A peine annoncée la nouvelle du décès du Chef de l'Armée Nationale Populaire, Ahmed Gaïd Salah suite à une crise cardiaque à l'âge de 80 ans, le lundi 23 décembre, qu'ont fleuri immédiatement les sempiternelles analyses, en provenance des mêmes cercles d'influence culturelle, sur la prééminence du rôle des militaires en Algérie, pour dénoncer avec véhémence ce qui serait une dictature qui n'aurait rien à envier dans son contenu aux pires régimes confiscatoires d'Amérique Latine. Et voilà que l'on nous ressert de manière étrangement pédagogique, à travers une série de planches dessinées sur France 24, les arguments éculés jusqu'à la corde, expliquant qu'en Algérie, durant la période de Libération nationale, il y eut une prééminence de l'extérieur sur l'intérieur et du militaire sur le politique comme raisons profondes, supposées génialement éclairantes du déni démocratique ayant propulsé les militaires algériens à la tête du nouvel Etat indépendant. C'est oublier allègrement que De Gaulle, lança son appel à partir de Londres et organisa les forces françaises à «l?extérieur» de la France, à partir de l'Empire colonial et que lors de la libération de Paris réalisée par des brigades républicaines espagnoles, c'est un «militaire», De Gaulle, qui eut la «suprématie» sur les militants «politiques» communistes formant le gros des bataillons de la Résistance de «l'intérieur» du Pays. Cela suffit-il à faire, de la restauration de l'ordre républicain en France portée par les chars de Patton, au sortir de la seconde Guerre mondiale, une dictature antipopulaire qui ne dirait pas son nom 'Ces explications un peu courtes, reprises à satiété par l'opposition algérienne dites «démocratique» - francophone et francophile, un équivalent des russes blancs lors de la Révolution bolchevique mais la culture et la langue nationale en moins - se veulent des arguments théoriques principaux mais ne répondent en réalité qu'à un seul objectif. Masquer la réalité des ressorts salvateurs et permanents qui menèrent à l'indépendance algérienne et qui expliquent aujourd'hui encore - tant l'?uvre coloniale éradicatrice de nos élites nationales fut dès 1830 d'une violence absolument inouï - la posture défensive du peuple ainsi que l'organisation politique de la République Algérienne Démocratique et Populaire délibérément assumée et revendiquée autour de son institution militaire et aujourd'hui de ses industries militaires. Ce n'est pas un cas unique. La mobilisation des Bolcheviks pour la sauvegarde de la Révolution de 1917 grâce à la construction d'une industrie militaire moderne, prolongée plus tard, après la seconde Guerre mondiale par la priorité absolue donnée aux activités scientifiques au bénéfice du secteur de la défense en URSS en sont d'excellents exemples.
La guerre durant des millénaires au Maghreb, reposa sur la mobilisation temporaire mais immédiate en cas de danger imminent des paysans et des aristocraties rurales. Ce sont les mêmes s'affairant habituellement aux labours et aux occupations prenantes de l'agriculture ou de l'élevage qui, en cas de nécessité vitale, harnachaient chevaux barbes, affutaient dagues, sabres et lances, remplissaient fusils à poudre et pistoles aux fins de répondre aux besoins impérieux de la défense du territoire. Au printemps, au moment des semailles, les fantasias étaient organisées partout dans le pays, au son des tambours et de la zorna, musique d'origine militaire s'il en est, pour s'assurer du statut prêt des forces armées de la tribu.
Cependant l'état de guerre permanent que nous a imposé le colonialisme, avec son armée dont la modernité fut fondée tant par les progrès technologiques, la levée pérenne des impôts que par un système économique et social inconnu dans nos contrées jusqu'alors, a conduit l'Emir Abdelkader à inventer une organisation guerrière tribale novatrice, mobilisant de manière tout aussi permanente, pendant au moins 17 années consécutivement, l'aristocratie guerrière rurale de son époque pour répondre au feu par le feu et au fer par le fer. Ce sont donc des tribus en armes, concentré de la chevalerie arabo-berbère musulmane préfigurant un peuple en résilience et en résistance combattives pendant 132 ans qui débouchèrent, en 1947, dans une stupéfiante continuité historique des schémas imaginaires des traditions guerrières, sur l'OS (Organisation Spéciale), regroupant ce qui constituait alors l'élite aristocratique d'une société laminée par un colonialisme féroce et spoliateur, comme lorsque, face aux dangers imminents, les nobles de nos «Aarachs» assumaient, sans rechigner, les fonctions défensives qui leur incombaient, au nom de l'ordre social tribal pour nos aïeux, en lieux et place du peuple pour nos moudjahidine.
Il suffit de lire le rapport qualitatif présenté à l'OS par Ait Ahmed alors âgé de 17 ans (fils d'une grande famille maraboutique) pour s'en convaincre aisément. Il est donc tout à fait naturel qu'Ahmed Gaïd Salah (issu d'une famille de Chorfa) ainsi que tous nos valeureux martyrs, vivaient le combat révolutionnaire qui étaient le leur, comme la continuité naturelle et impérieuse des fonctions guerrières qu'ils se devaient d'assumer au nom de qualités anthropologiques innées, de défense de sociétés paysannes et aristocratiques qui se transmettent de générations en générations depuis des temps immémoriaux.
La guerre populaire comme modalité de survie
Aussi, l'uniforme dans ce continuum social d'une tradition guerrière défensive, n'est pas l'apanage distinctif d'un militaire mais celui d'un paysan répondant à l'appel du Djihad pour la sauvegarde de la religion, de la patrie, de la tribu, de la terre, de la famille comme l'ont fait avant lui des générations de combattants valeureux montant héroïquement à l'assaut d'un colonialisme inique. De 1830 à 1962, la société algérienne a évolué de manière lente mais certaine, au rythme de la dépossession des terres et de la destruction de l'organisation tribale, en une société guerrière, aux résistances populaires multiples et puissantes, chantant ses «bandits de grands chemins» qui ne détroussaient que les colons, se soulevant à chaque fois que l'occasion s'en présentait, basculant dans la révolte la presque totalité du pays. Systématiquement, le colonialisme a assassiné les leaders charismatiques, essentiellement issus de l'aristocratie rurale et religieuse et lorsque cela ne suffisait pas, il n'hésitait pas à déporter les forces vitales de tribus entières dans les bagnes de Nouvelle-Calédonie ou de Cayenne, jetant dans l'ignorance, l'analphabétisme et la famine des générations entières dans un geste de «?bienfait civilisationnel» à nul autre pareil.
Et lorsque éclata l'étincelle de Novembre 1954, la société déjà aguerrie en raison des épreuves multiples passées culminant dans les massacres de Sétif et de Guelma qui firent 45.000 morts et qui virent s'illustrer la marine française canonnant les indigènes civils certainement du fait qu'elle n'ait pu faire de même avec les nazis, bascula immanquablement la Nation dans un effort de guerre soutenu, assurant logistique, couchage, nourriture, surveillance, renseignements à ses fils paysans en armes.
C'est ce moment-là que choisit le peuple pour rassembler ses ultimes forces autour de l'ALN (Armée de Libération Nationale) dans le but de bouter le colonialisme hors du pays, ce qui marquera d'un fer rouge sang indélébile la construction de l'Etat-National, dans une posture populaire et un rapport à l'ALN puis à son prolongement étatique, privilégiant d'abord l'institution militaire en tant que c?ur battant de la volonté populaire nationale, comme l'Armée Rouge lors de la grande guerre patriotique de 1945 unissant non seulement les Russes mais les peuples de la fédération pour abattre l'hydre fasciste.
Renaissance de l'esprit aristocratique
Cet effort colossal, dans une société devenue guerrière par nécessité de survie, analphabète à plus de 85%, marchant les pieds nus et le ventre creux, a en quelque sorte cristallisé son organisation politique, dans un réflexe atavique, renvoyant à la société tribale musulmane à la fonction la plus élevée dans l'échelle de ses valeurs, celle du Djihad, prononcée par ses élites religieuses et aristocratiques. La lutte armée, au nom de Dieu, la lutte intégrale consciente et donc loin de tout fanatisme, comme l'engagement total pratiqué par notre sélection nationale de football, à l'image de nos joueurs s'agenouillant devant Dieu Le très Haut, en remerciements de la victoire, représentent donc la quintessence de l'esprit du peuple algérien, de ses comportements spirituels et chevaleresques aujourd'hui naturels et décontractés, s'exprimant à l'évidence dans notre sport national car pleinement constitutifs de la personnalité algérienne, en raison des leçons qui lui furent assenées par plus d'un siècle de colonialisme.
Ce sont ces acquis exceptionnels d'une société guerrière recroquevillée sur ses valeurs les plus profondément enfouies, concentrée sur sa défense vitale qui gênent les tenants du slogan douteux «l'armée dans les casernes» cherchant aujourd'hui à «démocratiser» la vie politique à coups de slogans spécieux, comme hier la France coloniale tentait «de pacifier» le pays réel à coups de bombardements dans les campagnes afin de tuer dans l'?uf l'esprit aristocratique de tout un peuple.
C'est cette même volonté alimentée par le complexe de la castration qui fait dire aux élites francophones, nourries aux idéologies importées qui ont la laïcité et l'ethnicisme en partage qu'il serait plus judicieux de bâtir des hôpitaux (acquis sur le Budget de l'Etat) que des mosquées (pourtant financées par les fidèles !). Ce sont les mêmes qui alimentent le débat sur la hauteur du minaret de la Grande Mosquée d'Alger, dont la symbolique phallique semble les gêner au plus haut point, car, ce qui les trouble en réalité, c'est l'affirmation par l'Etat algérien du fait religieux et du phénomène coranique dans sa dimension ouverte et universaliste en concurrence avec les rares postures philosophiques présentes à l'échelon mondiale qui embrassent aussi bien la particularité que l'universalité.
Aussi, l'offensive médiatique de la France et l'agressivité des positions qui sont les siennes sur les processus électoraux et de rénovation en cours dans notre pays, procèdent de la volonté délibérée d'orienter nos devenirs vers des logiques de dilution de notre personnalité nationale, cherchant aujourd'hui par tous les moyens à empêcher la jonction entre industries militaires et industries civiles comme hier elles tentèrent en vain, dans des man?uvres dilatoires de mettre en évidence des segmentations artificielles entre militaires et civils dans l'objectif évident de créer la zizanie entre le GPRA et l'Etat-Major Général.
Ces thématiques de la sape avec pour leitmotiv sournois de supposées fissures entre généraux du Haut Commandement, prenant ses désirs pour des réalités, s'appuient d'une part sur l'immigration algérienne soumise à un bombardement idéologique de très grande intensité soutenu par des institutions culturelles comme l'école laïque française dont la fonction centrale reste la déstructuration de tous les particularismes. D'autre part, elles visent à assurer la prééminence des élites francophones des villes algériennes qui ont une longue habitude de la proximité culturelle du fait colonial contrairement à l'ANP (Armée Nationale Populaire) dont les membres pauvres ou désargentés sont dans leur écrasante majorité issus des villes de l'intérieur du pays, aux traditions encore marquées par la ruralité berbérophone et arabophone, cultures toutes deux empreintes de valeurs islamiques.
Ce rapport spirituel à la vie, empli de philosophie coranique, comme le christianisme orthodoxe nourrit le patriotisme russe slave sans que cela ne soulève pour autant de réprobation car c'est une attitude noble et désintéressée des valeurs matérielles, se transforme systématiquement dans la bouche injurieuse de la tribu francophile en stigmates d'un fanatisme qui n'existe que dans les esprits acculturées et les âmes déracinées. Les funérailles nationales et populaires réservées très justement au Chef des forces armées algériennes, pour les accomplissements éminemment politiques qui furent les siens durant ces 10 mois de révolution populaire adressent un seul et unique message aux puissances de la castration. L'Algérie et son peuple sont encore debout.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Brazi
Source : www.lnr-dz.com