Hier, le président pakistanais adécrété l'état d'urgence pour son pays, dont l'entrée en vigueur a étéimmédiate. La décision de Musharraf n'est pas pour surprendre, car nombreux ontété les analystes bien informés des réalités au Pakistan à avoir annoncé que legénéral-président allait être forcé de recourir au régime de l'état d'urgencepoussé par la détérioration de la situation sécuritaire de son pays, devenuefranchement incontrôlable depuis qu'une rébellion armée a pris corps dans toutela région frontalière avec l'Afghanistan. Rébellion dont les protagonistes sontà la fois les tribus de cette région en révolte contre la présence et le comportementde l'armée à l'égard des populations, des activistes islamistes décidés àvenger leurs compagnons tués dans l'assaut opéré par les forces de sécuritécontre la «mosquée rouge» à Islamabad, et par d'autres groupes islamistesfranchement alliés aux talibans afghans et à Al-Qaïda d'Oussama Ben Laden dontla présence dans cette région du Pakistan est présentée comme une certitude parcertains experts du renseignement.En décrétant l'état d'urgence,Musharraf reconnaît ainsi explicitement l'aggravation de la situationsécuritaire dans son pays qu'il ne peut plus gérer dans les formesdémocratiques même si elles sont de pure façade, auxquelles ses alliésaméricains ont tenu jusque-là. Pour maintenir la fiction d'un régimedémocratique au Pakistan même avec un général-président à sa tête, Washington ainspiré et favorisé un accord de partage de pouvoir entre Musharraf et BenazirBhutto, l'ex-chef du gouvernement et président du parti d'opposition le PPP(Parti du peuple pakistanais). Mais pour que ce deal voulu par le mentoraméricain ait eu une chance de voir le jour, fallait-il encore que legénéral-président soit en mesure d'organiser et de sécuriser les électionslégislatives qui auraient pu lui donner le jour. Or c'est également pourl'empêcher qu'agissent les acteurs politiques qui sont derrière la rébellionarmée.L'état d'urgence instauré renddésormais improbable le scénario d'un partage du pouvoir sanctionné pas lesurnes, tel qu'il a été envisagé par les conseillers américains. L'autre raisonqui a poussé le général-président à instaurer l'état d'urgence est le fait quesa «réélection» à la présidence de la République est toujours suspendue à sonhypothétique confirmation par la Cour suprême du pays devenue le foyer centralde la contestation à son autoritarisme et qui l'a démontré en l'obligeant àannuler sa décision de limogeage prise à l'encontre de son président.En recourant à l'état de siège,Musharraf a pris le risque d'élargir le vide qui s'est créé autour de lui.Momentanément, il semble bénéficier de l'appui de l'armée, mais c'est un secretde Polichinelle que la hiérarchie de celle-ci, notamment dans les services derenseignements, est loin d'être monolithique dans la conception du traitementdes problèmes auxquels est confronté le Pakistan et encore moins sur celle desrapports avec «l'allié» américain. Le rôle que Washington voudrait faire jouerau Pakistan dans sa «guerre contre le terrorisme international» est notoirementdécrié par une partie de cette hiérarchie militaire qui voit en lui la cause dela déstabilisation qui est à l'oeuvre dans le pays. Etat d'urgence ou pas, lePakistan, c'est une certitude, est désormais dans la tourmente avec toutes lesmenaces de graves dérives que cela suppose pour un pays de sa dimension, quiplus est, est une puissance nucléaire. Loin d'avoir renforcé son pouvoir sur lepays en décrétant l'état d'urgence, Pervez Musharraf est en fait sur un siègeéjectable dont la mise à feu est une affaire de moment opportun uniquement.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Kharroubi Habib
Source : www.lequotidien-oran.com