La richesse du site naturel d'El-Kantara repose indéniablement sur un éventail d'atouts touristiques, culturels et historiques. Parmi les fondamentaux, on citera la palmeraie... Ces coulées verdoyantes qui s'étirent sur plusieurs kilomètres de part et d'autre de l'oued El-Hay et qui semblent découler du pinceau d'un artiste sous le charme...Aussi loin que portent les souvenirs des habitants de cette paisible petite ville et ceux du quartier antique appelé «Grèguere», l'image d'une palmeraie verdoyante, espace de vie et source de revenu et de nourriture pour des centaines de familles, hante doucereusement les esprits. Elle baignait à longueur d'année dans une atmosphère moite en raison de la luxuriance de sa végétation et de l'abondance de l'eau s'écoulant mélodieusement à travers une ramification de seguias envahies par le chiendent, la menthe et autre mousse végétale. Les origines de la palmeraie El-Djiza remonteraient, selon quelques données historiques, à la fin du XVIIe siècle. Sa création et son aménagement relèvent, sans l'ombre d'un doute, d'un génie local et d'un savoir-faire, hélas, à jamais révolu. Ses murailles en pierres et terre de pisé, ses portes massives en bois de palmier, son réseau complexe et particulièrement dense de canaux d'irrigation savamment étudié et réalisé, sa «nouba» ou système ancestral de répartition des eaux, son dédale de ruelles pittoresques et ombragées et surtout sa végétation d'une grande diversité, sont autant d'éléments probant d'une expertise agricole et architecturale en avance sur son temps et qui est d'actualité des siècles plus tard.
Les rayons du soleil peinaient à s'incruster dans cet écrin de verdure. Les plantations en étages permettent la préservation des espèces les plus vulnérables, de la chaleur accablante de l'été. Une méthode ingénieuse avec au plan supérieur, les palmiers-dattiers s'élevant en hauteur et dont l'enchevêtrement des palmes assure une pénombre optimale et bienfaitrice pour une pléthore d'arbres fruitiers, abricotiers, pêchers, pruniers, noyers, figuiers, vigne, grenadiers, néfliers, citronniers, orangers... viennent en contrebas des parcelles pour la culture vivrière de quelques légumes qui iront garnir le contenu des marmites dans les chaumières... C'est dire l'importance de cette palmeraie dans la vie des habitants qui y cueillaient des fruits à longueur d'année selon les saisons, les ingrédients pour les plats familiaux les plus succulents, le bois pour la construction des humbles demeures, la cuisson, le chauffage...
Une palmeraie visitée, décrite et peinte par de grands noms de la littérature et la peinture nationales et internationales, à l'image d'Eugène Fromentin, André Gide, Etienne Dinet, Isabelle Eberhardt, Victor Barrucand, Eugène Girardet, Mohamed Laïd Al Khalifa, Ahmed Bendiab, Mohamed Salah Ramdane, Hocine Haouara, Salim Bouhali... Aujourd'hui, ce monument du patrimoine local et national est menacé d'une disparition certaine et inévitable. Victime d'un assèchement délibéré depuis 8 années, son sort semble définitivement scellé.
Tout n'est plus que tristesse et désolation, la dense végétation a entièrement disparu, à l'exception des rares palmiers dont les racines vont chercher l'humidité en profondeur, les jolies murailles ne sont plus que des tas de pierres, les seguias inondées de craquelures, les rayons brûlants du soleil reprennent leur droit et la main imprudente et incendiaire de l'homme a fini par lui porter le coup de grâce... Il n'en subsistera alors que le souvenir d'un paradis sur terre à jamais perdu.
B. B.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Belkacem Bellil
Source : www.lesoirdalgerie.com