Oran - A la une

'SORTIR AU JOUR", DE HALA LOUTFY, PROJETE AU FOFA Le nouveau visage poignant du cinéma égyptien



'SORTIR AU JOUR
Pour la première fois en Algérie, la réalisatrice, âgée tout juste de 39 ans, a, autant par le sujet de son long métrage que ses propos, marqué fortement ce festival et les spectateurs.
Il faudrait user, ici, de nombre de superlatifs qui, au final, ne serviraient pas à rendre toutes les émotions provoquées par la découverte du film égyptien 'Khouroudj li nahar" (Sortir au jour), de la réalisatrice Hala Loutfy, projeté jeudi dernier à la salle El-Maghreb d'Oran dans le cadre du 6e Festival du film arabe. Pour la première fois en Algérie, la réalisatrice, âgée tout juste de 39 ans, a, autant par le sujet de son long métrage que ses propos, marqué fortement ce festival et les spectateurs. Rarement cité comme étant l'un des films pouvant prétendre à l'un des sacres de cette 6e édition, 'Sortir au jour" est pourtant parmi les meilleurs de ceux qu'il nous a été donné de voir. Le sujet difficile à traiter et à transcrire est celui de la déchéance physique d'un père ne maîtrisant plus son corps et voué à n'être plus que ce corps presque sans substance entre les mains et les soins de sa femme et de sa fille surtout. Une jeune fille dont l'univers se réduit à l'appartement familial. Ses journées sont organisées autour de ce père en fin de vie et une mère épuisée par une vie que l'on imagine pleine de difficultés. La fille assume et assure la prise en charge de ce père qu'il faut laver, habiller, nourrir quotidiennement. Un devoir perçu dans les sociétés arabes comme une juste reconnaissance vis-à-vis des parents. Une atmosphère lourde et dérangeante nous entraîne de minute en minute durant tout le film. Cette presque dévotion, alors que rien ne peut venir atténuer et enrayer la déchéance physique du père, est forte ; mais elle est aussi une forme d'enterrement pour la fille, que l'on sent ainsi à travers des plans silencieux et longs sur cette dernière, suivant au loin, de sa fenêtre, les bruits de la ville et de la vie extérieure. Sortir ne serait-ce qu'une fois pour échapper à cet univers est tout à fait humain mais sera comme puni en même temps par la chute du père de son lit qu'il faudra finalement hospitaliser. Lors du débat autour du film qui a provoqué des émotions et des interrogations sur ce que peut être la fin de la vie, sur le devoir d'accompagnement tout en sacrifice, c'est tout autant la réalisatrice qui marquera les présents. Celle-ci s'est avérée une femme cinéaste engagée et qui considère aujourd'hui que le cinéma égyptien, et arabe en général, se doit d'être un cinéma d'auteur, de message par opposition au cinéma commercial. Cette tendance du cinéma commercial et de divertissement, qui depuis quelques années prend le dessus en Egypte par mimétisme du cinéma hollywoodien, est rejetée et dénoncée par Hala Loutfy.
D'ailleurs, c'est pour cette raison qu'elle a refusé de présenter son film au Festival du film du Caire, et d'ajouter plus loin qu''aujourd'hui et depuis la révolution, le peuple égyptien demande ce type de films sociaux, des films d'auteurs à message !", d'autant qu'il renvoie au vécu de la société égyptienne. Mais le système résiste et va même jusqu'à combattre ceux et celles qui ne s'inscrivent pas dans la tendance commerciale. Pour la réalisatrice, des films comme 'Sortir au jour" ne bénéficient pas de moyens de visibilité. Elle a également souhaité la naissance de sociétés de production indépendantes dans les pays arabes, et ce, pour résister aux grosses maisons de production qui imposent leur politique.
D. L
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)