Oran - Revue de Presse

Sommet européen : Après la crise économique, la crise politique



Divisée sur les moyens et la méthode à engager pour réduire les effets de la crise mondiale, les pays de l'UE espèrent un miracle lors du «G 20» prévu, début avril, à Londres. La crise mondiale met à rude épreuve la solidarité européenne.

Réunis, hier à Bruxelles, les 27 chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne (UE) ont été mis devant un sérieux dilemme politique et économique: comment concilier les initiatives et projets de sauvetage initiés par chaque Etat membre dans une stratégie commune à l'Union? C'est que les effets de la crise financière et économique internationale frappent différemment chaque Etat de l'UE. Dans la course au «colmatage» des failles créées par la crise financière, certains Etats ont lancé, parfois dans la précipitation, des opérations financières pour sauver provisoirement des pans entiers de leurs économies sans tenir compte de leurs conséquences sur les économies des autres Etats de l'Union et surtout sur certaines de ses politiques communes. Le pays mis sur le banc des «accusés», à cette occasion, a été la France de Nicolas Sarkozy. La décision française d'injecter près de 7,8 milliards d'euros dans son industrie automobile avec la condition du maintien de ses activités en France, a ébranlé les principes et règles de la concurrence européenne et mis en doute la solidarité entre les Etats membres. Les explications données par le gouvernement français à la Commission européenne sur la «légalité» de son aide au secteur automobile n'ont pas levé, loin s'en faut, les équivoques sur les tentations protectionnistes de la France. «Nous n'avons pas exigé des usines françaises de rapatrier leurs activités, mais nous leur avons demandé de ne pas fermer leurs usines en France» a déclaré, à la veille du Sommet, le secrétaire d'Etat français à l'Industrie, Luc Chatel. La formule ajoute à la confusion plus qu'à la clarification. Car, précisément, quelle est la différence entre un interdit de la délocalisation et une demande de maintien de l'activité dans le pays? Autrement dit, obliger une usine française à maintenir sa production en France, c'est lui interdire de délocaliser. C'est pourquoi, économistes et journalistes à Bruxelles s'interrogent sur la réponse de la Commission européenne qui est, selon la Commissaire à la concurrence Neelie Kroes, «satisfaite des garanties présentées par la France» quant au respect des règles concurrentielles. D'aucuns ne voient dans cette échange de bonnes déclarations que de simples courtoisies diplomatiques. En réalité une véritable «guerre économique» est engagée entre les Etats de l'union.

C'est dans ces conditions tendues que l'UE va se présenter au Sommet du «G 20», prévu le 2 avril prochain à Londres, en rangs dispersés. La donne sera d'autant plus compliquée pour les Européens que les USA manifestent des velléités de protectionnisme pour sauver leur économie. Le Sénat américain tente de diminuer, voire de taxer fortement, les importations de l'acier européen pour favoriser la production locale. La Russie applique, quant à elle, des tarifs douaniers décourageants pour les importations étrangères. Touchée par la crise à son tour, la Chine a réduit sensiblement ses importations. Pour autant de raisons, l'UE ne peut négocier d'une seule voix, le 2 avril à Londres. D'autant plus que les pays d'Europe centrale et orientale (PECO) qui ont rejoint l'UE en 2004, sont les plus touchés par la crise et ne bénéficient pas, à ce jour, de la solidarité des anciens de l'UE, eux-mêmes pris dans le tourbillon de la crise. L'incapacité de l'UE à décider d'un plan commun face à la crise traduit bien l'absence de solidarité et l'usage du «chacun pour soi». Les aides financières cumulées, accordées par les 27 Etats membres à leurs secteurs financiers et économiques, se chiffrent à près de 2.000 milliards d'euros! Plus que le plan américain sans pour autant empêcher la récession qui s'installe à une vitesse grand «V».

Les Etats de l'UE, en particulier la France, ont multiplié les initiatives nationales au détriment d'une vraie concertation communautaire. Il est symptomatique de constater que c'est au moment de l'arrivée dans le jeu économique mondiale des pays émergents tels la Chine, l'Inde, le Brésil, l'Afrique du Sud... que l'UE brise son élan communautaire et disperse ses efforts. A défaut d'une stratégie commune pour l'Europe, l'UE compte sur une initiative du «G 20». C'est un contre-sens politique.


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