
Youcef Merahi[email protected]/* */La nouvelle année est là , enfin ! Ouais, elle est là , bel et bien là , en jours, en semaines et en mois. Pour moi, c'est juste un changement de millésime. Un sept remplace un six, un point c'est tout. D'aucuns s'enthousiasment, font la fête, dansent jusqu'au lever du jour, sautent en l'air quand sonne minuit, s'embrassent à la ronde, tapent des mains, gesticulent, trépignent, tapent des pieds et se roulent par terre, à l'instant où une année jette l'autre dans le passé des oubliettes. Dans les comptes à faire. Dans les affaires à solder. Dans les résolutions à fixer. Au fait, nous sommes dans une continuité temporelle absolue. Il n'y a pas de fête à orchestrer, il y a juste à changer de calendrier. Et à poursuivre son bonhomme de chemin, cahin-caha, dans un brouhaha social, sans pareil. Ou d'insondables retours sur soi. En vrai, nous fêtons quoi ' l'année passée, avec ses hauts et ses bas, ses joies et ses peines, ses surprises et ses retournements. Ou une année, dite nouvelle, qui ne montre jamais son vrai visage. Aura-t-elle le goût d'hier ' Changera-t-elle notre vie ' Accomplira-t-elle nos rêves ' Nul ne le sait. Aucun être humain ne peut le prédire. Ni les horoscopes bidon. Ni les cartomanciennes. Alors, nous fêtons quoi sinon notre angoisse cosmique ' Rien d'autre, à mon sens ! J'ai vu des villes s'illuminer, juste au moment où la seconde a quitté la sphère de 2016 pour fouler allégrement la grande inconnue de 2017. Là-bas, ils ont peut-être des raisons de célébrer 2017. Je dis «peut-être», car je sais que le monde va mal, très mal. A moins que ce ne soit une façon festive d'exorciser les démons de l'humanité. C'est une possibilité ! Ils ont certainement raison d'oublier l'espace d'une nuit leurs angoisses existentielles. Ils ont certainement raison de se réunir, comme en communion, pour aider une année lourde de laideur à se laisser évincer par une année neuve de toute souillure. On peut voir les choses sous cet angle. à‡a se tient, comme philosophie de vie ! Sans avoir à se réfugier derrière des barrières religieuses quelconques. Là-bas, j'ai vu le peuple envahir les rues, des rues éclairées comme pas possible, faire la dernière ronde du dernier instant d'une année, à mettre dans le compte « perte et profit». A oublier. Ou au contraire, à mettre au firmament du souvenir.Qu'en est-il chez nous ' Je n'ai pas vu tellement de bûches, cette année. Par lassitude. Par esprit religieux. Par le dégoût de la fête. Par démission. Il y a un peu de tout cela. L'Algérien n'a pas l'esprit à la fête. Il y a celui qui pense à sauter dans un canot pneumatique et tenter la harga vers n'importe où. La terre de Dieu est vaste ! Et vaste est le besoin de l'Algérien. Il y a celui qui veut bien fêter cette fichue fin d'année, et cette fichue nouvelle année, sans avoir un lieu précis en tête. Car la peur n'a pas encore quitté les esprits. Puis, ce n'est pas à la portée de n'importe quel porte-monnaie. Chère une soirée dans un palace algérien ! Il y a celui qui appréhende 2017, pour diverses raisons : les augmentations, la continuité dans la sinistrose, les élections à venir, la harga à organiser, le visa à courtiser. Et tout le reste ! Il y a, enfin, celui, qui comme moi, pardon pour l'ego, ne s'inscrit dans aucune fête, car il n'y a aucune raison de fêter quoi que ce soit, ni une année qui s'annonce, encore moins une année qui rejoint le néant ; dans ce qui m'entoure, je ne vois rien d'agréable à fêter, ni d'enthousiasmant, ni d'engageant. C'est la même ambiance figée dans sa saleté, ses turpitudes, ses angoisses, son recommencement et son inclinaison au suicide. Le verre n'est pas plein en Algérie ; il est pour certains à moitié plein et grand bien leur fasse ; pour d'autres, il est à moitié vide et ce n'est pas du pessimisme. Juste un brin de lucidité ! La preuve, je ne fréquente pas le même marché que notre Premier ministre, lui qui trouve que les prix sont abordables. Je voudrais bien manger les produits de saison, voilà une de mes résolutions pour 2017. Sauf qu'il n'y a plus de saison ; il n'y en a qu'une seule. Et une seule ! Puisque il y a de tout dans toute saison. Alors pourquoi s'en priver ' Dans mon marché à moi, j'ai vu un citoyen faillir, quand le commerçant lui a signifié le prix d'une seule banane. Ne devait-il pas être tenté par un fruit hors saison ' Oui, il aurait dû se contenter d'une mandarine. C'est un fruit de saison, la mandarine ! Ou d'une datte, c'est aussi un fruit de saison. Mais ils sont à quels prix, ces fruits ' Franchement, je n'arrive pas encore à sérier les produits de saison et ceux qui ne le sont pas. A l'aide, mes amis ! Allons-y : la tomate, est-elle de saison ' Le chou ' Le chou-fleur ' Le concombre ' La carotte ' Les navets ' Les haricots verts ' L'orange ' La patate ' Le fenouil ' A l'aide, mes amis ! Y a-t-il autre chose ' Si ' Je ne sais pas. Tout tourne autour de ces produits, dans mon marché. Mon marché, à moi. Ah, j'ai oublié les fèves. Sincèrement, je donne ma langue au chat. Puis, on nous sort la bonne blague des spéculateurs, comme si les pouvoirs n'ont pas les moyens de les contrôler. Si la banane est à ce prix, c'est la faute du spéculateur du coin. Mais le politique ne fait que spéculer, lui aussi. C'est aussi de sa faute !Cette nouvelle année m'a tout de même offert quelques surprises. Des voix du passé ont traversé le temps de l'oubli et me souhaiter une bonne année. Pas toutes, malheureusement. Certains amis oublient de s'annoncer, comme pour ne pas changer. Des visages aimés ont même tapé à ma porte, au moment précis où le calendrier a fait sa mue. Deux mille dix-sept a fait son obole, du moins à ce niveau. J'aurais aimé voir l'Algérie s'illuminer la nuit du 31 dans un immense feu d'artifice, pour insuffler, en nous, l'espoir de l'avenir immédiat ; en lieu et place d'un discours qui ne tient pas la route. Sauf que tout est affaire de spéculations ! Aussi, attendons de voir les jours à venir. Décidément, on achève bien les années !
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Y M
Source : www.lesoirdalgerie.com