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Sonatrach, l'explication Point net



«Sonatrach précise que le choix des clubs de football à racheter s'est fait sous sa seule responsabilité. S'agissant d'une décision qui ne concerne que les clubs professionnels, ce choix s'est effectué en prenant en considération les critères suivants : l'ancienneté des clubs concernés, leurs rapports antérieurs avec Sonatrach, leur ancrage sociétal ainsi que leur implantation géographique.
Il demeure entendu que Sonatrach continuera d'apporter son soutien financier habituel au sport national dans le cadre de sa politique et mécénat.» Voila le communiqué du groupe pétrolier algérien qui s'est cru obligé de s'expliquer sur «sa» décision de racheter quatre clubs professionnels de football, le MC Alger, le MC Oran, le CS Constantine et la JS Saoura. C'est que pour «expliquer» une décision si importante dans un communiqué si laconique et en des termes si expéditifs, il fallait vraiment se sentir obligé de le faire !
Pourtant, la «logique» qui a fait que cette transaction soit possible devrait être la même qui dispenserait Sonatrach de «rendre compte» de ses actions en tant qu'entreprise autonome, libre d'«investir» dans le sport et libre de choisir les clubs qu'elle veut acheter. Mais Sonatrach a tellement... décidé toute seule qu'elle a cru bon de répondre à quelques mécontentements de présidents de clubs déçus et des supporters d'autres équipes qui ne comprennent pas, simplement et légitimement, que l'argent public profite à certains et pas à d'autres. On aura également remarqué que dans sa «précision»,
si Sonatrach dit qu'elle a pris sa décision toute seule, elle n'exclut pas, par principe, qu'elle prenne des décisions... autrement ! Et puisque Sonatrach donne l'occasion à l'opinion publique de prendre connaissance des «critères» qui ont déterminé le choix des clubs à «racheter», passons, même si le ton et l'effort mis dans l'opération tendent manifestement plus à s'acquitter d'une formalité qu'à convaincre son monde du bien fondé de la transaction.
Mais il y a un problème très sérieux dans l'affaire : Sonatrach ne peut pas tenter de convaincre les gens que le rachat de ces quatre clubs est une opération «économique» interne qui n'obéit donc qu'à des motivations... économiques, avant d'aller nous expliquer ça dans un communiqué de quatre-vingts mots. Il faut bien arriver à ces fameux critères pourtant. A première vue, Sonatrach, qui fait le louable effort de nous convaincre, n'a pas été bien loin pour trouver son argumentaire : elle a choisi ses clubs et elle a trouvé à chacun d'eux une qualité qui justifierait sa «sélection». Et de nous dire qu'elle a agi sur la base des critères qu'elle a arrêtés !
Rien à dire, quatre clubs, quatre critères ! L'ancienneté pour les Algérois, l'«ancrage sociétal» pour les Constantinois, les «rapports antérieurs» avec Sonatrach pour les Oranais et l'implantation géographique pour les Bécharis ! Dans cette histoire, le groupe pétrolier algérien nous indique déjà que non seulement le football professionnel, ce n'est pas pour demain, mais que toute la stratégie mise en 'uvre pour y arriver vient d'être remise en cause par cette implication publique.
On connaît l'argument passe-montagnes des défenseurs du tout-argent dans le foot : ce n'est pas l'argent du contribuable. Sonatrach ne pourra même pas disposer de cet argument pour expliquer un échec sportif ou une banqueroute économique. On pourra y ajouter l'impact sur son image mais on sait que l'image de Sonatrach n'est pour rien dans cette histoire.
laoaurisliman@gmail.com
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