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Souvenir d'une rencontre inoubliable HOMMAGE POST-MORTEM À KATEB YACINE



Souvenir d'une rencontre inoubliable                                    HOMMAGE POST-MORTEM À KATEB YACINE
Où réside notre dignité et courage, si nous ne pouvons dénoncer le néant'
L'auteur de «Nedjma» n'est plus de ce monde depuis plus de 20 ans mais sa lumière restera un héritage précieux de génération en génération.
A défaut de science, conscience et d'intelligence, mangeons du pain et dormons, comme le font les incultes, les ignorants et les analphabètes depuis la nuit des temps. Au point de laisser les autres décider à notre place et nous guider comme des moutons.
Rencontré à l'occasion de sa dernière conférence aux environs du mois de juillet août 1989 à la cinémathèque d'Oran, l'image et les paroles de l' écrivain Kateb Yacine, sont restées ancrées dans notre mémoire à jamais. «Tu veux écrire, chanter, dessiner' L'essentiel, il faut s'exprimer dans la langue dans laquelle on s'exprime le mieux pour faire passer le message», disait-il, à l'entrée de la cinémathèque, juste après sa sortie de la conférence de presse. A quelques questions de certains individus extrémistes qui se prenaient pour des supercroyants, Kateb Yacine répond aisément à leurs provocations dans le calme, la sérénité, pendant que d'autres s'emportaient contre lui avec haine et méchanceté, comme s'il était leur obstacle.
Oui, effectivement, il était non seulement un obstacle à l'obscurantisme religieux, mais surtout un danger pour eux et pour leur doctrine criminelle au nom de la religion d'où la tragédie nationale de l'Algérie.
Sa présence était un événement à Oran, et ce, quelques mois après les émeutes du 5 Octobre 1988. D'autant plus que, deux ténors de la littérature maghrébine et algérienne en particulier, sont décédés à l'époque: Mouloud Mammeri et Kateb Yacine. Qui pourrait ignorer ces deux auteurs qui secouent les esprits, comme on secoue un arbre fruitier pour tirer le produit à bon escient'
A quoi sert notre existence, si l'on ne peut être à la hauteur du devoir et de l'exigence' Où réside notre culture et instruction, si nous ne pouvons faire la différence' Où réside notre dignité et courage, si nous ne pouvons dénoncer le néant'
Ou va-t-on à l'avenir, si nous ne savons pas tirer des leçons du passé et de notre histoire'
Ce sont là, quelques questions de base qui s'imposent à tout Algérien digne face aux événements que connait son pays et à l'histoire de ses ancêtres, qui tient aux valeurs de liberté, de justice et d'indépendance morale, dans le respect de la différence et de la vie humaine. A défaut, mangeons du pain et dormons profondément, comme le font les incultes, les ignorants et les analphabètes depuis la nuit des temps.
En réponse au sujet de l'enseignement de la langue amazighe, il y a plus de 20 ans de cela, Kateb Yacine répondit: «Les enfants de l'Algérie, doivent apprendre leur langue maternelle, le tamazight, dès la rentrée scolaire prochaine et dès la première année de l'école primaire»,avait-il dit avec insistance et engagement.
Êtes-vous sûr de ce que vous avancez' «Oui je suis sûr, plus que sûr même», répondit t-il, tout en appuyant les causes justes du peuple.
Après plus de 20 ans, la langue amazighe a été, reconnue seulement comme langue nationale pour l'instant, et son enseignement à l'école est graduellement pris en charge par l'Etat, mais pas encore à ses justes valeur et dimension historiques, linguistique ou scolaire. Kateb Yacine, avait raison, bien avant que les décideurs ne se soumettent à la raison et la justesse de la cause.
Devant prendre le vol Oran-Alger vers 15h00 ce jour-là, Kateb Yacine n'a jamais essayé de couper la parole aux autres pendant qu'ils l'interrogeaient, bien qu'il y avait ses amis et ses compagnons qui l'attendaient. Ecouter et communiquer avec autrui étaient pour lui le son sens de la vie. «Si nous sommes des Arabes, pourquoi nous arabiser puisque nous le sommes déjà. Et si nous ne sommes pas des Arabes, pourquoi nous arabiser alors, puisque nous ne le sommes pas. Laissez-nous dans notre histoire et originalité, dans le respect mutuel des peuples et de leur histoire», disait-il en défendant les racines du pays.
Selon des membres de la diaspora algérienne en Amérique, l'oeuvre de Kateb Yacine, a fait l'objet de soutenance avec plus de 50 thèses de doctorat qui ont été présentées par des étudiants. Combien d'Algériens le connaissent et se souviennent de lui'
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