L'USS Cole en mission de routineen Méditerranée ? Les Libanais qui ne sont ni dans un camp ni dans l'autre ontde bonnes raisons de s'inquiéter que cette présence musclée ne vienne aggraverla situation. Quant à ceux qui, dans l'opposition libanaise, ont vu dans lesmesures prises par le gouvernement de Siniora àl'encontre du Hezbollah une «décision américaine», ils ne peuvent qu'êtreconfortés dans leur suspicion. L'équipe gouvernementale, à la légitimitéfortement contestée, fait d'ailleurs planer le doute sur son acceptation desdécisions prises par l'armée d'annuler les mesures controversées. Le généralMichel Aoun n'a pas tort en soulignant que si l'opposition avait demandé depuisdes mois un quota de 11 ministres, c'était pour éviter de laisser l'équipe enplace prendre des décisions «qui font exploser le pays».Il y a en tout cas des similitudes frappantes avec ce quis'est passé en Palestine. Un coup de force mené par les groupes de Mohamed Dahlan, avec l'encouragement appuyé des Américains, a étépris de vitesse par le Hamas qui a tranché par les armes à Gaza. La réactionmusclée de l'opposition menée par le Hezbollah rappelle bien ce qui s'est passélà-bas. La comparaison s'arrête là.Au Liban, contrairement à la représentation tronquée desmédias occidentaux, on n'est pas dans une confrontation entre un gouvernementcivil, laïc et antisyrien et une opposition ethnico-religieuse incarnée par le Hezbollah intégriste etpro-iranien. Pour tous les observateurs, ces catégorisations sont vides de sens.Les récents affrontements dans la montagne et à Tripoli le montrent sansambiguïté: l'opposition intègre des forces sociales et politiques, dessensibilités politiques et confessionnelles qui se sont trouvé un dénominateurcommun patriotique face à un gouvernement qu'ils accusent de faire le jeu desAméricains. Et de vouloir réaliser, après l'échec israélien, par le biais deLibanais, le démantèlement de la résistance.On peut relever aussi que la dimension économique etsociale de la crise libanaise est totalement passée sous silence. La gestionéconomique du pays depuis l'ère du père de l'actuel dirigeant du Courant duFutur n'est guère reluisante. La reconstruction tant vantée n'a - inefficacement- touché que les secteurs et les régions favorables aux féodalitéstraditionnelles. Cette reconstruction bancale est à l'origine de ladétérioration des équilibres financiers du pays. Le Liban est aujourd'hui unpays très gravement endetté, dont l'activité économique est loin de ce qu'elledevrait être pour résorber un taux de chômage important et la précarisation desconditions des couches populaires.La crise libanaise est trop profonde pour être réduite àune dimension communautaire. Elle pose la question de la représentation réelle,et non clanique ou féodale, de la société. Cette dimension sociétale de lacrise implique nécessairement une recherche d'un consensus pour aller dans lesens d'une meilleure représentation. Elle commande une nationalisation de la solutionet une prise de distance ferme à l'égard des manoeuvres extérieures. Or, malheureusement,le groupe du 14 mars semble plus compter sur les appuis extérieurs qui «fontexploser» que chercher un aggiornamento qui préserve le Liban et la vie encommun.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : K Selim
Source : www.lequotidien-oran.com