
Ils sont de plus en plus nombreux, ne craignant ni la poiscaille carnivore de la Méditerranée ni les injonctions de la justice algérienne. Leur rêve, juste se casser d'un pays qui les étrangle chaque jour davantage. Et chaque jour qui passe leur donne raison de jouer leur vie sur un coup de météo. Ni famille ni patrie, la mer pour pont et l'horizon pour toit. De Annaba, de Kristel, de Madagh, des criques cachées du pays, de ses plages désertes, ils partent en rangs serrés avec pour étoile un GPS et du carburant pour sang.Des jeunes, des plus vieux, des femmes priant pour que Neptune ne les offre pas en guise de pâtisseries pour le 4 heures de la mer. Ils sont de retour puisque la presse parle d'eux ces derniers jours, mais, eux, ils ont toujours été là.Ils n'ont jamais cessé de caresser cette étendue bleue en attendant le jour de l'embarquement. On ne parle que des harraga rattrapés par la patrouille ou encore de leurs cadavres vomis par la mer, mais combien sont-ils qui ont accosté sur l'autre rive, qui ont posé le pied à terre comme Christophe Colomb en 1492 découvrant l'Amérique. La comparaison s'arrête là puisque si le célèbre navigateur a pacifié les autochtones en les massacrant, les harraga algériens se drapent d'anonymat, échappant aux polices locales, la peur au ventre de se faire expulser. Au mieux, une vie de fugitif dans l'espoir de papiers administratifs synonyme d'un nouveau départ, au pire une fin sans gloire dans un caniveau. Le reste appartient à la petite histoire vite oubliée. Fuir le pays est devenu une obsession pour une jeunesse ballotée entre une conception de la religion aliénante et une rue pavée de zetla et de Roche. En absence d'un idéal social, confrontés à des voyous institutionnalisés en Mercedes, rejetés par un système éducatif violent et emprisonnés dans un pays schizophrène, ils ne voient le salut que sur le dos des vagues avec pour risque accepté une mort liquide. Pourtant, ils sont toujours plus nombreux à ramer à contre-courant, plus forts que les discours de la mosquée et des politiques ringards. Ils n'ont plus confiance en un Etat répressif, qui ne reconnaît que les siens, ceux d'un système infanticide qui n'a pour seul langage que le code de procédure pénale et les réflexes d'un Etat policier.Ils n'ont jamais posé la rame ni vendu les gilets de sauvetage, ils ont attendu que la mer se calme, que les gardes-côtes se fatiguent et que la chance leur sourit. Ils ont mis le bateau à l'eau, fermé les yeux et prié Dieu de les emmener loin de cette terre d'où on les a chassés, en attendant que la loi de finances et ses concepteurs ne noient le reste du pays.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Moncef Wafi
Source : www.lequotidien-oran.com