ce rendez-vous mirifique.Au théâtre romain de Guelma, magnifiquement éclairé pour la circonstance, car habituellement il s'habille de tristesse d'une histoire de pierres qui le dépasse, Kateb Yacine – le Keblout –, engoncé dans sa veste canadienne, à carreaux rouges et blancs, le regard illuminé, dirige une répétition de La guerre de deux mille ans, avec des acteurs amateurs de la région. Parmi eux, il y a des fellahs, un cordonnier, un chômeur de longue durée, un pizzaà'olo et un fonctionnaire municipal. Yacine était dans tous ses états ; il demandait à ses acteurs d'un soir de ne pas prendre la pause. «Vous jouerez pour le Peuple, pas pour la bourgeoisie compradore !» Il est impayable, notre Kateb national. Jacqueline Arnaud, enjouée, notait tous les faits et gestes de l'amoureux transi de Nedjma ; elle notait certaines expressions de l'auteur de Soliloques, à croire qu'elle comprend l'arabe algérien. Et comme à Oran, des policiers en apparat ont fait une haie d'honneur à Kateb Yacine et aux acteurs d'un soir.A la librairie Multilivres de Tizi, Boualem Sansal, accompagné de Karim Akkouche et de Younès Adli, s'apprête à lancer un débat qui suit leur conférence commune sur la liberté de pensée de l'écrivain. Parmi le public, j'ai cru reconnaître Djamel Amrani, ce poète de la douleur, Amin Zaoui, cet écrivain de la transgression, Mouloud Mammeri, un sourire tranquille, suit assidument les réponses du trio ; un peu en retrait, Boukhalfa Bitam tend l'oreille pour ne pas louper une miette de l'intervention de Younès Adli ; alors que Akkouche n'arrête pas de farfouiller sa chevelure noire de jais. Et voilà que Mohand Ou Idir, le dernier barde errant de l'Algérie, fait une entrée fracassante ; il pose son cartable, lourd de poèmes truculents, et se mit à déclamer Le corbeau et le renard, en kabyle. Sansal apprécie, Adli applaudit et Akkouche s'est mis carrément sur sa chaise pour bisser le poète. Omar Cheikh, le maître de cérémonie, ne sait plus à quel saint se vouer, lui qui s'attendait à un après-midi calme de littérature. Puis, comme partout en Algérie, des policiers en tenue d'apparat applaudissent à se rompre les mains le brouhaha causé par Mohand Ou Idir, ce barde invétéré.Mais, ai-je rêvé '
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